À l’automne, un comportement discret se déroule autour de certains terriers de blaireaux : l’animal collecte de l’herbe sèche, des feuilles et d’autres végétaux, puis les transporte vers les chambres souterraines où il se repose.
Ce comportement de renouvellement de la litière n’est pas propre à une seule saison, mais plusieurs observations de terrain montrent une activité marquée en automne, notamment en octobre et novembre. Chez le Blaireau européen (Meles meles), entretenir un terrier ne consiste donc pas uniquement à creuser de nouvelles galeries. La collecte de matériaux de couchage fait partie intégrante de la maintenance du gîte. Une étude publiée dans Animal Behaviour a d’ailleurs montré que creusement et collecte de litière constituent deux activités régulières d’entretien des terriers communautaires.
Cette période prend une importance particulière avant l’hiver. Le blaireau n’hiberne pas au sens strict en France, mais il réduit son activité et peut passer davantage de temps dans son terrier pendant les périodes froides. Le GMHL rappelle précisément qu’en hiver l’animal reste plus longtemps sous terre et entre dans une phase d’activité réduite plutôt que dans une véritable hibernation.
Sommaire
- Que fait réellement le blaireau autour de son terrier en automne ?
- Que transporte-t-il pour refaire sa litière ?
- Pourquoi renouveler les matériaux du terrier ?
- L’automne est-il vraiment une période importante pour ce comportement ?
- Comment le blaireau transporte-t-il sa litière ?
- Le terrier protège-t-il réellement du froid ?
- Le blaireau hiberne-t-il pendant l’hiver ?
- Comment reconnaître un terrier entretenu sans le déranger ?
- FAQ
- Conclusion
Que fait réellement le blaireau autour de son terrier en automne ?
Le terrier du blaireau est une structure beaucoup plus élaborée qu’un simple trou creusé dans un talus.
Les terriers principaux peuvent comporter de nombreuses entrées, des galeries et plusieurs chambres souterraines. Le blaireau utilise ces espaces pour se reposer pendant la journée, élever les jeunes et s’abriter lorsque les conditions extérieures deviennent défavorables.
L’OFB décrit Meles meles comme un mammifère nocturne doté d’importantes capacités de terrassement. L’animal vit largement autour d’un réseau de terriers qui occupe une place centrale dans son écologie.
Mais creuser n’est qu’une partie du travail.
Les blaireaux entretiennent également l’intérieur du gîte en apportant de la matière végétale dans certaines chambres.
Les comportements étudiés incluent notamment deux activités distinctes :
- l’excavation et l’entretien des galeries ;
- la collecte et le transport de matériaux destinés à la litière.
Une étude comportementale menée sur des blaireaux vivant en groupes a confirmé que des individus investissent régulièrement du temps dans ces deux formes d’entretien. Elle montre également que cet effort n’est pas réparti uniformément : certains individus accomplissent une part beaucoup plus importante du travail que d’autres.
Le « grand ménage d’automne » n’est donc pas qu’une image : il correspond à un comportement documenté de maintenance du terrier.
Que transporte-t-il pour refaire sa litière ?
Les matériaux utilisés peuvent varier selon ce qui est disponible autour du terrier.
Les observations naturalistes et études consacrées aux terriers mentionnent principalement de la matière végétale :
- herbes sèches ;
- feuilles mortes ;
- végétation sèche ;
- parfois d’autres matériaux trouvés à proximité.
Des terriers étudiés scientifiquement contenaient effectivement de la litière végétale, notamment de l’herbe sèche. Les chambres peuvent ainsi comporter des accumulations de matériaux distinctes du simple sol du terrier.
Le blaireau rassemble ces végétaux à l’extérieur puis les transporte jusqu’au terrier.
La présence de feuilles mortes en automne fournit évidemment une quantité importante de matériau disponible, mais il serait excessif d’affirmer qu’il utilise exclusivement des feuilles à cette saison.
Ce qui compte est surtout la disponibilité de matériaux suffisamment secs et adaptés à une chambre de repos.
Pourquoi renouveler les matériaux du terrier ?
On pourrait être tenté d’attribuer une seule fonction à cette litière, par exemple « chauffer le terrier ».
La réalité est probablement plus large.
Les matériaux secs forment une surface de repos séparant l’animal du sol nu et participent vraisemblablement au confort des chambres utilisées régulièrement.
Le renouvellement peut également permettre d’éliminer des matériaux devenus vieux, humides ou souillés.
Les terriers de blaireaux sont d’ailleurs connus pour être entretenus activement. Des études ayant examiné leur structure interne décrivent des chambres contenant de la litière et des systèmes étonnamment propres malgré leur utilisation prolongée.
Il faut toutefois éviter de transformer cette observation en une histoire trop anthropomorphique.
Le blaireau ne « fait pas son lit pour Noël ». Il effectue un comportement d’entretien qui améliore probablement les conditions de repos dans un gîte souterrain qu’il peut utiliser pendant de très longues périodes.
L’automne rend simplement cette activité particulièrement intéressante à observer.
L’automne est-il vraiment une période importante pour ce comportement ?
Oui, mais avec une nuance essentielle : la collecte de litière n’est pas exclusivement automnale.
Elle peut être observée à différents moments de l’année.
En revanche, plusieurs travaux de terrain signalent des pics saisonniers.
Un suivi de comportement réalisé en milieu forestier tempéré a observé des collectes particulièrement marquées en octobre, avec un autre épisode saisonnier à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Ces observations associaient la collecte automnale à la préparation des chambres de repos avant l’hiver.
Une autre étude consacrée au comportement autour des terriers a également rapporté une forte activité de collecte entre la fin septembre et novembre.
Il serait néanmoins incorrect d’en tirer une date universelle.
La météo, l’habitat, la disponibilité des matériaux, la structure sociale du groupe et l’utilisation réelle du terrier peuvent modifier le calendrier.
Il vaut donc mieux parler d’une activité souvent marquée en automne, et non d’un comportement déclenché automatiquement à une date précise.
Comment le blaireau transporte-t-il sa litière ?
C’est probablement la partie la plus spectaculaire à observer.
Le blaireau ne transporte pas nécessairement chaque feuille individuellement dans sa gueule.
Il peut regrouper des végétaux en paquets puis les déplacer vers le terrier en utilisant ses pattes et son corps.
Chez d’autres représentants du genre Meles, des observations détaillées montrent des individus rassemblant feuilles, végétaux et petites branches avant de les faire entrer dans le terrier.
Chez le Blaireau européen, cette collecte constitue elle aussi un comportement suffisamment important pour avoir été quantifiée séparément du creusement dans les études de maintenance des terriers.
Autour d’un terrier actif, le naturaliste peut ainsi parfois observer des indices de végétation déplacée.
Cela ne justifie toutefois jamais de s’approcher des entrées ou de chercher à voir l’intérieur des galeries.

Le terrier protège-t-il réellement du froid ?
Oui. C’est l’une des fonctions importantes d’un gîte souterrain.
Une étude publiée dans le Journal of Thermal Biology a suivi la température et l’humidité dans onze terriers de blaireaux entre septembre et décembre.
Les résultats montrent que les terriers constituent de véritables refuges thermiques.
En septembre et octobre, ils pouvaient être plus frais que l’environnement extérieur pendant certaines périodes. En novembre et décembre, ils devenaient au contraire plus chauds que l’extérieur. Plus généralement, les températures souterraines étaient moins variables que celles observées à la surface.
Le sol joue donc un rôle d’amortisseur thermique.
Lorsque l’air extérieur se refroidit brutalement, la température à l’intérieur du terrier varie beaucoup moins rapidement.
Cette stabilité devient particulièrement intéressante à une saison où le blaireau réduit progressivement ses déplacements.
Cela ne permet toutefois pas de quantifier précisément la contribution de la litière elle-même à cette isolation : une grande partie de la stabilité thermique vient de la profondeur du terrier et des propriétés du sol.
Le blaireau hiberne-t-il pendant l’hiver ?
Non, pas au sens classique.
Contrairement à un hérisson ou à certaines chauves-souris, le Blaireau européen n’entre pas nécessairement dans une longue hibernation continue.
Son activité diminue fortement lorsque les conditions sont défavorables.
Le GMHL explique qu’en hiver il reste davantage au fond de son terrier et « dort » davantage sans hiberner véritablement.
Les recherches consacrées aux terriers indiquent également que le blaireau peut réduire ses dépenses énergétiques en passant davantage de temps sous terre pendant l’hiver, notamment lorsque les ressources alimentaires deviennent moins accessibles.
Il peut néanmoins sortir pendant les périodes suffisamment douces.
Le niveau de ralentissement varie en fonction du climat.
Cette nuance explique pourquoi le renouvellement automnal du terrier est intéressant : les chambres souterraines deviennent encore plus centrales dans la vie quotidienne de l’animal lorsque les nuits refroidissent.
Comment reconnaître un terrier entretenu sans le déranger ?
Le meilleur moyen d’étudier la présence du blaireau est de rechercher des indices extérieurs, pas de pénétrer ou manipuler le terrier.
Le GMHL décrit plusieurs signes caractéristiques.
Les entrées, appelées parfois « gueules », sont généralement larges et associées à d’importants déblais issus du creusement. Le blaireau possède des pattes antérieures puissantes et de grandes griffes adaptées au fouissage.
À proximité, on peut également trouver :
- des coulées régulièrement empruntées ;
- des empreintes comportant cinq doigts et des marques de griffes ;
- des zones de sol fraîchement excavées ;
- des latrines situées autour du territoire ;
- parfois des matériaux végétaux déplacés.
L’absence de mouvements visibles en journée ne signifie pas que le terrier est abandonné : le blaireau est principalement nocturne et passe normalement ses heures de repos sous terre.
Observer à distance est donc la meilleure approche.
Un terrier est à la fois un refuge quotidien et, selon sa fonction, un site utilisé pour la reproduction. Il faut éviter de stationner devant ses entrées, de les obstruer ou de chercher à introduire une caméra ou un objet dans les galeries.
FAQ enrichie
Le blaireau change-t-il vraiment sa litière en automne ?
Oui. La collecte de matériaux de couchage est un comportement documenté chez le Blaireau européen. Des observations de terrain signalent une activité particulièrement marquée entre la fin septembre et novembre, même si elle peut également se produire à d’autres périodes.
Qu’utilise le blaireau comme litière ?
Principalement de la matière végétale disponible autour du terrier, notamment des herbes et des feuilles sèches. L’étude de terriers a confirmé la présence de matériaux de couchage, notamment de l’herbe sèche, dans les chambres souterraines.
Pourquoi fait-il cela avant l’hiver ?
La litière participe à l’aménagement des zones de repos et son renouvellement permet de disposer de matériaux plus frais et plus secs. L’automne correspond également à la période précédant une réduction de l’activité hivernale.
Le terrier est-il plus chaud que l’extérieur en hiver ?
Les mesures réalisées dans des terriers montrent une température beaucoup plus stable qu’à la surface. Dans une étude menée entre septembre et décembre, les terriers étaient notamment plus chauds que l’extérieur en novembre et décembre.
Le blaireau hiberne-t-il ?
Pas véritablement. Il réduit son activité et reste davantage dans son terrier pendant les périodes froides, mais peut ressortir lorsque les conditions sont favorables.
Le même terrier est-il utilisé plusieurs années ?
Oui. Les terriers principaux peuvent être des structures complexes utilisées et entretenues durablement par les groupes de blaireaux. Leur maintenance comprend aussi bien le creusement que la collecte de litière.
Peut-on enlever les feuilles autour d’un terrier de blaireau ?
Lorsque l’on sait qu’un terrier est actif, mieux vaut éviter toute intervention directement autour de ses entrées. Les feuilles et autres végétaux font partie du milieu naturel et peuvent notamment être utilisés comme matériaux de couchage.
Conclusion
Le blaireau dans son terrier en automne offre un excellent exemple de comportement saisonnier que l’on remarque rarement.
Pendant que les températures diminuent et que les feuilles s’accumulent au sol, certains blaireaux intensifient l’entretien de leur gîte.
Ils creusent, aménagent les galeries et surtout transportent de nouveaux matériaux végétaux vers les chambres de repos. La collecte de litière constitue un véritable comportement de maintenance du terrier et non une anecdote naturaliste.
Les suivis comportementaux montrent qu’elle peut devenir particulièrement visible en automne, notamment de la fin septembre à novembre.
Cette activité prend tout son sens lorsque l’hiver arrive.
Le blaireau n’hiberne pas strictement, mais son activité extérieure diminue et il peut passer davantage de temps sous terre. Le terrier constitue alors un refuge particulièrement stable : des mesures scientifiques ont montré que son microclimat amortit fortement les variations extérieures et qu’il peut devenir plus chaud que la surface pendant les mois froids.
Le « grand ménage d’automne » est donc moins une préparation spectaculaire de dernière minute qu’un épisode saisonnier d’un travail permanent.
Le terrier est un habitat entretenu.
Et les brassées d’herbe ou de feuilles qui disparaissent sous terre rappellent qu’un paysage apparemment calme peut cacher une activité nocturne particulièrement organisée.
Pour approfondir la structure du terrier, les différentes entrées, les chambres souterraines et la manière dont un clan peut utiliser cet habitat au fil des années, consultez notre article complet « Terrier du blaireau : comment il est construit et organisé sous terre ».