La Bambouseraie d’Anduze, une forêt de bambous asiatiques en France depuis 1856

À quelques kilomètres d’Anduze, dans le Gard, un paysage inattendu apparaît au pied des Cévennes : des allées bordées de bambous géants, des érables, des séquoias, des camélias et de nombreuses plantes venues d’Asie ou d’autres régions du monde. La Bambouseraie en Cévennes, souvent appelée Bambouseraie d’Anduze, est aujourd’hui l’un des jardins botaniques les plus singuliers de France.

Sa création remonte bien à 1856. Le site officiel de la Bambouseraie attribue sa naissance à Eugène Mazel, passionné d’horticulture et d’acclimatation végétale, qui commence alors à introduire sur le domaine des plantes exotiques venues notamment d’Amérique du Nord, de l’Himalaya et du Japon. En 2026, le jardin célèbre ainsi ses 170 ans.

Aujourd’hui, la partie végétalisée ouverte au public couvre environ 14 hectares et le jardin annonce plus de 1 300 variétés de bambous, arbres et plantes remarquables.

Cette histoire montre qu’un bambou peut parfaitement s’acclimater en France lorsque le climat, l’eau et le sol lui conviennent. Mais elle rappelle aussi quelque chose que beaucoup de jardiniers découvrent trop tard : certaines espèces sont très traçantes. Pour reproduire l’esprit d’une bambouseraie chez soi sans voir les rhizomes coloniser tout le terrain, le choix de l’espèce et la préparation de la plantation sont essentiels.

Sommaire

  1. Où se trouve exactement la Bambouseraie d’Anduze ?
  2. Pourquoi l’année 1856 est-elle importante ?
  3. Qui était Eugène Mazel ?
  4. Pourquoi les bambous se sont-ils si bien acclimatés dans les Cévennes ?
  5. Comment le domaine a-t-il survécu après Eugène Mazel ?
  6. Quelle diversité botanique trouve-t-on aujourd’hui sur le site ?
  7. Le bambou est-il vraiment un arbre ?
  8. Bambous traçants et cespiteux : quelle différence ?
  9. Guide pratique : choisir un bambou pour son jardin
  10. Quelles variétés sont les moins envahissantes ?
  11. Comment installer une barrière anti-rhizomes ?
  12. Comment planter et entretenir un bambou ?
  13. FAQ
  14. Conclusion

Où se trouve exactement la Bambouseraie d’Anduze ?

Malgré son nom courant, la Bambouseraie n’est pas située dans la commune d’Anduze elle-même.

Elle se trouve à Générargues, dans le Gard, à proximité immédiate d’Anduze et d’Alès, à la porte des Cévennes. Le site officiel la présente comme un jardin botanique de 14 hectares végétalisés.

L’appellation « Bambouseraie d’Anduze » s’est néanmoins imposée dans l’usage, probablement parce qu’Anduze constitue le principal repère géographique et touristique de ce secteur.

Le lieu était autrefois connu sous le nom de domaine de Prafrance.

Ce vallon possède plusieurs caractéristiques favorables à l’acclimatation végétale : eau disponible, sols alluviaux et microclimat relativement doux par rapport à certaines zones cévenoles environnantes.

Pourquoi l’année 1856 est-elle importante ?

Le site officiel est sans ambiguïté : la Bambouseraie est née en 1856.

Les Archives départementales du Gard confirment également cette date et précisent que le domaine est alors acquis par la famille Mazel. Eugène Mazel, passionné de botanique, imagine un parc destiné à acclimater des espèces exotiques.

Certaines publications secondaires anciennes indiquent parfois 1855, mais les sources institutionnelles et le site actuel de la Bambouseraie retiennent 1856. C’est donc cette date qu’il convient d’utiliser.

L’établissement lui-même célèbre d’ailleurs officiellement ses 170 ans en 2026, ce qui confirme cette chronologie.

Qui était Eugène Mazel ?

Eugène Mazel appartenait à une famille aisée de négociants marseillais.

Passionné par les plantes et l’horticulture, il s’intéresse à une époque où l’acclimatation des végétaux exotiques connaît un véritable engouement en Europe.

Les premières espèces de bambous asiatiques n’arrivent massivement dans les collections européennes qu’au XIXe siècle.

Mazel profite donc d’un moment particulièrement favorable : les explorations botaniques multiplient les introductions, tandis que les jardins d’acclimatation deviennent de véritables laboratoires à ciel ouvert.

Le site officiel explique qu’il fait venir des plantes d’Amérique du Nord, des régions himalayennes et du Japon, parmi lesquelles plusieurs bambous.

Son projet dépasse donc largement la plantation d’une seule famille végétale.

Il veut créer un parc exotique.

Mais ce sont les bambous qui vont donner au lieu son identité la plus forte.

Pourquoi les bambous se sont-ils si bien acclimatés dans les Cévennes ?

Le mot « bambou » évoque souvent les régions tropicales, mais la famille est beaucoup plus diverse.

Il existe des bambous provenant de zones subtropicales, tempérées et même de régions montagneuses froides d’Asie.

Certaines espèces supportent donc très bien les hivers français.

La Bambouseraie explique que le climat du sud de la France a permis à Eugène Mazel d’acclimater plusieurs espèces dès le XIXe siècle.

L’environnement local apporte également :

  • un approvisionnement en eau important ;
  • des sols relativement fertiles ;
  • une situation abritée ;
  • des étés chauds favorisant la croissance des nouvelles pousses.

Cette combinaison permet à certaines espèces de produire les chaumes très hauts qui donnent aujourd’hui l’impression d’une véritable forêt asiatique.

Comment le domaine a-t-il survécu après Eugène Mazel ?

L’histoire n’a pas été linéaire.

Le site officiel indique qu’Eugène Mazel est déclaré en faillite en 1889. Ses biens sont alors saisis par le Crédit Foncier de France.

En 1902, le domaine est acheté par Gaston Nègre.

Cette acquisition est décisive pour sa survie.

Quatre générations de cette famille vont ensuite poursuivre l’œuvre engagée au XIXe siècle.

Gaston Nègre transmet le domaine à son fils Maurice, puis Muriel reprend la gestion en 1977. Depuis 2020, Valentine Crouzet, arrière-petite-fille de Gaston Nègre, assure la direction générale.

La Bambouseraie actuelle est donc à la fois un jardin botanique historique et le résultat d’une continuité familiale de plus d’un siècle.

Quelle diversité botanique trouve-t-on aujourd’hui ?

Le bambou reste évidemment la vedette.

Mais réduire le jardin à une collection de bambous serait trompeur.

Le site annonce actuellement plus de 1 300 variétés de bambous, arbres et plantes remarquables.

Le parcours comporte notamment des bambous géants, des érables asiatiques, des arbres remarquables, des plantes exotiques et différents espaces paysagers inspirés de traditions asiatiques.

La Bambouseraie constitue ainsi un jardin d’acclimatation au sens large.

Sa diversité botanique rappelle aussi un principe important pour le jardinier : tous les bambous ne se ressemblent pas.

Certains atteignent plusieurs mètres et produisent des cannes épaisses.

D’autres restent relativement bas.

Certains progressent rapidement sous terre.

D’autres forment des touffes beaucoup plus compactes.

C’est cette dernière différence qui devient essentielle dans un jardin privé.

Le bambou est-il vraiment un arbre ?

Non.

Même lorsqu’un bambou atteint la hauteur d’un arbre, il appartient à la famille des Poaceae, celle des graminées.

Il est donc botaniquement plus proche des herbes et des céréales que d’un chêne ou d’un érable.

Ses tiges verticales sont appelées des chaumes.

Elles apparaissent à partir d’un réseau souterrain de rhizomes.

Une particularité spectaculaire est que le nouveau chaume atteint généralement sa hauteur finale au cours de sa première saison de croissance. Il ne grandit donc pas comme un tronc d’arbre qui augmente lentement en hauteur année après année.

Le développement futur se fait surtout par l’apparition de nouveaux chaumes issus des rhizomes.

C’est précisément ce réseau souterrain qui explique aussi le caractère envahissant de certaines espèces.

Bambous traçants et cespiteux : quelle différence ?

La Royal Horticultural Society distingue deux grands comportements.

Les bambous traçants

Ils produisent des rhizomes horizontaux capables de parcourir une distance importante avant de faire apparaître une nouvelle pousse.

La RHS cite notamment parmi les genres concernés :

  • Phyllostachys ;
  • Pleioblastus ;
  • Pseudosasa ;
  • Sasa.

Ces plantes peuvent être magnifiques.

Mais dans un terrain fertile et humide, elles peuvent devenir difficiles à contenir.

La Bambouseraie elle-même rappelle que le problème d’un bambou envahissant vient principalement des rhizomes traçants présents sous le sol, et non des cannes visibles.

Les bambous en touffe

Les bambous cespiteux produisent des rhizomes beaucoup plus courts.

La touffe s’élargit progressivement autour du point de plantation sans lancer aussi facilement de longs rhizomes à plusieurs mètres.

La RHS cite notamment les genres :

  • Fargesia ;
  • Chusquea ;
  • Bambusa ;
  • Shibataea ;
  • Thamnocalamus.

Ils restent capables de former de gros massifs avec le temps, mais leur gestion est généralement beaucoup plus simple.

Guide pratique : choisir un bambou pour son jardin

La première question ne devrait pas être « quelle couleur de tige choisir ? »

Elle devrait être :

combien d’espace suis-je prêt à lui donner ?

Pour un jardin moyen, une terrasse ou une plantation proche d’une clôture, mieux vaut privilégier un bambou cespiteux.

Pour un très grand terrain où l’on souhaite créer un bosquet, un bambou traçant peut être envisagé, à condition d’accepter la surveillance nécessaire.

Quelles variétés sont les moins envahissantes ?

Les Fargesia constituent parmi les options les plus pratiques pour un jardin domestique.

La RHS décrit ce genre comme composé de bambous persistants, denses et formant des touffes compactes.

Quelques exemples intéressants :

Fargesia rufa

Ce bambou chinois forme une touffe dense aux tiges légèrement arquées.

La RHS le classe clairement comme clump forming, donc cespiteux. Il supporte le soleil mais apprécie aussi la mi-ombre et un sol gardant un peu de fraîcheur.

Il convient bien :

  • aux haies ;
  • aux petits jardins ;
  • aux grands bacs.

Fargesia robusta

Plus droit et vigoureux, il produit un écran dense.

La RHS le décrit également comme cespiteux et adapté à la culture en contenant.

Fargesia utilis

Originaire du Yunnan, il forme lui aussi une touffe compacte et apprécie un sol frais mais bien drainé.

Le mot « non invasif » doit néanmoins être utilisé avec nuance.

Même un bambou cespiteux grossit.

La RHS précise que ces formes sont moins invasives, mais peuvent tout de même devenir de grandes plantes lorsque les conditions leur plaisent.

Peut-on planter un Phyllostachys sans problème ?

Oui, mais il faut le considérer comme un bambou traçant.

Les Phyllostachys comptent parmi les espèces utilisées pour obtenir de grands chaumes spectaculaires.

Dans un espace ouvert et surveillé, ils peuvent être magnifiques.

Près d’une terrasse, d’une piscine, d’une canalisation ou de la limite du voisin, mieux vaut prévoir une contention dès la plantation.

Attendre que les pousses apparaissent partout pour agir est beaucoup plus compliqué.

Comment installer une barrière anti-rhizomes ?

Pour un bambou traçant, la barrière doit être pensée comme une vraie infrastructure.

La RHS recommande une tranchée d’au moins 60 cm de profondeur et indique même qu’une profondeur plus importante peut être préférable pour certains bambous vigoureux. La barrière doit dépasser le niveau du sol d’au moins 7,5 cm afin que les rhizomes ne passent pas simplement par-dessus.

Les extrémités doivent se chevaucher et être correctement assemblées.

Une barrière mal fermée ne fait que guider le rhizome vers l’ouverture.

Pourquoi laisser dépasser la barrière ?

Parce que les rhizomes peuvent remonter près de la surface.

Une bordure totalement enterrée permettrait à un rhizome de franchir le sommet sans être immédiatement visible.

Quelques centimètres au-dessus du sol permettent de repérer plus facilement ces tentatives d’évasion.

Une barrière dispense-t-elle de surveillance ?

Non.

La Bambouseraie recommande de contrôler régulièrement les rhizomes et notamment de vérifier qu’ils ne contournent pas ou ne dépassent pas l’obstacle.

La meilleure barrière est donc une combinaison :

barrière physique + inspection régulière.

Comment planter un bambou ?

La RHS conseille généralement une plantation au printemps, lorsque le sol commence à se réchauffer et que la plante dispose de toute la saison pour s’installer.

Choisissez un terrain :

  • fertile ;
  • gardant une certaine fraîcheur ;
  • mais bien drainé.

La plupart des bambous ne supportent pas durablement un sol saturé d’eau.

Creusez un trou plus large que la motte, ameublissez le sol périphérique et replacez le bambou à une profondeur proche de celle qu’il avait dans son pot.

Arrosez abondamment après plantation.

Le bambou a-t-il besoin de beaucoup d’eau ?

Pendant l’installation, oui.

Les nouveaux plants doivent être arrosés pendant les périodes sèches.

Une fois établis, les besoins varient fortement selon l’espèce, le climat et le sol.

La RHS recommande notamment des arrosages en été pendant les épisodes secs et rappelle que les bambous en pot sèchent beaucoup plus rapidement que ceux installés en pleine terre.

Un paillage organique permet de limiter l’évaporation et de conserver davantage de fraîcheur autour des rhizomes.

Faut-il tailler un bambou ?

La taille n’est pas indispensable à sa survie.

Elle sert surtout à contrôler le massif et améliorer son aspect.

On peut retirer :

  • les chaumes morts ;
  • les tiges faibles ;
  • les cannes cassées ;
  • certains vieux chaumes trop nombreux.

La Bambouseraie conseille, pour un massif conservé mais devenu dense, de supprimer périodiquement une partie des tiges anciennes afin de l’aérer.

Sur certaines espèces décoratives, retirer les petites branches et feuilles situées à la base permet aussi de mieux mettre en valeur la couleur des chaumes.

Et en pot ?

C’est une excellente solution pour les petits espaces.

La RHS recommande un contenant d’au moins 45 cm de largeur et de profondeur pour de nombreux petits bambous.

En pot, il faut cependant :

  • arroser plus régulièrement ;
  • apporter des nutriments ;
  • surveiller la saturation des racines ;
  • rempoter ou diviser la touffe tous les quelques années.

Le contenant constitue en même temps une barrière naturelle contre les rhizomes.

FAQ

La Bambouseraie d’Anduze a-t-elle vraiment été créée en 1856 ?

Oui. Le site officiel de la Bambouseraie en Cévennes et les Archives départementales du Gard retiennent tous deux 1856 comme année de création par Eugène Mazel.

Où se trouve-t-elle exactement ?

À Générargues, dans le Gard, près d’Anduze et d’Alès.

Quelle surface est visitable ?

Le jardin indique environ 14 hectares végétalisés ouverts au parcours botanique.

Combien de variétés y trouve-t-on ?

La Bambouseraie annonce actuellement plus de 1 300 variétés de bambous, arbres et plantes remarquables.

Tous les bambous sont-ils asiatiques ?

Non. Les bambous forment un groupe botanique beaucoup plus vaste avec des espèces originaires de différentes régions du monde. L’Asie possède néanmoins une diversité exceptionnelle et de nombreuses espèces cultivées en Europe en sont originaires.

Tous les bambous sont-ils envahissants ?

Non.

Les bambous traçants comme de nombreux Phyllostachys peuvent s’étendre rapidement, tandis que les Fargesia forment généralement des touffes beaucoup plus compactes.

Quel bambou choisir pour éviter les rhizomes envahissants ?

Un Fargesia est généralement l’un des meilleurs choix pour un jardin de taille modeste. Fargesia rufa, F. robusta et F. utilis sont tous décrits par la RHS comme des bambous formant des touffes.

Une barrière anti-rhizomes est-elle indispensable ?

Elle est fortement recommandée pour les bambous traçants lorsque leur expansion doit rester strictement limitée.

Pour un bambou cespiteux, elle est souvent moins nécessaire, même si la touffe doit toujours disposer d’un espace suffisant.

Quelle profondeur pour une barrière anti-rhizomes ?

La RHS recommande au moins 60 cm, avec une partie dépassant d’au moins 7,5 cm au-dessus du sol.

Peut-on cultiver un bambou en pot ?

Oui. Les espèces compactes comme plusieurs Fargesia s’y prêtent particulièrement bien, avec un contenant suffisamment grand et des arrosages réguliers.

Conclusion

L’histoire de la Bambouseraie d’Anduze commence officiellement en 1856 avec Eugène Mazel.

À cette époque, l’Europe découvre et acclimate de nombreuses plantes issues des expéditions botaniques du XIXe siècle. Mazel profite du climat doux et humide du vallon de Générargues pour introduire bambous, arbres et espèces exotiques venues notamment du Japon, de l’Himalaya et d’Amérique du Nord.

Son projet aurait pu disparaître après sa faillite en 1889.

Il survit grâce au rachat du domaine par Gaston Nègre en 1902 puis à quatre générations qui poursuivent progressivement son développement.

En 2026, la Bambouseraie célèbre ainsi ses 170 ans.

Elle présente aujourd’hui plus de 1 300 variétés de bambous, arbres et plantes remarquables sur un parcours végétalisé d’environ 14 hectares.

Ce jardin historique constitue aussi une excellente leçon pour quiconque souhaite planter du bambou chez soi.

Un bambou n’est pas seulement une grande plante verte qui pousse vite.

Son comportement dépend surtout de ses rhizomes.

Les espèces traçantes peuvent lancer sous terre de longues tiges souterraines avant de réapparaître à distance. Les espèces cespiteuses comme beaucoup de Fargesia progressent beaucoup plus lentement en formant une touffe.

Pour un petit jardin, choisir un Fargesia représente donc souvent la solution la plus simple.

Pour un bambou géant et traçant, la plantation reste possible à condition d’intégrer dès le départ une véritable barrière anti-rhizomes, installée suffisamment profondément et régulièrement contrôlée.

C’est finalement ce que montre la Bambouseraie depuis près de deux siècles : le bambou peut parfaitement trouver sa place dans un paysage français, à condition de choisir la bonne espèce, le bon emplacement et de comprendre comment cette graminée extraordinaire se développe sous nos pieds.

Leave a Comment