Migration de la Buse variable : comment les courants thermiques portent ce rapace sur des centaines de kilomètres

Lors des journées favorables de migration, une Buse variable peut s’élever en décrivant de larges cercles, puis quitter soudainement l’ascendance et parcourir plusieurs kilomètres en vol plané avant de recommencer. La migration buse variable thermiques repose largement sur cette alternance entre ascension et plané, qui permet au rapace de parcourir de longues distances tout en limitant les coûteux battements d’ailes.

Toutes les Buses variables (Buteo buteo) ne migrent cependant pas de la même manière. Certaines populations européennes sont largement sédentaires, tandis que les populations plus nordiques et orientales présentent une tendance migratrice beaucoup plus marquée.

Table des Matières

  1. La Buse variable, migratrice ou sédentaire ?
  2. Qu’est-ce qu’un courant thermique ?
  3. Comment la Buse variable utilise les thermiques
  4. Pourquoi tourner en cercle dans le ciel ?
  5. Une migration qui dépend de l’heure
  6. Pourquoi les thermiques permettent d’économiser de l’énergie
  7. Le vent peut accélérer le voyage
  8. Pourquoi les buses évitent les grandes étendues d’eau
  9. Les détroits, véritables entonnoirs migratoires
  10. Comment reconnaître une Buse variable en migration
  11. Migration et changement climatique
  12. Questions fréquentes
  13. Conclusion

La Buse variable, migratrice ou sédentaire ?

La réponse dépend de l’origine géographique de l’oiseau.

La Buse variable possède une vaste distribution européenne et son comportement migratoire varie fortement entre les populations. En règle générale, la proportion d’individus migrateurs augmente lorsque l’on se déplace du sud-ouest vers le nord-est de l’Europe.

Les populations britanniques sont par exemple essentiellement sédentaires. À l’inverse, de nombreuses buses originaires de Scandinavie ou d’Europe orientale effectuent des déplacements saisonniers importants.

En automne, certaines buses scandinaves descendent vers les Pays-Bas, la Belgique, la France et la péninsule Ibérique. Des individus originaires de régions plus orientales empruntent d’autres axes migratoires vers le sud.

En France, la situation peut donc donner une impression paradoxale : des Buses variables sont visibles toute l’année, alors que d’autres individus traversent ou rejoignent le territoire pour hiverner. Le Service technique de l’aviation civile indique notamment que des populations nordiques hivernent en France et rejoignent alors les oiseaux présents localement.

Migration buse variable thermiques : comment fonctionne cette stratégie ?

Pour comprendre le déplacement des buses, il faut d’abord regarder ce qui se passe dans l’atmosphère.

Le soleil chauffe la surface terrestre de manière inégale. Une parcelle de terre nue, une zone rocheuse ou un versant exposé peut ainsi se réchauffer plus rapidement que d’autres surfaces.

L’air situé juste au-dessus se réchauffe à son tour. Comme cet air chaud devient moins dense que l’air environnant, il tend à monter et forme une ascendance thermique.

Pour un grand rapace, cette colonne d’air ascendant constitue une sorte d’ascenseur invisible.

La buse pénètre dans l’ascendance puis commence à tourner. Elle ajuste constamment la position de ses ailes et de sa queue afin de rester dans la zone où l’air monte suffisamment rapidement.

À mesure qu’elle tourne, elle gagne de l’altitude presque sans battre des ailes.

migration buse variable thermiques montrant une buse tournant dans une ascendance d’air chaud

Une fois suffisamment haute, elle quitte le thermique et se dirige vers sa destination en vol plané.

Elle perd progressivement de l’altitude.

Lorsqu’elle rencontre une nouvelle ascendance, elle recommence à tourner et remonte.

Le principe de la migration buse variable thermiques repose donc sur une succession relativement simple :

monter dans un thermique → planer vers l’avant → perdre de l’altitude → trouver un autre thermique → remonter.

Cette stratégie permet de transformer l’énergie solaire chauffant le paysage en énergie utilisable pour le déplacement.

Pourquoi les buses tournent-elles en cercle ?

Observer plusieurs rapaces tournant ensemble peut donner l’impression qu’ils se poursuivent.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

La forme circulaire du vol permet simplement aux oiseaux de rester à l’intérieur d’une zone ascendante pendant qu’ils gagnent de l’altitude.

Un déplacement parfaitement rectiligne ferait sortir rapidement la buse de la colonne d’air favorable.

Elle incline donc légèrement son corps et décrit des cercles successifs. Lorsque plusieurs oiseaux découvrent la même ascendance, ils peuvent se retrouver nombreux à tourner au même endroit.

Ces regroupements sont parfois appelés « pompes » de rapaces.

Ils ne signifient pas nécessairement que les oiseaux forment un groupe social stable. Plusieurs individus profitent simplement de la même ressource atmosphérique.

Un rapace déjà en train de monter peut même fournir une information aux autres : sa trajectoire révèle visuellement la présence d’une ascendance invisible.

Une migration qui dépend de l’heure de la journée

Les thermiques ne possèdent pas la même intensité du lever au coucher du soleil.

Au début de la matinée, le sol est encore relativement frais. Les ascendances convectives sont généralement faibles ou absentes.

À mesure que le soleil chauffe le paysage, elles deviennent plus favorables.

Les données françaises publiées dans les Cahiers de la Migration de la LPO illustrent très bien cette relation : sur un site de suivi, les heures les plus favorables aux ascendances thermiques, approximativement entre 10 h et 15 h, correspondaient également aux passages les plus importants de Buses variables.

Le phénomène apparaît également dans les études réalisées sur la Buse des steppes, Buteo buteo vulpinus.

Une étude radar menée pendant la migration printanière en Israël a montré que l’altitude de vol variait selon l’heure. Les oiseaux atteignaient leurs altitudes maximales au-dessus du sol en début d’après-midi.

La migration buse variable thermiques possède donc un véritable rythme quotidien dicté en partie par l’énergie solaire disponible.

Jusqu’à quelle altitude une buse peut-elle monter ?

Il n’existe pas une altitude unique.

Elle dépend des conditions atmosphériques, de la topographie, de la saison et de la puissance des ascendances.

L’étude radar menée sur les Buses des steppes dans le sud d’Israël apporte néanmoins un exemple remarquable. Les oiseaux suivis pouvaient atteindre environ 2 000 mètres au-dessus du sol dans la vallée de l’Arava, tandis que les maxima observés sur un autre site du Néguev étaient proches de 1 000 mètres.

Les chercheurs ont également enregistré une vitesse moyenne d’ascension dans les thermiques d’environ 2 mètres par seconde.

Les thermiques les plus puissants étaient exploités plus longtemps que les faibles ascendances.

Surtout, lorsque la vitesse d’ascension augmentait, les oiseaux pouvaient atteindre davantage d’altitude avant leur prochain plané. Leur vitesse de déplacement sur l’ensemble du trajet augmentait alors également.

Cela montre pourquoi tous les jours ne se valent pas pour un rapace migrateur.

Pourquoi les thermiques permettent-ils d’économiser de l’énergie ?

Une Buse variable possède des ailes larges adaptées au vol plané.

Elle peut évidemment battre des ailes, mais maintenir longtemps un vol battu nécessite une dépense énergétique beaucoup plus importante que de profiter d’une masse d’air ascendante.

Les thermiques permettent de gagner de l’altitude en utilisant principalement l’énergie déjà présente dans l’atmosphère.

Une fois suffisamment haute, la buse convertit cette altitude en distance.

Elle avance en descendant progressivement.

La migration buse variable thermiques peut ainsi être comparée à une succession de montées gratuites suivies de longues descentes contrôlées.

Cette économie est particulièrement importante lorsqu’un oiseau doit parcourir plusieurs centaines de kilomètres.

Elle explique également pourquoi les grands rapaces planeurs organisent souvent leurs déplacements en fonction de la météo plutôt que de voler continuellement quelles que soient les conditions.

Le vent peut accélérer considérablement le voyage

Les thermiques ne constituent pas le seul élément atmosphérique utilisé par les buses.

Le vent joue également un rôle.

Un vent arrière peut augmenter la vitesse de progression de l’oiseau, tandis qu’un vent contraire peut ralentir son déplacement ou modifier sa route.

Dans l’étude radar réalisée en Israël, la vitesse moyenne de déplacement des Buses des steppes atteignait environ 9,8 mètres par seconde et augmentait nettement lorsque les oiseaux bénéficiaient d’un vent arrière.

Le rapace combine donc plusieurs informations.

Il doit trouver les ascendances, exploiter leur force, choisir le moment de les quitter et adapter son déplacement aux vents rencontrés.

Ce comportement produit les longues séquences de vol circulaire puis rectiligne caractéristiques des rapaces planeurs en migration.

Pourquoi les buses évitent-elles les grandes étendues d’eau ?

Le système présente une faiblesse majeure.

Les ascendances thermiques puissantes se développent beaucoup plus facilement au-dessus des terres chauffées par le soleil qu’au-dessus d’une grande surface marine.

Pour un rapace dépendant fortement du vol plané, traverser une vaste étendue d’eau peut donc devenir coûteux.

Une fois au-dessus de la mer, l’oiseau risque de ne plus trouver suffisamment d’ascendances pour reprendre de l’altitude.

Il doit alors utiliser davantage le vol battu.

C’est pourquoi la migration buse variable thermiques influence directement la géographie des routes empruntées.

Les grandes étendues marines deviennent des barrières que les buses cherchent souvent à contourner ou à franchir à leur endroit le plus étroit.

Le British Trust for Ornithology décrit ainsi une concentration des buses migratrices vers plusieurs passages : la péninsule Ibérique et le détroit de Gibraltar, les Balkans et le Bosphore, ainsi que, dans une moindre mesure, l’Italie et le canal de Sicile.

Les détroits deviennent des autoroutes pour les rapaces

Lorsque des milliers d’oiseaux cherchent simultanément à éviter une longue traversée maritime, leurs routes finissent par converger.

On parle alors de « bottlenecks », ou goulets migratoires.

Le détroit de Gibraltar en constitue un exemple particulièrement connu.

Les grands rapaces aux ailes larges, notamment buses, aigles et vautours, dépendent fortement des ascendances thermiques. Des travaux consacrés à la migration de la Buse variable rappellent que cette dépendance explique leur tendance à éviter les grandes surfaces d’eau et à se concentrer sur certains passages terrestres ou détroits étroits.

Le Bosphore joue un rôle comparable entre l’Europe et l’Asie.

Ces corridors ne concernent d’ailleurs pas uniquement la Buse variable. BirdLife International souligne que les oiseaux migrateurs suivent de grandes voies reliant leurs zones de reproduction, leurs sites d’étape et leurs quartiers d’hivernage.

Cette concentration rend certains sites spectaculaires pour l’observation de la migration.

Elle les rend également particulièrement importants pour la conservation.

Buse variable ou Bondrée apivore en migration ?

La confusion est fréquente.

La Bondrée apivore (Pernis apivorus) possède elle aussi de larges ailes et peut fortement rappeler une Buse variable lorsqu’elle passe haut dans le ciel.

Son calendrier migratoire est cependant différent.

La Bondrée est un véritable migrateur au long cours qui rejoint l’Afrique subsaharienne. La Buse variable présente un système beaucoup plus variable, allant de populations pratiquement sédentaires à des populations franchement migratrices.

La silhouette fournit également des indices : la Bondrée possède généralement une tête relativement petite et une queue proportionnellement plus longue.

Pour approfondir cette comparaison, consultez notre article consacré à la Bondrée apivore et à son étonnante spécialisation alimentaire.

Comment reconnaître une Buse variable en migration ?

La Buse variable présente généralement une silhouette assez compacte.

Ses ailes sont larges et sa queue relativement courte et arrondie. Son envergure atteint environ 1,30 m selon les données du Service technique de l’aviation civile.

Le plumage est extrêmement variable.

Certains individus sont très sombres, tandis que d’autres présentent des parties inférieures beaucoup plus claires. Cette variabilité explique d’ailleurs son nom français.

En migration, le comportement peut devenir aussi utile que les couleurs.

Un rapace qui monte en décrivant de grands cercles, quitte ensuite l’ascendance pour effectuer un long plané dans une direction constante puis recommence quelques kilomètres plus loin adopte un comportement typique d’un planeur migrateur.

L’identification précise nécessite néanmoins d’observer également les proportions, la forme des ailes, la queue et les motifs du plumage.

La météo peut-elle arrêter la migration ?

Elle peut au minimum la ralentir fortement.

Une journée couverte réduit le chauffage du sol et peut limiter la formation de thermiques suffisamment puissants.

Une pluie importante ou des vents défavorables peuvent également rendre le déplacement moins intéressant.

Un rapace peut alors réduire sa progression et attendre de meilleures conditions.

À l’inverse, une journée ensoleillée avec de bonnes ascendances et un vent favorable peut permettre une progression beaucoup plus rapide.

La migration buse variable thermiques n’est donc pas simplement déterminée par une date inscrite dans une sorte de calendrier biologique.

Elle résulte d’une interaction permanente entre l’état physiologique de l’oiseau, sa destination, la géographie et les conditions atmosphériques rencontrées.

Migration et changement climatique

Le comportement migratoire de la Buse variable n’est pas totalement figé.

Une étude consacrée aux effets du changement climatique sur l’espèce rappelle que les populations peuvent être résidentes, partiellement migratrices ou migratrices et que la probabilité de migration augmente généralement avec la latitude de reproduction.

Des hivers plus doux peuvent modifier le rapport entre les avantages et les coûts d’une migration vers le sud.

Si les conditions hivernales deviennent suffisamment favorables plus au nord, certains oiseaux peuvent réduire leurs déplacements ou modifier leurs dates de passage.

Il faut cependant éviter une conclusion trop simple.

La température n’est qu’une variable parmi d’autres. Disponibilité des proies, couverture neigeuse, vents, précipitations et conditions rencontrées sur l’ensemble de la route peuvent également influencer les déplacements.

Observer les buses migratrices sans les déranger

L’observation d’une migration de rapaces ne nécessite généralement aucune proximité avec les oiseaux.

Au contraire, les meilleures scènes se déroulent souvent très haut dans le ciel.

Une paire de jumelles suffit déjà pour distinguer les grandes silhouettes tournant dans une ascendance. Une longue-vue devient utile sur les sites où les oiseaux passent à grande distance.

Les journées ensoleillées présentant de bonnes conditions thermiques peuvent être particulièrement intéressantes.

Il est alors possible d’observer plusieurs buses rejoindre progressivement une même ascendance, gagner de l’altitude puis quitter presque simultanément la colonne d’air.

Cette scène rend visible un phénomène atmosphérique normalement invisible.

Les oiseaux dessinent littéralement la structure du thermique dans le ciel.

Questions fréquentes

Toutes les Buses variables migrent-elles ?

Non. L’espèce présente des populations sédentaires, partiellement migratrices et migratrices. La tendance migratrice augmente globalement vers le nord et l’est de l’Europe.

Pourquoi la Buse variable tourne-t-elle en rond dans le ciel ?

Elle peut tourner pour rester à l’intérieur d’une ascendance thermique. L’air montant lui permet alors de gagner de l’altitude sans maintenir un vol battu permanent.

Les buses migrent-elles la nuit ?

La stratégie de migration buse variable thermiques est principalement adaptée au déplacement diurne, car les ascendances convectives utilisées par ces rapaces dépendent largement du chauffage solaire des terres.

Pourquoi plusieurs buses tournent-elles ensemble ?

Elles peuvent simplement exploiter le même thermique. Le rassemblement ne signifie donc pas nécessairement qu’elles constituent un groupe social organisé.

Les buses traversent-elles la Méditerranée ?

Elles peuvent effectuer des traversées relativement courtes, mais leur dépendance au vol plané les pousse à éviter de longues portions de mer. Les routes migratoires se concentrent donc notamment autour de détroits comme Gibraltar et le Bosphore.

Quelle est la meilleure heure pour observer les buses en migration ?

Cela dépend du site et de la météo, mais le milieu de journée peut être particulièrement favorable lorsque les ascendances thermiques deviennent puissantes. Un suivi français cité par la LPO enregistrait ainsi beaucoup de passages entre 10 h et 15 h.

Conclusion

La migration buse variable thermiques révèle une remarquable adaptation entre la morphologie d’un rapace et les mouvements de l’atmosphère.

Plutôt que de battre continuellement des ailes pendant des centaines de kilomètres, la Buse variable peut utiliser l’énergie solaire indirectement. Le sol se réchauffe, l’air monte, le rapace entre dans cette ascendance et gagne de l’altitude en décrivant des cercles.

Il quitte ensuite le thermique et transforme cette altitude en distance grâce au vol plané.

Cette stratégie explique plusieurs caractéristiques étonnantes de sa migration : activité particulièrement importante pendant les heures favorables aux thermiques, dépendance aux conditions météorologiques et concentration des migrateurs près des détroits permettant d’éviter les longues traversées maritimes.

Elle rappelle aussi que toutes les Buses variables ne sont pas de grandes voyageuses. Certaines restent toute l’année dans leur région, tandis que les populations plus septentrionales ou orientales effectuent des déplacements beaucoup plus importants.

Lorsqu’une buse tourne très haut dans un ciel d’automne, elle ne vole donc pas nécessairement sans destination. Elle peut être en train de gagner les quelques centaines de mètres d’altitude qui lui permettront de parcourir gratuitement la prochaine portion de son voyage.

2 suggestions de liens internes :

  1. Buse variable et vision ultraviolette : peut-elle réellement repérer ses proies grâce aux UV ? — excellent lien complémentaire pour approfondir la biologie et les capacités sensorielles de la même espèce.
  2. La Bondrée apivore, ce rapace spécialiste des nids de guêpes — pertinent pour comparer deux rapaces souvent confondus, mais possédant des stratégies migratoires différentes.

3 sources externes dofollow :

  1. LPO — Les Cahiers de la Migration, migration de la Buse variable en France
    Référence ornithologique française particulièrement pertinente pour les périodes de passage et l’utilisation des ascendances thermiques.
  2. British Trust for Ornithology — Buzzard (Buteo buteo)
    Synthèse sur les différences de comportement migratoire entre populations européennes et sur les principaux axes de migration.
  3. Spaar — Flight Behavior of Steppe Buzzards during Spring Migration in Southern Israel
    Étude radar détaillant l’altitude, la vitesse d’ascension dans les thermiques, le vol plané et l’influence du vent pendant la migration.