La coccinelle asiatique, une espèce invasive à reconnaître au jardin

Rouge, orange, jaune ou presque noire, sans point ou fortement tachetée, la Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) est l’une des coccinelles les plus variables que l’on puisse observer en Europe. Cette diversité explique une partie des erreurs d’identification : compter les points ne suffit absolument pas pour la reconnaître. Les adultes européens mesurent généralement autour de 5 à 8 mm et présentent de multiples formes de coloration. (Persee)

Originaire d’Asie, cette coccinelle prédatrice de pucerons a été volontairement introduite dans plusieurs régions du monde pour la lutte biologique. En France, des individus venus de Chine ont été introduits en 1982 par l’INRA d’Antibes pour étudier et exploiter ses qualités de prédateur. L’espèce s’est ensuite établie et diffusée en Europe, devenant un exemple majeur des conséquences possibles de l’introduction d’un auxiliaire exotique généraliste. (Persee)

Son histoire mérite cependant davantage de nuance qu’une opposition entre « bonne » et « mauvaise » coccinelle. Harmonia axyridis consomme effectivement beaucoup de pucerons, mais sa forte compétitivité, son régime très généraliste et sa capacité à manger les œufs ou larves d’autres coccinelles contribuent à son impact sur les communautés indigènes. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Sommaire

  1. D’où vient la Coccinelle asiatique
  2. Pourquoi elle a été introduite en Europe
  3. Comment elle est devenue invasive
  4. Comment reconnaître Harmonia axyridis
  5. Pourquoi le nombre de points est trompeur
  6. La distinguer des coccinelles locales
  7. Son impact sur les espèces indigènes
  8. Pourquoi elle entre dans les maisons en automne
  9. Que faire lors d’une invasion domestique
  10. Idées reçues
  11. Conseils pratiques
  12. FAQ
  13. Conclusion

Une coccinelle originaire d’Asie

Harmonia axyridis, parfois appelée Coccinelle asiatique ou Coccinelle arlequin, possède une aire d’origine asiatique comprenant notamment des régions de Chine, du Japon, de Mongolie et de Russie. (Nature)

Comme de nombreuses coccinelles prédatrices, adultes et larves consomment principalement des pucerons lorsqu’ils sont disponibles.

Cette caractéristique a rapidement attiré l’attention des spécialistes de la lutte biologique.

L’idée était séduisante : multiplier un prédateur très vorace puis le libérer dans les cultures afin qu’il réduise les populations de ravageurs.

L’INRAE rappelle que Harmonia axyridis possède plusieurs caractéristiques particulièrement intéressantes pour cet usage : adultes et larves sont voraces, l’espèce est polyphage, sa fécondité est élevée et elle se prête relativement bien à l’élevage artificiel. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Ces mêmes qualités ont cependant contribué à son succès lorsqu’elle s’est retrouvée en dehors de son aire naturelle.

Son introduction en France remonte aux années 1980

L’histoire européenne de la Coccinelle asiatique ne doit pas être présentée comme une arrivée accidentelle unique.

Elle a fait l’objet d’introductions volontaires dans plusieurs pays pour la lutte biologique.

Un article publié en 2006 dans le Bulletin de la Société entomologique de France retrace précisément son histoire française. Des individus provenant de Chine ont été importés en 1982 par Gabriel Iperti, de l’INRA d’Antibes, afin d’étudier les caractéristiques biologiques, écologiques et comportementales de l’espèce. (Persee)

Les introductions européennes se sont intensifiées particulièrement à partir de la fin des années 1980. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

L’établissement de populations invasives ne peut toutefois pas être attribué simplement à un seul lâcher ou à un seul laboratoire. L’histoire génétique et géographique de l’invasion est plus complexe, avec différentes populations introduites et différents mouvements entre régions.

À partir du début des années 2000, l’expansion européenne devient spectaculaire. Une synthèse scientifique indique que l’espèce avait été introduite en Europe dès 1982, tandis que les premières populations établies sont signalées autour de 2000-2001. (Springer)

Pourquoi son invasion a-t-elle été aussi rapide

Harmonia axyridis cumule plusieurs caractéristiques favorisant son expansion.

Elle possède une forte capacité de dispersion, peut exploiter de nombreux habitats et de nombreuses proies, présente une reproduction efficace et pratique la prédation intraguilde, c’est-à-dire qu’elle peut consommer d’autres prédateurs exploitant les mêmes ressources.

Une vaste synthèse britannique attribue notamment son succès à sa capacité reproductive, sa dispersion, sa plasticité, sa résistance relativement élevée à certains ennemis naturels et sa prédation sur d’autres membres de la guilde des prédateurs de pucerons. (PubMed Central (PMC))

L’être humain facilite également sa propagation.

Des individus peuvent voyager avec des marchandises, des végétaux, des fruits ou des fleurs coupées. Le déplacement naturel par le vol permet ensuite de coloniser les régions voisines. Ces deux mécanismes ont notamment participé à l’arrivée et à la diffusion de l’espèce dans les îles Britanniques. (Nature)

Comment reconnaître la Coccinelle asiatique

L’identification commence par accepter une difficulté inhabituelle : il n’existe pas une seule apparence de Coccinelle asiatique.

Les adultes mesurent approximativement 5 à 8 mm. Leur corps est généralement assez large et convexe. (Persee)

Les élytres peuvent être jaunes, orange ou rouges avec des points noirs. D’autres individus sont presque noirs avec des marques rouges ou orangées.

Une synthèse taxonomique donne une longueur adulte comprise entre 4,9 et 8,2 mm et décrit des élytres allant du jaune-orange au rouge avec jusqu’à 19 points noirs dans certaines formes, ainsi que des formes noires portant des marques rouges. (PubMed Central (PMC))

Cette variabilité est précisément à l’origine de son nom anglais de harlequin ladybird.

Le nombre de points n’est pas un critère fiable

Une croyance très répandue consiste à identifier une coccinelle uniquement en comptant ses points.

Cette méthode fonctionne mal avec Harmonia axyridis.

Les guides européens d’identification insistent au contraire sur son extraordinaire polymorphisme. Une même population peut comporter des individus rouges, orange, jaunes ou noirs, avec des motifs très différents. (aphidophaga.org)

Il est donc impossible d’affirmer qu’une coccinelle est asiatique simplement parce qu’elle possède beaucoup de points.

Inversement, un individu sans points peut parfaitement appartenir à cette espèce.

Il faut combiner plusieurs caractères.

Le fameux M noir sur le pronotum

Le pronotum correspond à la partie du thorax immédiatement située derrière la tête.

Chez de nombreuses formes claires de Harmonia axyridis, il est blanchâtre ou crème avec des marques noires pouvant former un dessin ressemblant à un « M » — ou à un « W » lorsqu’on regarde l’insecte dans l’autre sens.

Ce motif constitue un excellent indice.

INRAE mentionne directement la tache noire en forme de M sur le pronotum comme caractère d’identification de l’adulte. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Mais là encore, une précaution s’impose.

Toutes les Coccinelles asiatiques n’affichent pas un M parfaitement dessiné. Les marques peuvent être divisées en plusieurs taches ou fusionner jusqu’à occuper une grande partie du pronotum. Les descriptions taxonomiques mentionnent quatre taches, deux lignes courbes, un M ou même un trapèze noir presque continu. (PubMed Central (PMC))

Le M est donc un indice très utile, pas une règle absolue isolée.

Une petite carène à l’arrière des élytres

Les guides européens modernes proposent de combiner plusieurs caractéristiques.

Outre une taille généralement supérieure à 5 mm et les marques claires et noires du pronotum, Harmonia axyridis possède fréquemment une petite protubérance ou carène vers l’arrière des élytres. (aphidophaga.org)

Ce caractère devient utile lorsque la coloration du pronotum est atypique.

Pour une identification photographique sérieuse, il est donc préférable de disposer d’une vue nette de dessus et, si possible, d’une vue légèrement latérale.

La couleur seule reste insuffisante.

Ne pas confondre avec la Coccinelle à sept points

La Coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata) est l’une des espèces indigènes les plus familières.

Elle possède une apparence beaucoup plus constante : élytres rouges portant sept points noirs et pronotum principalement noir avec des zones blanches sur les côtés.

Une Coccinelle asiatique rouge et tachetée peut lui ressembler à première vue, mais son nombre de points, la disposition des marques et surtout l’aspect du pronotum permettent généralement de les différencier.

La Coccinelle asiatique peut également être confondue avec plusieurs autres espèces européennes.

C’est pourquoi un individu atypique ne devrait pas être détruit simplement parce qu’il « ressemble à une asiatique ».

Une photographie et une identification correcte sont préférables.

Sa larve est également reconnaissable

L’adulte n’est pas le seul stade observable au jardin.

La larve de Harmonia axyridis possède un aspect très différent d’une coccinelle adulte : corps allongé, sombre, couvert de tubercules épineux.

Aux derniers stades larvaires, des zones orange particulièrement visibles apparaissent sur les côtés de l’abdomen. Les descriptions entomologiques signalent notamment des marques jaune-orange bien développées sur plusieurs segments abdominaux. (biocontrol.entomology.cornell.edu)

Comme l’adulte, la larve est prédatrice.

Elle parcourt feuilles et tiges à la recherche de pucerons et d’autres petites proies.

Une prédatrice de pucerons très efficace

Qualifier l’espèce d’invasive ne signifie pas qu’elle a cessé de jouer son rôle de prédatrice.

Harmonia axyridis reste une grande consommatrice de pucerons.

INRAE la décrit comme très vorace et polyphage, capable de consommer une multitude de ravageurs avec une prédilection pour les pucerons. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Dans un jardin, il est donc parfaitement possible d’observer une Coccinelle asiatique en train de rendre ce qui semble être un « service » en mangeant une colonie de pucerons.

Le problème écologique se situe à une autre échelle.

Une espèce invasive peut simultanément consommer un ravageur et produire des effets négatifs sur la biodiversité locale.

Une concurrence avec les coccinelles indigènes

Les coccinelles locales et Harmonia axyridis recherchent souvent les mêmes ressources.

Lorsque les pucerons sont abondants, plusieurs espèces peuvent exploiter simultanément une colonie. Lorsque la nourriture devient limitée, la compétition s’intensifie.

La Coccinelle asiatique présente plusieurs avantages : grande taille, forte fécondité, régime généraliste et capacité à exploiter de nombreux habitats.

INRAE indique qu’elle entre directement en compétition avec les espèces indigènes pour la nourriture et l’espace. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Mais la compétition ne constitue qu’une partie du problème.

Elle peut manger les autres coccinelles

Les coccinelles ne se nourrissent pas uniquement de pucerons.

Lorsque les conditions s’y prêtent, certaines peuvent consommer les œufs ou les jeunes stades d’autres prédateurs.

Chez Harmonia axyridis, cette prédation intraguilde est considérée comme l’un des mécanismes participant à son impact écologique. INRAE indique explicitement qu’elle peut consommer les larves d’autres espèces. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Cette capacité lui permet de transformer un concurrent potentiel en ressource alimentaire.

Elle ne signifie toutefois pas que chaque Coccinelle asiatique passe son temps à chasser des coccinelles locales. La disponibilité des pucerons et autres proies influence fortement les interactions.

Des déclins observés chez plusieurs espèces indigènes

L’impact n’est pas seulement théorique.

Les programmes de sciences participatives britanniques ont produit l’un des suivis les plus documentés de l’invasion.

Après l’arrivée de Harmonia axyridis, les chercheurs ont mis en évidence des diminutions de distribution chez sept des huit espèces indigènes évaluées, corrélées à l’arrivée de la Coccinelle asiatique. (Royal Entomological Society)

Une corrélation observée à grande échelle ne signifie pas que tous les changements de population possèdent une cause unique. Les habitats, pesticides, ressources alimentaires et autres pressions environnementales agissent également sur les coccinelles.

Mais l’ensemble des observations de terrain et des études expérimentales fournit aujourd’hui des preuves solides d’un impact écologique de Harmonia axyridis sur certaines communautés de coccinelles indigènes. (PubMed Central (PMC))

Pourquoi entre-t-elle dans les maisons en automne

L’un des comportements les plus visibles de la Coccinelle asiatique apparaît lorsque les températures diminuent.

Des dizaines, parfois beaucoup plus, peuvent se rassembler sur une façade éclairée par le soleil avant de pénétrer dans les fissures d’un bâtiment.

Ce comportement correspond à la recherche d’un site d’hivernage.

L’espèce forme volontiers des agrégations importantes dans des endroits protégés. Les bâtiments offrent des fissures, encadrements de fenêtres, combles et autres cavités qui reproduisent certaines caractéristiques d’un refuge naturel.

Sa présence hivernale dans une maison ne signifie donc généralement pas qu’elle s’y reproduit ou qu’elle se nourrit des matériaux du bâtiment.

Les adultes cherchent surtout un endroit où passer la mauvaise saison.

Conseils pratiques en cas d’invasion domestique

La stratégie la plus efficace est préventive.

Avant les rassemblements automnaux, vérifiez les joints autour des fenêtres, passages de câbles, aérations non protégées et petites ouvertures de façade. Un calfeutrage approprié réduit le nombre d’individus pouvant pénétrer dans le logement.

Lorsque des coccinelles sont déjà présentes à l’intérieur, évitez de les écraser sur les murs et tissus. Comme plusieurs Coccinellidés, elles peuvent libérer un liquide défensif jaunâtre susceptible de laisser des traces et une odeur.

Pour quelques individus, une collecte manuelle dans un récipient est suffisante. Pour une forte concentration, une aspiration mécanique permet de les retirer sans pulvériser inutilement d’insecticide dans l’habitation.

Il faut cependant garder en tête qu’une Coccinelle asiatique invasive n’est pas individuellement un « nuisible domestique » comparable à un insecte qui attaque les denrées ou la charpente.

Faut-il tuer toutes les Coccinelles asiatiques du jardin

Une campagne d’élimination manuelle improvisée présente un problème majeur : le risque de détruire des espèces indigènes mal identifiées.

La variabilité de Harmonia axyridis rend les erreurs faciles.

Au jardin, la priorité consiste donc à apprendre à reconnaître correctement l’espèce et à éviter volontairement sa multiplication ou son introduction.

Il ne faut notamment pas acheter ou relâcher Harmonia axyridis comme auxiliaire dans un jardin européen.

Pour soutenir les coccinelles indigènes, une stratégie plus pertinente consiste à maintenir des habitats diversifiés, limiter les insecticides à large spectre et préserver une végétation permettant aux prédateurs locaux de trouver proies et refuges.

Idées reçues

« Toutes les coccinelles orange sont asiatiques »

Faux. La couleur ne suffit pas. Harmonia axyridis peut elle-même être orange, rouge, jaune ou noire, tandis que plusieurs espèces indigènes présentent aussi des colorations orange ou variables. (aphidophaga.org)

« Une Coccinelle asiatique possède toujours 19 points »

Faux. Certaines formes peuvent porter de nombreux points, d’autres très peu, voire aucun. (OUP Academic)

« Le M noir permet toujours une identification certaine »

Il constitue un excellent indice, mais sa forme varie. Les marques du pronotum peuvent être séparées ou fusionnées. Il est préférable de combiner ce caractère avec la taille, la forme générale et les autres détails morphologiques. (PubMed Central (PMC))

« Elle est invasive donc elle ne sert à rien »

Faux. C’est une prédatrice efficace de pucerons, précisément la raison pour laquelle elle a été introduite. Son caractère invasif découle de ses impacts écologiques et de sa propagation, pas d’une absence de fonction prédatrice. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

« Les coccinelles trouvées dans la maison attaquent le bâtiment »

Non. Les rassemblements automnaux correspondent principalement à un comportement d’hivernage. Elles ne mangent ni la charpente ni les murs.

FAQ

Comment reconnaître rapidement une Coccinelle asiatique

Recherchez un adulte assez grand et bombé, généralement de 5 à 8 mm, avec une coloration extrêmement variable. Un pronotum clair portant des marques noires ressemblant souvent à un M ou un W constitue un indice particulièrement utile. (Persee)

Combien de points possède-t-elle

Il n’existe pas de nombre unique. Selon la forme, les élytres peuvent présenter de nombreux points noirs ou aucun ; certaines formes sont au contraire noires avec des marques rouges. (OUP Academic)

Pourquoi a-t-elle été introduite en Europe

Elle a été utilisée comme agent de lutte biologique en raison de son efficacité contre les pucerons, de sa voracité, de sa fécondité et de sa facilité d’élevage. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Quand est-elle arrivée en France

Un article de la Société entomologique de France documente l’importation en 1982 d’individus chinois par l’INRA d’Antibes pour étudier l’espèce. Son établissement et son expansion massive sont intervenus ultérieurement. (Persee)

Pourquoi menace-t-elle les coccinelles locales

Elle concurrence les espèces indigènes pour les ressources et peut pratiquer la prédation intraguilde en consommant notamment leurs stades immatures. Des diminutions de distribution de plusieurs espèces indigènes ont été associées à son invasion dans les suivis britanniques. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Pourquoi trouve-t-on autant de Coccinelles asiatiques sur les maisons en automne

Elles recherchent des sites protégés pour passer l’hiver et peuvent former d’importantes agrégations. Les bâtiments offrent de nombreuses fissures et cavités favorables.

Se reproduisent-elles dans la maison pendant l’hiver

Les rassemblements hivernaux correspondent essentiellement à une période de repos. Une habitation chauffée peut provoquer une activité occasionnelle, mais la présence de coccinelles autour des fenêtres en hiver ne signifie pas qu’une colonie se développe dans les murs en consommant le bâtiment.

Faut-il utiliser un insecticide dans la maison

Une pulvérisation systématique n’est généralement pas nécessaire. La prévention par colmatage des voies d’entrée et l’élimination mécanique des individus déjà présents constituent des approches plus ciblées.

Conclusion

La Coccinelle asiatique illustre parfaitement la complexité des introductions biologiques.

À l’origine, Harmonia axyridis n’a pas été importée parce qu’elle était considérée comme nuisible. Elle possédait au contraire des qualités recherchées : une grande voracité envers les pucerons, une forte fécondité, un régime relativement généraliste et une facilité d’élevage. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

En France, son introduction expérimentale depuis la Chine est documentée dès 1982. D’autres introductions ont eu lieu en Europe et l’espèce s’est ensuite établie et propagée rapidement à partir de la fin du XXe et du début du XXIe siècle. (Persee)

Les caractéristiques qui en faisaient un auxiliaire prometteur ont aussi favorisé son invasion.

Elle se disperse efficacement, occupe une grande diversité d’habitats, consomme de nombreuses proies et peut entrer directement en compétition avec les prédateurs indigènes. Sa capacité à manger les œufs ou larves d’autres coccinelles renforce encore cette pression. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Son identification demande cependant de la prudence.

La couleur et le nombre de points ne suffisent pas. Les adultes peuvent être jaunes, orange, rouges ou noirs et présenter des motifs très différents. Le pronotum clair marqué de noir, souvent sous la forme d’un M ou d’un W, la taille relativement importante, la silhouette bombée et certains détails des élytres constituent un ensemble de critères beaucoup plus fiable. (aphidophaga.org)

Cette précision est particulièrement importante au jardin. Une élimination indiscriminée de toutes les coccinelles atypiques risquerait de toucher les espèces indigènes que l’on cherche justement à préserver.

Dans la maison, le problème est différent.

Les grands rassemblements observés en automne correspondent à une recherche de sites d’hivernage. Ces insectes ne viennent pas dévorer les murs ou les meubles. La méthode la plus raisonnable consiste donc à empêcher leur entrée en colmatant les fissures avant l’automne, puis à retirer mécaniquement les individus qui ont réussi à pénétrer.

Au jardin, la meilleure réponse à l’invasion reste plus globale : préserver les habitats, réduire les pesticides non sélectifs et favoriser une communauté diversifiée d’insectes auxiliaires indigènes.

La Coccinelle asiatique rappelle ainsi qu’un prédateur efficace de ravageurs peut simultanément devenir une menace pour d’autres auxiliaires. En écologie, être utile dans une culture et être sans conséquence pour la biodiversité sont deux choses très différentes.

Sources

Coutanceau J.-P., 2006 — Harmonia axyridis (Pallas, 1773) (Coleoptera: Coccinellidae) : une Coccinelle asiatique introduite, acclimatée et en extension en France, Bulletin de la Société entomologique de France, 111(3), 395-401. Source importante pour l’histoire de l’introduction française en 1982 et l’expansion de l’espèce. (Persee)

INRAE — Encyclopédie des pucerons, fiche Harmonia axyridis. Morphologie, lutte biologique, voracité, compétition avec les coccinelles indigènes et prédation de leurs larves. (encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr)

Koch R. L., 2003 — The multicolored Asian lady beetle, Harmonia axyridis: A review of its biology, uses in biological control, and non-target impacts, Journal of Insect Science. Synthèse sur la biologie, l’identification et les impacts non ciblés de l’espèce. (PubMed Central (PMC))

Roy H. E. et al., 2015 — Ten years of invasion: Harmonia axyridis (Pallas) (Coleoptera: Coccinellidae) in Britain, Ecological Entomology. Synthèse du suivi à grande échelle de l’invasion et de ses relations avec le déclin de plusieurs coccinelles indigènes. (PubMed Central (PMC))

Rondoni G. et al., 2021 — revue sur l’utilisation de coccinelles exotiques en lutte biologique et les enseignements tirés notamment du cas Harmonia axyridis en Europe. (Wiley Online Library)

Ladybirds of Europe — Handbook and Identification Key — guide européen d’identification décrivant le polymorphisme exceptionnel de Harmonia axyridis et les caractères morphologiques utiles à sa reconnaissance. (aphidophaga.org)