Le muscardin, ce petit rongeur qui dort la majeure partie de l’année

Petit rongeur au pelage roux doré, aux grands yeux noirs et à la longue queue velue, le muscardin (Muscardinus avellanarius) fait partie des mammifères les plus discrets de nos campagnes. Essentiellement nocturne et habile grimpeur, il passe une grande partie de sa période d’activité dans la végétation dense, où il se déplace entre branches, ronces et lianes.

Mais l’une de ses caractéristiques les plus remarquables reste son long repos hivernal. Selon les régions et les conditions climatiques, le muscardin peut hiberner pendant plusieurs mois, généralement de l’automne jusqu’au début du printemps. Le reste de l’année, son activité demeure principalement nocturne et il se repose durant la journée.

En France, l’espèce est protégée. Sa conservation dépend notamment du maintien des haies épaisses, des lisières diversifiées, des sous-bois denses et de leur continuité dans le paysage. Derrière une simple haie de noisetiers et de ronces peut ainsi se cacher tout un territoire indispensable à ce petit mammifère.

Sommaire

  1. Un petit rongeur appartenant à la famille des Gliridés
  2. Une longue hibernation pour traverser la mauvaise saison
  3. Le cycle annuel du muscardin
  4. Haies, lisières et sous-bois, son habitat privilégié
  5. Une espèce protégée en France
  6. Les menaces liées à la fragmentation du paysage
  7. Aménager des haies favorables au muscardin
  8. Reconnaître sa présence sans le déranger
  9. Idées reçues sur le muscardin
  10. FAQ
  11. Conclusion

Un petit rongeur appartenant à la famille des Gliridés

Le muscardin appartient à la famille des Gliridés, qui comprend également le loir et le lérot. Malgré sa petite taille et certaines ressemblances avec les souris, il possède un mode de vie bien particulier.

Son pelage varie généralement du brun orangé au roux doré. Sa queue est couverte de poils, contrairement à celle des souris et des mulots, dont l’aspect est beaucoup plus nu. Ses grands yeux correspondent à son activité essentiellement crépusculaire et nocturne.

Le muscardin est aussi particulièrement adapté aux déplacements dans la végétation. Il utilise branches, tiges et lianes pour progresser dans les buissons. Cette manière de vivre explique son association étroite avec les habitats présentant une structure végétale complexe et continue.

La LPO indique notamment sa présence dans les ronciers, les lisières, les haies épaisses, les sous-bois denses et les parcelles de régénération forestière de feuillus.

Son régime alimentaire évolue au fil des saisons. Bourgeons, fleurs, fruits, baies et graines constituent une part importante de son alimentation. Les noisettes sont particulièrement connues pour fournir des indices de présence, tandis que des invertébrés peuvent également compléter son alimentation.

Une longue hibernation pour traverser la mauvaise saison

L’hiver représente une période difficile pour un petit mammifère dont une grande partie des ressources alimentaires disparaît ou devient beaucoup moins accessible.

Le muscardin répond à cette contrainte par l’hibernation.

Les dates exactes ne sont pas identiques partout. Des sources françaises situent généralement cette période entre octobre ou novembre et mars ou avril. Les variations régionales et climatiques expliquent une partie de ces différences.

Il serait donc trompeur de présenter une date universelle de début et de fin d’hibernation.

Un nid d’hiver près du sol

À l’approche de l’hiver, le muscardin quitte les nids aériens utilisés pendant la période active et recherche un emplacement beaucoup plus proche du sol.

Son nid hivernal peut être aménagé dans la végétation basse, sous la litière de feuilles ou dans une cavité protégée. Certaines descriptions mentionnent des nids placés directement au niveau du sol ou légèrement enfouis.

Cette particularité doit être prise en compte lors de l’entretien des haies. Le sol situé sous une haie ancienne n’est pas seulement un espace à nettoyer. Sa litière, ses feuilles mortes et sa végétation basse peuvent participer au fonctionnement écologique de l’habitat.

Une spectaculaire économie d’énergie

Pendant l’hibernation, le métabolisme du muscardin ralentit fortement. Son organisme réduit considérablement ses dépenses énergétiques afin de vivre sur les réserves accumulées avant l’hiver.

L’hibernation ne doit cependant pas être assimilée à un sommeil ordinaire. Il s’agit d’un état physiologique particulier caractérisé notamment par une diminution importante de l’activité métabolique et de la température corporelle.

Cette stratégie permet au muscardin de traverser une saison pendant laquelle les ressources dont il dépend sont beaucoup plus rares.

Le cycle annuel du muscardin

Au printemps, la sortie d’hibernation marque le retour progressif à une vie active dans les buissons et les arbres.

Le muscardin recommence alors à exploiter les ressources disponibles dans la végétation. Les bourgeons, fleurs et petits invertébrés peuvent participer à son alimentation printanière.

Pendant la belle saison, il construit des nids aériens, généralement constitués de matières végétales tressées. Ils peuvent être dissimulés dans les ronces, les buissons ou d’autres formations végétales suffisamment denses.

La reproduction intervient pendant la période active. Les dates et le nombre de portées peuvent varier en fonction du climat, de la disponibilité alimentaire et des conditions locales.

À la fin de l’été et en automne, fruits et graines prennent une importance croissante. Les noisettes figurent parmi les ressources caractéristiques de cette période.

L’animal doit alors accumuler suffisamment de réserves pour affronter les mois d’hibernation.

Haies, lisières et sous-bois, son habitat privilégié

Une rangée d’arbustes isolés et régulièrement taillés ne présente pas les mêmes qualités écologiques qu’une véritable haie bocagère.

Le muscardin recherche surtout une végétation diversifiée et structurée.

Les habitats favorables comprennent notamment les haies épaisses, les lisières forestières, les fourrés arbustifs et les forêts possédant un sous-bois dense. Le Groupe Mammalogique Breton souligne son association avec les haies comprenant des strates buissonnantes et arbustives.

La continuité végétale est essentielle

Pour le muscardin, une haie constitue à la fois un lieu de déplacement, une source de nourriture et un espace où installer des nids.

Une végétation continue permet de circuler entre les branches en limitant les passages au sol.

Ronces, chèvrefeuilles, clématites, noisetiers et autres arbustes participent à cette architecture végétale. Les lianes sont particulièrement intéressantes puisqu’elles créent des connexions entre différentes parties de la végétation.

Une haie reliée à un bois, un bosquet ou une autre haie présente donc un intérêt supérieur à celui d’un petit élément végétal complètement isolé.

Une espèce protégée en France

Le muscardin bénéficie d’une protection réglementaire nationale.

Il figure parmi les mammifères protégés par l’arrêté du 23 avril 2007, dans sa version actuellement en vigueur. La réglementation interdit notamment la destruction, la mutilation, la capture, l’enlèvement et la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel. Elle protège également, sous les conditions prévues par le texte, les sites de reproduction et les aires de repos.

Le muscardin figure également à l’annexe IV de la directive européenne Habitats-Faune-Flore.

Protection légale et niveau de menace ne doivent toutefois pas être confondus. Les référentiels disponibles classent actuellement le muscardin en catégorie « Préoccupation mineure » au niveau national, mais des situations régionales peuvent être moins favorables et les connaissances restent inégales selon les territoires.

Les menaces liées à la fragmentation du paysage

Le muscardin dépend fortement de la qualité et surtout de la continuité de ses habitats.

La disparition d’une haie peut donc avoir un effet qui dépasse largement la seule perte de quelques arbustes. Elle peut couper une connexion entre deux secteurs favorables.

Routes, grandes parcelles dépourvues de végétation, arrachage des haies, simplification des lisières et entretien trop intensif contribuent à fragmenter le réseau végétal.

Le Groupe Mammalogique Breton mentionne notamment la fragmentation du paysage parmi les pressions qui affectent aujourd’hui l’espèce.

Pour un animal qui utilise la végétation comme réseau de déplacement, préserver les connexions entre habitats constitue ainsi un élément central de conservation.

Aménager des haies favorables au muscardin

Favoriser le muscardin ne consiste pas simplement à installer un nichoir. L’objectif prioritaire est de restaurer un habitat fonctionnel.

Conserver une haie épaisse

Une haie favorable possède plusieurs niveaux de végétation.

La strate basse peut comprendre herbes hautes, ronces et plantes de lisière. Au-dessus se développent différents arbustes, puis éventuellement quelques arbres.

Cette organisation fournit simultanément nourriture, abris, possibilités de nidification et voies de déplacement.

Favoriser une diversité d’arbustes

Le noisetier est particulièrement intéressant, mais une haie ne doit pas devenir une monoculture de noisetiers.

Une diversité d’essences locales adaptées au sol et au climat permet d’étaler les périodes de floraison et de fructification.

Selon le contexte local, noisetier, aubépine, prunellier, églantier, ronce, chèvrefeuille et autres arbustes indigènes peuvent participer à la création d’une haie riche en ressources.

Maintenir les connexions

Une haie prend davantage de valeur lorsqu’elle rejoint un bois, une lisière, un bosquet, un verger traditionnel ou une autre haie.

Dans un paysage bocager, le réseau est donc aussi important que chaque haie considérée séparément.

Réduire les interruptions et restaurer les connexions végétales aide les animaux à circuler dans un territoire plus vaste.

Éviter un entretien uniforme

Une haie continuellement taillée de manière très courte offre moins de diversité structurelle qu’une haie possédant plusieurs strates et des zones denses.

Lorsque les contraintes de sécurité et d’usage le permettent, conserver certaines parties épaisses, des ronciers maîtrisés et une végétation basse augmente la complexité de l’habitat.

Il est également pertinent de préserver une litière naturelle sous certaines portions de la haie plutôt que de maintenir partout un sol complètement nu.

Préserver les zones de tranquillité

L’hibernation au niveau du sol rend certaines interventions hivernales potentiellement problématiques dans les secteurs occupés.

Les travaux lourds modifiant le pied d’une haie, la litière ou le sol méritent donc une attention particulière lorsque la présence du muscardin est connue ou suspectée.

Dans les projets importants d’arrachage, de restauration ou d’aménagement touchant un habitat susceptible d’accueillir une espèce protégée, l’avis d’un écologue ou d’une structure naturaliste locale permet d’adapter les interventions au contexte réglementaire et biologique.

Reconnaître sa présence sans le déranger

Observer directement un muscardin reste difficile.

La recherche d’indices constitue souvent une meilleure méthode.

Les noisettes rongées sont particulièrement utiles. La LPO utilise d’ailleurs leur recherche dans ses enquêtes participatives, tout en rappelant que des confusions sont possibles avec les traces laissées par d’autres rongeurs.

Le Groupe Mammalogique Breton utilise également les noisettes et certains noyaux rongés pour suivre la présence de l’espèce.

Un indice isolé ne doit donc pas être identifié avec certitude sans vérification.

Photographier l’objet, noter précisément le lieu et la date et transmettre l’observation à une association naturaliste compétente constitue une approche beaucoup plus fiable que de manipuler ou rechercher directement les animaux.

Idées reçues sur le muscardin

« Le muscardin est simplement une petite souris »

Faux.

Il s’agit bien d’un rongeur, mais il appartient aux Gliridés, la même famille que le loir et le lérot. Sa queue velue, son comportement arboricole et son cycle annuel le distinguent nettement des souris communes.

« Il suffit de planter un noisetier pour l’attirer »

C’est très réducteur.

Le noisetier fournit une ressource alimentaire intéressante, mais le muscardin a surtout besoin d’un habitat complexe et connecté comprenant des buissons, des lianes, des zones denses et différentes ressources alimentaires.

« Une haie très propre est meilleure pour la faune »

Pas nécessairement.

Une gestion trop uniforme peut supprimer une partie de la végétation basse, des ronciers, de la litière et des connexions végétales dont dépendent de nombreuses espèces.

« Une espèce protégée est forcément menacée de disparition en France »

Non.

Le statut juridique et le classement sur une liste rouge répondent à deux logiques différentes. Une espèce peut être légalement protégée tout en étant classée « Préoccupation mineure » à l’échelle nationale.

FAQ sur le muscardin

Combien de temps le muscardin hiberne-t-il

La durée varie selon le climat et la région. En France, les sources naturalistes situent généralement l’hibernation entre l’automne et le début du printemps, avec des périodes souvent indiquées d’octobre ou novembre jusqu’à mars ou avril.

Où le muscardin passe-t-il l’hiver

Il utilise un nid hivernal installé très près du sol, dans un emplacement protégé, parfois sous la litière ou légèrement enfoui. Cette localisation diffère des nids aériens utilisés durant la saison active.

Le muscardin vit-il dans les haies

Oui. Les haies épaisses comprenant plusieurs strates végétales font partie de ses habitats caractéristiques, avec les lisières, les fourrés et les forêts à sous-bois dense.

Le muscardin est-il protégé

Oui. Muscardinus avellanarius figure parmi les mammifères terrestres protégés en France et bénéficie également d’une protection dans le cadre de la directive européenne Habitats-Faune-Flore.

Comment favoriser le muscardin dans un paysage bocager

Les actions les plus cohérentes consistent à conserver des haies épaisses et diversifiées, maintenir les strates basses et arbustives, préserver des zones de végétation dense et surtout assurer des connexions entre haies, bosquets et boisements.

Conclusion

Le muscardin illustre parfaitement l’importance écologique des haies bocagères.

Durant la belle saison, ce petit rongeur nocturne utilise la végétation dense pour se déplacer, s’alimenter et construire ses nids. Lorsque l’automne arrive, son rythme change profondément. Il rejoint un refuge proche du sol et entre dans une longue période d’hibernation qui peut se prolonger jusqu’au printemps.

Sa protection ne repose donc pas sur un seul arbuste ni sur un aménagement artificiel isolé. Elle dépend avant tout de paysages conservant des haies épaisses, des sous-bois diversifiés, des lisières riches et des connexions végétales.

Préserver une vieille haie, laisser certaines zones plus denses, maintenir une végétation variée et reconnecter des fragments de bocage sont autant de mesures qui bénéficient au muscardin mais aussi à de nombreuses autres espèces.

La discrétion du muscardin rappelle enfin une réalité essentielle de la conservation de la nature : une grande partie de la biodiversité d’un paysage reste invisible. Une haie apparemment ordinaire peut être à la fois un garde-manger, un refuge, une voie de déplacement et un lieu d’hibernation.

Sources

LPO Provence-Alpes-Côte d’Azur — Enquête sur le muscardin : habitat, recherche des noisettes rongées et suivi participatif.

Groupe Mammalogique Breton — Atlas des mammifères terrestres de Bretagne, fiche Muscardinus avellanarius : habitats, hibernation et enjeux de conservation.

Groupe Mammalogique Breton — Enquête Muscardin 2025 : protocole de suivi par recherche d’indices.

Légifrance — Arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés, article 2, version en vigueur depuis le 1er avril 2026.

Observatoire FAUNA — Fiche Muscardinus avellanarius : statuts réglementaires et de conservation.

LPO Franche-Comté — Monographie du muscardin : répartition, habitat et écologie.