Dans les forêts françaises vit un petit carnivore que l’on aperçoit rarement malgré une répartition assez large : la martre des pins (Martes martes). Proche parente de la fouine, elle appartient à la famille des Mustélidés, comme la belette, l’hermine ou le blaireau. Son corps allongé, sa longue queue et son agilité lui permettent de se déplacer aussi bien au sol que dans les arbres. L’Office français de la biodiversité la décrit comme une espèce étroitement associée aux milieux boisés.
Son nom peut toutefois induire en erreur : la martre n’habite pas uniquement les pinèdes. Elle fréquente différentes forêts de feuillus, de conifères et les peuplements mixtes. Son régime est lui aussi beaucoup moins spécialisé que l’image du « petit prédateur forestier » pourrait le laisser penser : petits mammifères, oiseaux, invertébrés, fruits et parfois charognes peuvent entrer dans son alimentation selon les ressources disponibles.
Sommaire
- Qui est la martre des pins ?
- Où vit-elle en France ?
- Pourquoi est-elle si à l’aise dans les arbres ?
- Où se repose-t-elle ?
- Que mange la martre ?
- Comment chasse-t-elle ?
- Martre ou fouine : comment les différencier ?
- Pourquoi les confusions sont-elles fréquentes ?
- Quelle place occupe-t-elle dans l’écosystème forestier ?
- Comment observer sa présence sans la déranger ?
- FAQ
- Conclusion
Qui est la martre des pins ?
La martre des pins, ou simplement martre, porte le nom scientifique Martes martes. C’est un mammifère de l’ordre des Carnivores et de la famille des Mustélidés. Son aire de répartition s’étend sur une grande partie de l’Europe et de l’Eurasie.
Sa silhouette est typique de nombreux mustélidés : corps relativement long, membres assez courts, museau pointu et queue longue et fournie.
Son pelage est généralement brun, avec une zone plus claire sur la gorge et le poitrail. Chez la martre, cette « bavette » est habituellement jaunâtre à orangée. Ce caractère est utile pour la distinguer de la fouine, dont la bavette est généralement plus blanche. L’OFB cite justement la forme et la couleur de cette zone comme l’un des critères de distinction entre les deux espèces.
Il faut néanmoins rester prudent lorsqu’on tente une identification à partir d’une photographie médiocre ou d’une observation très brève : aucun détail isolé ne doit être considéré comme absolument infaillible.
Une vie essentiellement solitaire
La martre mène généralement une existence solitaire et territoriale.
Elle est surtout active pendant les périodes de faible luminosité et la nuit, même si une activité diurne est également possible, notamment selon la saison et les conditions locales. La LPO la décrit comme un animal discret, solitaire et largement nocturne, beaucoup moins enclin que la fouine à fréquenter les habitations.
Cette discrétion explique pourquoi un promeneur peut parcourir régulièrement une forêt où vivent des martres sans jamais en observer une.
Où vit la martre des pins en France ?
Le terme « martre des pins » pourrait laisser penser qu’elle dépend des pins.
Ce n’est pas le cas.
Elle fréquente des forêts de feuillus, de conifères et des forêts mixtes. À l’échelle européenne, les travaux synthétisés par Animal Diversity Web montrent une forte association avec les milieux boisés, avec une importance particulière de la couverture arborée.
L’OFB associe également l’espèce aux forêts, boisements, bocages et haies.
Pourquoi les arbres sont-ils si importants ?
Une forêt ne fournit pas uniquement des proies.
Elle offre également :
- des voies de déplacement en hauteur ;
- des cavités et autres refuges ;
- une couverture végétale ;
- des sites de repos ;
- une diversité de ressources alimentaires ;
- des structures permettant d’éviter de longs déplacements à découvert.
La martre peut sortir des boisements, mais elle reste beaucoup plus associée aux structures arborées que la fouine.
Cette dépendance explique aussi l’importance de la continuité des habitats forestiers.
Les vieilles forêts sont particulièrement intéressantes
Les peuplements comportant de grands arbres, des cavités et une structure végétale diversifiée offrent davantage de possibilités de refuge.
Cela ne signifie pas que la martre est absente de toutes les forêts jeunes ou transformées. Les données européennes montrent qu’elle peut utiliser plusieurs types de boisements et même certains paysages comportant des haies et de petites parcelles boisées.
Mais la présence de structures arborées adaptées reste un élément important de son habitat.
Une véritable acrobate des arbres
La martre est souvent décrite comme un carnivore arboricole.
Il faut comprendre cette expression correctement : elle ne passe pas toute sa vie dans la canopée.
Elle chasse et se déplace également beaucoup au sol.
Mais ses capacités dans les arbres sont remarquables.
Animal Diversity Web rapporte qu’elle est capable de poursuivre des proies dans les branches et de passer d’un arbre à l’autre avec une grande agilité.
Un corps adapté aux déplacements complexes
Sa morphologie associe plusieurs caractéristiques utiles :
un corps allongé,
des membres mobiles,
des griffes adaptées à l’accrochage,
une longue queue participant à l’équilibre,
et une grande souplesse générale.
Cette combinaison lui permet de progresser sur des branches où un mammifère terrestre de taille comparable serait beaucoup moins à l’aise.
Sa queue ne fonctionne évidemment pas comme une cinquième patte : elle participe surtout à la stabilisation du corps pendant les déplacements et les changements rapides de direction.
Elle ne chasse pas seulement dans les arbres
L’image d’une martre bondissant continuellement de branche en branche est séduisante, mais incomplète.
Une grande partie de son activité alimentaire se déroule également au sol.
Elle recherche notamment des petits mammifères forestiers dans la végétation, le bois mort ou la litière.
Son avantage réside précisément dans cette polyvalence : elle exploite plusieurs niveaux de la forêt.
Où la martre se repose-t-elle ?
La disponibilité des gîtes est un élément important de son environnement.
Les arbres peuvent offrir différents refuges, notamment des cavités. La martre peut également utiliser d’anciens nids ou d’autres structures disponibles dans les boisements.
Les conditions changent toutefois avec les saisons.
Elle peut aussi se reposer dans des refuges proches du sol ou au sol, notamment lorsque les conditions climatiques rendent certains gîtes plus favorables que d’autres.
Il est donc préférable de ne pas réduire son habitat à la formule « un arbre creux ».
La martre utilise un paysage forestier comportant plusieurs ressources et plusieurs types de refuges.
Que mange la martre des pins ?
Malgré son appartenance à l’ordre des Carnivores, la martre possède un régime alimentaire opportuniste et varié.
Les petits mammifères occupent généralement une place importante dans son alimentation. Campagnols et autres petits rongeurs figurent notamment parmi ses proies.
Mais son menu ne s’arrête pas là.
Elle peut également consommer :
- des oiseaux et parfois leurs œufs ;
- des insectes et d’autres invertébrés ;
- des amphibiens ou reptiles selon les opportunités ;
- des fruits et baies ;
- occasionnellement des charognes.
La proportion de chaque catégorie varie fortement selon la saison, le milieu et la disponibilité locale des ressources.
Les fruits peuvent devenir importants
C’est un aspect parfois méconnu.
La martre n’est pas uniquement prédatrice.
Lorsque les fruits deviennent abondants, notamment en été et en automne, ils peuvent prendre une place importante dans son alimentation. Les études synthétisées par Animal Diversity Web montrent toutefois de fortes variations géographiques : leur importance n’est pas identique dans toutes les populations européennes.
Cette flexibilité alimentaire constitue un avantage dans un milieu où les ressources changent constamment.
Une forte disponibilité de rongeurs peut orienter son régime vers ces proies.
Quelques mois plus tard, l’abondance des fruits peut modifier considérablement son alimentation.
Comment chasse la martre ?
La martre combine exploration au sol et déplacements arboricoles.
Son ouïe joue un rôle important dans la détection des petites proies. La LPO décrit notamment des attaques depuis le sol ou depuis une branche après localisation de la proie.
Son corps étroit lui permet de se déplacer dans des espaces encombrés où un prédateur plus massif serait moins efficace.
Elle peut ainsi exploiter :
les troncs,
les branches,
les sous-bois,
les lisières,
la litière forestière.
Cette mobilité explique en partie sa capacité à capturer des proies très différentes.

Martre des pins ou fouine : comment les différencier ?
La confusion avec la fouine (Martes foina) est fréquente et compréhensible.
Les deux espèces appartiennent au même genre, possèdent une silhouette comparable et peuvent présenter un pelage brun.
Voici un tableau comparatif simplifié.
| Critère | Martre des pins (Martes martes) | Fouine (Martes foina) |
|---|---|---|
| Habitat caractéristique | Principalement forestier et boisé | Plus volontiers milieux ouverts, agricoles et anthropisés |
| Proximité des bâtiments | Généralement plus discrète et moins liée aux habitations | Fréquente volontiers bâtiments, greniers et zones urbaines |
| Bavette | Généralement jaune à orangée | Généralement blanche |
| Aspect général du pelage | Brun, souvent chaud | Brun-gris, sous-poil clair parfois visible |
| Déplacements dans les arbres | Très agile et fortement associée aux structures arborées | Capable de grimper mais moins spécialisée dans le milieu forestier |
| Régime | Opportuniste : petits mammifères, oiseaux, invertébrés, fruits… | Également très opportuniste |
| Présence en France | Largement distribuée dans les milieux favorables | Très largement distribuée, souvent proche des humains |
Les différences d’habitat et de comportement sont particulièrement importantes. L’OFB caractérise la martre comme étroitement liée aux milieux boisés, tandis que la fouine utilise beaucoup plus facilement les cultures, jardins et zones bâties.
La bavette suffit-elle pour identifier l’espèce ?
Pas toujours.
Une bavette orangée est très évocatrice d’une martre, tandis qu’une grande bavette blanche orientera davantage vers une fouine.
Mais la lumière, la posture de l’animal et les variations individuelles peuvent compliquer l’identification.
Il est préférable d’examiner plusieurs indices :
la couleur du pelage,
la bavette,
l’environnement,
la silhouette,
le comportement,
et, lorsque cela est possible, plusieurs photographies.
La martre vit-elle dans les greniers ?
C’est surtout la fouine qui est célèbre pour son installation dans les bâtiments.
Elle utilise volontiers les constructions humaines et peut s’installer dans des combles ou d’autres cavités artificielles. L’OFB souligne cette forte adaptation de la fouine aux habitats anthropisés.
La martre est généralement plus forestière et discrète.
Cela ne signifie pas qu’elle est biologiquement incapable de s’approcher d’une construction. Il faut simplement éviter de conclure automatiquement qu’un mustélidé observé près d’une maison est une martre.
Dans ce contexte, la fouine constitue souvent une hypothèse importante à vérifier.
Quel rôle joue la martre dans la forêt ?
La martre fait partie du réseau trophique forestier.
En consommant des petits mammifères, des invertébrés, des oiseaux ou des fruits selon les saisons, elle intervient dans plusieurs relations écologiques.
Il serait cependant excessif de la présenter comme un animal qui « maintient parfaitement l’équilibre de la forêt ».
Les écosystèmes ne fonctionnent pas comme des machines dans lesquelles une espèce serait chargée de contrôler exactement les autres.
La martre est simplement l’un des nombreux prédateurs et consommateurs participant au fonctionnement de la communauté forestière.
Son régime opportuniste lui permet notamment d’exploiter les fluctuations naturelles de certaines ressources, comme les populations de petits rongeurs.
Un animal qui dépend aussi de la structure forestière
Préserver la martre ne signifie donc pas seulement protéger directement l’animal.
La qualité de son habitat compte également.
Conserver des arbres matures lorsque les conditions de sécurité le permettent, maintenir des structures boisées diversifiées, limiter la fragmentation excessive et préserver des corridors tels que haies et petits bois contribue plus généralement à la fonctionnalité des habitats forestiers.
Comment observer une martre sans la déranger ?
L’observation directe est difficile.
La meilleure stratégie est souvent de rechercher les indices de présence plutôt que l’animal lui-même.
Des empreintes, des fèces ou des images obtenues par piège photographique peuvent signaler la présence d’un mustélidé.
Mais là encore, prudence : les indices de martre et de fouine peuvent se ressembler.
Une identification sérieuse repose idéalement sur plusieurs caractères concordants.
Si vous utilisez un piège photographique sur une propriété où son installation est autorisée, placez-le de manière à photographier naturellement les animaux qui circulent, sans appât susceptible de modifier leur comportement.
En forêt, l’objectif doit rester l’observation discrète.
Ne cherchez pas à ouvrir une cavité occupée, à manipuler un gîte ou à poursuivre l’animal pour obtenir une photographie.
Une espèce menacée en France ?
L’évaluation nationale de la Liste rouge des mammifères de France métropolitaine classe Martes martes dans la catégorie LC — Préoccupation mineure.
Cela ne signifie pas que toutes les populations locales se portent nécessairement de la même manière.
Une espèce classée en « Préoccupation mineure » à l’échelle nationale peut rencontrer des difficultés régionales ou locales liées notamment à la fragmentation des habitats ou à d’autres pressions.
La conservation doit donc être pensée à plusieurs échelles.
FAQ sur la martre des pins
La martre des pins vit-elle uniquement dans les pins ?
Non. Elle fréquente des forêts de feuillus, de conifères et des forêts mixtes. Son nom vernaculaire ne doit donc pas être interprété comme une dépendance exclusive aux pins.
La martre vit-elle toujours dans les arbres ?
Non. Elle possède d’excellentes capacités arboricoles, mais se déplace et chasse également au sol.
Que mange la martre ?
Son régime varie selon les ressources disponibles. Les petits mammifères occupent une place importante, mais elle consomme également oiseaux, invertébrés, fruits et parfois charognes.
Quelle différence entre une martre et une fouine ?
La martre est davantage associée aux forêts et présente généralement une bavette jaune-orangée. La fouine fréquente beaucoup plus facilement les bâtiments et possède habituellement une bavette blanche.
La martre est-elle nocturne ?
Elle est largement nocturne et crépusculaire, mais une activité diurne reste possible.
La martre mange-t-elle des écureuils ?
Elle peut capturer des écureuils et possède les capacités arboricoles nécessaires pour les poursuivre, mais son régime est beaucoup plus diversifié et repose fortement sur d’autres petits mammifères.
Peut-on rencontrer une martre près d’une maison ?
C’est possible, notamment si l’habitation se trouve à proximité d’un environnement boisé. Mais un mustélidé installé régulièrement dans un grenier ou un bâtiment évoque davantage la fouine, beaucoup plus anthropophile.
La martre est-elle rare en France ?
Elle est largement présente dans les habitats favorables et son évaluation nationale la classe actuellement en « Préoccupation mineure ». Cela n’exclut pas des situations régionales différentes.
Conclusion
La martre des pins est l’un des mammifères forestiers français les plus difficiles à observer malgré une présence relativement étendue. Son mode de vie discret, son activité souvent nocturne et sa capacité à exploiter aussi bien le sol que les arbres expliquent pourquoi elle passe facilement inaperçue.
Son extraordinaire agilité arboricole ne doit pourtant pas conduire à la considérer comme un animal vivant exclusivement dans la canopée. La martre chasse aussi au sol et utilise différents refuges. Ce qui la caractérise davantage est son lien étroit avec les paysages boisés et leur structure.
Son alimentation révèle la même souplesse. Si les petits mammifères représentent une ressource importante, elle peut également consommer oiseaux, invertébrés, fruits et charognes. Les proportions changent avec les saisons et les disponibilités locales.
La comparaison avec la fouine permet enfin de comprendre pourquoi ces deux cousines, pourtant proches morphologiquement, ne sont pas interchangeables. La fouine s’est remarquablement adaptée aux paysages humanisés et aux bâtiments. La martre reste beaucoup plus caractéristique des forêts et autres structures boisées.
Pour le naturaliste, apercevoir une martre traversant silencieusement un sous-bois ou progressant dans les branches reste donc une observation privilégiée. Le plus souvent, elle aura détecté notre présence bien avant que nous ayons eu la chance de remarquer la sienne.