Lorsque les prairies alpines commencent à jaunir et que les températures baissent, la marmotte des Alpes (Marmota marmota) se prépare à l’une des périodes les plus exigeantes de son année. L’hibernation marmotte terrier repose sur une remarquable combinaison d’adaptations : accumulation préalable de réserves corporelles, refuge souterrain protégé, forte réduction du métabolisme et, chez cette espèce sociale, hivernage en groupe.
L’animal ne dort cependant pas simplement pendant tout l’hiver. Son hibernation alterne de longues phases de torpeur profonde avec des réveils périodiques. Pour comprendre cette stratégie, il faut suivre la marmotte depuis les dernières semaines d’activité automnale jusqu’à sa réapparition au printemps.
Table des Matières
- La marmotte des Alpes, spécialiste des montagnes
- Pourquoi doit-elle hiberner ?
- La préparation commence avant l’hiver
- Des réserves corporelles indispensables
- Le terrier d’hibernation
- Une entrée soigneusement fermée
- Pourquoi les marmottes hibernent-elles en groupe ?
- Que se passe-t-il dans leur organisme ?
- La température corporelle diminue fortement
- La respiration et le rythme cardiaque ralentissent
- L’hibernation n’est pas un sommeil continu
- Pourquoi les marmottes se réveillent-elles périodiquement ?
- Les jeunes face à leur premier hiver
- Quand l’hibernation se termine-t-elle ?
- Le retour à la surface
- Pourquoi le changement climatique peut-il modifier cet équilibre ?
La marmotte des Alpes, spécialiste de la vie en altitude
La marmotte des Alpes est un grand rongeur associé aux prairies et pelouses de montagne. Elle vit notamment dans les Alpes, où son existence est fortement rythmée par les saisons.
Pendant la belle saison, les marmottes se nourrissent, entretiennent leurs terriers, surveillent leur environnement et élèvent leurs jeunes. Cette période d’activité doit aussi permettre de préparer la saison froide.
L’hiver transforme profondément leur habitat. La neige peut recouvrir les prairies et la végétation disponible devient insuffisante pour maintenir une activité normale pendant plusieurs mois.
Plutôt que de migrer vers des régions plus clémentes, la marmotte adopte une autre stratégie : elle reste sous terre et réduit considérablement ses dépenses énergétiques.
Hibernation marmotte terrier : pourquoi cette stratégie est-elle nécessaire ?
L’hibernation est une adaptation permettant de traverser une période pendant laquelle les ressources alimentaires sont rares ou inaccessibles et les conditions extérieures difficiles.
Chez la marmotte, cette stratégie est particulièrement poussée. Pendant la torpeur, le métabolisme chute fortement et l’organisme fonctionne au ralenti.
Cette réduction permet d’économiser les réserves énergétiques accumulées avant l’hiver.
La marmotte ne constitue pas une réserve importante de nourriture qu’elle consommerait régulièrement sous terre. Son principal « garde-manger » est son propre organisme, notamment les réserves de graisse accumulées pendant la période active.
La réussite de l’hibernation marmotte terrier dépend donc en grande partie de la condition corporelle atteinte avant l’entrée en hibernation.
La préparation commence bien avant l’hiver
La survie hivernale se prépare pendant les mois où la végétation est accessible.
La marmotte est essentiellement herbivore. Elle consomme diverses plantes des prairies alpines et utilise l’énergie obtenue non seulement pour ses activités quotidiennes, mais aussi pour constituer progressivement des réserves.
À l’approche de l’automne, cette accumulation énergétique prend une importance considérable.
L’animal devra ensuite passer une longue période sans alimentation normale. Une marmotte entrant en hibernation avec des réserves insuffisantes dispose donc d’une marge énergétique plus faible.
Les besoins ne sont pas identiques pour tous les individus. L’âge, le statut reproducteur et les conditions environnementales peuvent influencer la situation de chaque membre du groupe.
Des réserves corporelles indispensables
Pendant l’hibernation, la graisse accumulée joue le rôle de carburant.
L’organisme mobilise progressivement ces réserves pour maintenir ses fonctions vitales. Même lorsque le métabolisme est fortement réduit, il n’est évidemment jamais totalement arrêté.
La dépense énergétique augmente également pendant les épisodes de réchauffement qui interrompent périodiquement la torpeur.
Ces réveils sont énergétiquement coûteux. Ils expliquent pourquoi il serait incorrect d’imaginer l’hibernation comme un simple sommeil très long pendant lequel l’animal ne consommerait presque aucune énergie.
À son réveil printanier, une marmotte a donc utilisé une part importante des réserves constituées avant l’hiver.
Le terrier, élément central de la survie hivernale
Le terrier protège les marmottes d’un environnement extérieur beaucoup plus variable.
La température sous terre est plus stable qu’à la surface et l’animal est protégé du vent et des intempéries. La neige peut également participer à l’isolation thermique du sol.
Les marmottes utilisent différents types de terriers selon leurs besoins. Le refuge destiné à l’hiver doit permettre au groupe de passer une longue période dans une chambre suffisamment protégée.
Les galeries et chambres souterraines constituent ainsi une véritable infrastructure familiale.
L’hibernation marmotte terrier ne pourrait pas fonctionner de la même manière sans cet environnement tampon entre l’animal et les conditions hivernales extérieures.

Une entrée isolée du monde extérieur
Lorsque vient le moment de se retirer pour l’hiver, les marmottes ferment leur terrier.
L’entrée peut être obstruée avec différents matériaux, notamment de la terre, des pierres et des éléments végétaux. Cette fermeture contribue à isoler la partie occupée du réseau souterrain.
L’objectif n’est pas simplement de se cacher.
Une bonne isolation aide à maintenir des conditions internes plus stables et limite les échanges directs avec l’air froid extérieur.
La chambre où les animaux passent l’hiver est garnie de végétaux secs. Ce matériau contribue lui aussi à créer un environnement favorable.
Pourquoi les marmottes hibernent-elles en groupe ?
La marmotte des Alpes est une espèce sociale vivant en groupes familiaux.
Cette organisation se poursuit pendant l’hiver : plusieurs individus peuvent partager le même terrier d’hibernation. Ils peuvent se regrouper étroitement dans la chambre souterraine.
Ce comportement possède un intérêt thermique évident. Des animaux regroupés limitent davantage leurs pertes de chaleur que des individus complètement isolés.
L’intérêt est particulièrement important pour les jeunes, dont les réserves et les capacités de thermorégulation ne sont pas équivalentes à celles des adultes.
Des recherches sur la marmotte alpine ont montré que les relations sociales peuvent jouer un rôle majeur dans la survie hivernale, notamment chez les jeunes. Les adultes peuvent participer aux coûts énergétiques associés au maintien de conditions favorables au groupe.
Le Parc national des Écrins fournit également des informations naturalistes sur la marmotte et les adaptations des animaux de montagne à leur environnement.
Que se passe-t-il dans le corps d’une marmotte ?
L’entrée en hibernation provoque une transformation spectaculaire de la physiologie.
Lorsque la marmotte entre en torpeur, sa dépense énergétique diminue considérablement. Son organisme réduit son activité au strict nécessaire.
La température corporelle descend fortement et se rapproche davantage de celle du terrier, tout en restant régulée de manière à éviter une situation incompatible avec la survie.
Parallèlement, les fonctions cardiovasculaires et respiratoires ralentissent.
Cette économie générale permet à la marmotte de prolonger l’utilisation de ses réserves énergétiques pendant une période où elle ne peut plus compter sur une alimentation régulière.
Une température corporelle fortement réduite
Chez un mammifère actif, maintenir une température corporelle élevée dans un environnement froid demande beaucoup d’énergie.
La marmotte contourne en partie cette difficulté en autorisant une diminution importante de sa température pendant la torpeur.
Cette chute n’est pas accidentelle. Elle fait partie du mécanisme physiologique de l’hibernation.
Plus l’écart entre la température du corps et celle de l’environnement est réduit, moins les dépenses nécessaires au maintien d’une température élevée sont importantes.
L’animal conserve cependant la capacité de produire de la chaleur lorsque cela devient nécessaire, notamment pendant les phases de réveil.
Le cœur et la respiration fonctionnent au ralenti
Le ralentissement métabolique concerne l’ensemble de l’organisme.
Le rythme cardiaque devient beaucoup plus lent que pendant l’activité estivale. La respiration est elle aussi fortement réduite et peut présenter de longues pauses.
Ces adaptations permettent de limiter la consommation d’énergie et d’oxygène.
Il faut toutefois éviter de fixer un chiffre unique décrivant le rythme cardiaque, la température ou la respiration d’une marmotte pendant tout l’hiver. Ces paramètres varient selon la phase d’hibernation, les individus et les conditions rencontrées.
C’est précisément pourquoi l’hibernation marmotte terrier doit être considérée comme un processus dynamique plutôt qu’un état physiologique parfaitement constant.
L’hibernation n’est pas un sommeil continu
C’est probablement l’une des idées reçues les plus fréquentes.
Une marmotte ne s’endort pas en automne pour se réveiller une seule fois plusieurs mois plus tard.
Les longues périodes de torpeur sont régulièrement interrompues par des épisodes de réchauffement et de réveil. L’animal ramène alors sa température corporelle vers des valeurs beaucoup plus proches de celles observées pendant son activité normale.
Après cette phase, il peut de nouveau entrer en torpeur.
Ce cycle se répète pendant la période d’hibernation.
Ces réveils demandent beaucoup d’énergie, car réchauffer un corps refroidi représente une dépense considérable.
Pourquoi se réveiller si cela coûte autant d’énergie ?
La question intrigue les physiologistes depuis longtemps.
Plusieurs fonctions ont été proposées pour expliquer les réveils périodiques observés chez les mammifères hibernants. Certaines concernent notamment les besoins physiologiques qui ne peuvent pas être entièrement assurés pendant une torpeur prolongée.
Le sommeil lui-même semble jouer un rôle dans cette alternance complexe entre torpeur et réveil.
La recherche continue à étudier ces mécanismes. Il est donc préférable de ne pas attribuer à ces réveils une seule explication universelle.
Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’ils font partie intégrante de l’hibernation normale de la marmotte.
Une hibernation synchronisée dans le groupe
La vie collective ajoute une dimension supplémentaire au phénomène.
Les individus partageant un terrier ne fonctionnent pas nécessairement comme une simple addition d’animaux indépendants. Leur proximité et leurs cycles physiologiques peuvent interagir.
Chez la marmotte alpine, la synchronisation des épisodes d’hibernation est particulièrement intéressante parce qu’elle peut influencer les dépenses énergétiques du groupe.
Lorsqu’un individu se réchauffe, la chaleur produite peut modifier temporairement les conditions thermiques autour de ses congénères.
Cette dimension sociale distingue l’hibernation marmotte terrier de celle d’un petit mammifère strictement solitaire.
Les jeunes face à leur premier hiver
Le premier hiver représente une période particulièrement délicate.
Les jeunes disposent de moins de temps que les adultes pour accumuler des réserves avant l’arrivée de la mauvaise saison. Leur petite taille entraîne également des contraintes thermiques différentes.
La présence du groupe familial peut alors devenir déterminante.
Les travaux scientifiques consacrés à la marmotte alpine montrent que les bénéfices thermiques de l’hibernation sociale peuvent améliorer les perspectives de survie des jeunes.
La structure familiale n’est donc pas seulement importante pendant la période de reproduction. Elle intervient également dans la manière dont les marmottes traversent l’hiver.
Combien de temps dure l’hibernation ?
Il est tentant de donner une date précise d’entrée et de sortie du terrier, mais la réalité est plus variable.
Le calendrier dépend notamment de l’altitude, de l’enneigement, du climat local et des conditions propres à chaque population.
Dans les habitats alpins, la période passée sous terre occupe une partie importante de l’année. L’activité extérieure est donc concentrée sur une saison relativement courte.
Les marmottes doivent accomplir pendant cette fenêtre l’ensemble de leurs activités essentielles : alimentation, reproduction, élevage des jeunes, entretien du territoire et constitution des réserves nécessaires au prochain hiver.
Comment la marmotte sait-elle que l’hiver se termine ?
Le retour à l’activité ne correspond pas simplement à une alarme interne programmée sur une date précise.
Les rythmes biologiques de l’animal interagissent avec les conditions environnementales et l’évolution saisonnière.
À l’approche de la fin de l’hibernation, les phases de torpeur évoluent progressivement jusqu’au réveil durable.
La sortie du terrier dépend ensuite des conditions rencontrées à l’extérieur.
Dans les montagnes, le printemps ne se manifeste évidemment pas partout au même moment. Une exposition ensoleillée et une zone située plus haut en altitude peuvent présenter des conditions très différentes à quelques kilomètres de distance.
Le réveil printanier
Lorsque l’hibernation prend fin, les marmottes retrouvent progressivement une activité normale.
Elles ont alors besoin de reconstituer les réserves perdues pendant l’hiver. La disponibilité de végétation fraîche devient donc rapidement importante.
Le retour à la surface marque aussi le début d’une nouvelle saison sociale et reproductive.
Le cycle recommence : alimentation, surveillance, interactions entre individus et utilisation intensive du territoire.
Pour découvrir d’autres stratégies étonnantes utilisées par les animaux pour traverser les saisons difficiles, retrouvez également les articles consacrés à la faune sur Jardin Ruse.
Le changement climatique peut-il perturber l’hibernation ?
Les animaux de montagne sont particulièrement intéressants pour étudier les effets des modifications climatiques.
Une variation de l’enneigement peut modifier l’isolation thermique du sol. Une couche de neige stable peut en effet agir comme un isolant entre l’air extérieur très froid et le terrain situé dessous.
Les changements dans la durée de la saison végétative peuvent également influencer la période disponible pour accumuler des réserves.
Les conséquences ne sont cependant pas identiques dans toutes les populations et ne doivent pas être simplifiées en affirmant qu’un hiver plus doux est automatiquement favorable ou défavorable.
L’hibernation dépend d’un équilibre complexe entre température, neige, disponibilité alimentaire, calendrier saisonnier et physiologie.
Une stratégie collective remarquable
L’hibernation marmotte terrier est bien plus complexe qu’un long sommeil sous la neige.
Avant l’hiver, les marmottes doivent constituer suffisamment de réserves. Elles rejoignent ensuite un terrier protégé où leur organisme réduit considérablement sa dépense énergétique.
La température corporelle baisse, le rythme cardiaque et la respiration ralentissent et de longues phases de torpeur alternent avec des réveils périodiques.
Chez la marmotte des Alpes, une particularité supplémentaire rend cette stratégie fascinante : l’hiver se traverse en famille. Le regroupement des individus contribue aux conditions thermiques du terrier et peut être particulièrement important pour les jeunes.
Lorsque le printemps revient, les marmottes émergent après avoir vécu plusieurs mois presque entièrement grâce aux réserves accumulées pendant la saison précédente.
L’hibernation marmotte terrier révèle ainsi une adaptation remarquablement précise au rythme des montagnes : économiser l’énergie lorsque l’environnement ne permet plus une activité normale, puis profiter intensément de la courte saison favorable dès son retour.
2 suggestions de liens internes :
- Un article de Jardin Ruse consacré à l’hibernation du lérot, pour créer un lien thématique naturel entre deux mammifères utilisant la torpeur hivernale.
- Un article consacré au carcajou et à ses adaptations à l’hiver, afin de construire un maillage interne autour des différentes stratégies de survie des mammifères pendant la saison froide.
3 sources externes dofollow :
- Parc national des Écrins — Marmotte et faune de montagne
https://www.ecrins-parcnational.fr/
Source naturaliste française reconnue sur la marmotte des Alpes, son habitat et la faune alpine. - Animal Diversity Web — Marmota marmota
https://animaldiversity.org/accounts/Marmota_marmota/
Ressource scientifique de l’University of Michigan consacrée à la biologie, au comportement, à l’habitat et au cycle de vie de la marmotte alpine. - PubMed — littérature scientifique sur Marmota marmota et l’hibernation sociale
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/?term=Marmota+marmota+hibernation
Base bibliographique scientifique permettant de consulter les études consacrées à la physiologie de l’hibernation, aux coûts énergétiques et aux comportements sociaux de la marmotte alpine.