Un papillon brun sombre repose immobile, ailes fermées, sur un tronc ou dans un abri. Lorsqu’un prédateur s’approche, il ouvre brusquement ses ailes et révèle quatre grandes taches colorées ressemblant à des yeux.
C’est le Paon-du-jour, Aglais io, l’un des papillons les plus reconnaissables d’Europe.
Ses ailes supérieures sont rougeâtres et portent quatre grands ocelles bleus, noirs, jaunes et violets qui évoquent les motifs de la queue d’un paon. Cette ressemblance explique son nom français.
Ces « yeux » ne lui permettent évidemment pas de voir. Ils constituent des motifs visuels susceptibles de surprendre ou de détourner l’attaque d’un prédateur. Lorsqu’un oiseau s’approche d’un papillon aux ailes fermées puis voit soudain apparaître deux grandes paires d’ocelles, cette transformation peut interrompre ou modifier l’attaque.
Mais cette spectaculaire stratégie de défense ne représente qu’une partie de la biologie du Paon-du-jour.
Son existence dépend aussi d’une plante souvent éliminée des jardins : l’ortie. Les femelles y déposent leurs œufs et les jeunes chenilles vivent ensuite en groupes sur les feuilles qu’elles consomment. Butterfly Conservation identifie la Grande Ortie comme sa principale plante nourricière larvaire, avec des observations occasionnelles sur la Petite Ortie et le houblon.
Conserver quelques orties dans un endroit ensoleillé peut donc être beaucoup plus efficace pour aider l’espèce que planter uniquement des fleurs destinées aux papillons adultes.
Sommaire
- Comment reconnaître le Paon-du-jour ?
- À quoi servent ses quatre grands ocelles ?
- Comment cette défense fonctionne-t-elle face aux prédateurs ?
- Le papillon possède-t-il d’autres moyens de défense ?
- Le cycle de vie du Paon-du-jour
- Pourquoi l’ortie est-elle indispensable ?
- Comment vivent les chenilles ?
- Comment le Paon-du-jour passe-t-il l’hiver ?
- Que mange le papillon adulte ?
- Comment favoriser le Paon-du-jour au jardin ?
- Les erreurs à éviter
- Idées reçues
- FAQ
- Conclusion
Comment reconnaître le Paon-du-jour ?
Le Paon-du-jour appartient à la famille des Nymphalidés.
Son nom scientifique actuellement utilisé est Aglais io, même si l’ancien nom Inachis io apparaît encore dans une partie de la littérature et des ouvrages naturalistes. L’Opie rappelle d’ailleurs cette évolution taxonomique dans son dictionnaire entomologique.
Lorsque ses ailes sont ouvertes, l’identification est relativement facile.
Le dessus présente un fond rouge à brun rougeâtre et quatre ocelles remarquables, un sur chacune des ailes.
Ces motifs comportent plusieurs couleurs et ressemblent à de grands yeux stylisés.
L’envergure se situe généralement autour de six centimètres, Butterfly Conservation indiquant une plage de 63 à 69 mm pour les individus observés dans ses références britanniques.
Un papillon très différent lorsqu’il ferme les ailes
Ailes refermées, le Paon-du-jour devient beaucoup plus discret.
Le dessous est sombre, brun-noirâtre et nettement moins spectaculaire.
Cette différence crée une double stratégie défensive particulièrement intéressante.
Lorsqu’il reste immobile avec les ailes fermées, le papillon se fond relativement bien dans son environnement.
S’il est découvert ou menacé, l’ouverture soudaine des ailes révèle les grands ocelles.
Le papillon passe donc d’un camouflage discret à un signal visuel très voyant en quelques instants.
À quoi servent les faux yeux du Paon-du-jour ?
Les ocelles sont des motifs circulaires ressemblant visuellement à des yeux.
Chez le Paon-du-jour, ils peuvent contribuer à décourager ou désorienter certains prédateurs.
L’expression « faux yeux » est donc utile pour expliquer leur apparence, mais elle ne signifie pas nécessairement que chaque prédateur interprète consciemment le motif comme l’œil d’un animal beaucoup plus grand.
Le mécanisme peut être plus général.
Un motif soudain, très contrasté et inhabituel peut provoquer une réaction d’hésitation ou de recul.
Cette courte interruption peut suffire au papillon pour décoller.
Butterfly Conservation décrit précisément le comportement du Paon-du-jour lorsqu’un prédateur s’approche : le papillon expose soudainement ses grands ocelles, renforçant son apparence impressionnante.
Une stratégie appelée déimatisme
En comportement animal, on utilise souvent le terme « comportement déimatique » pour désigner une démonstration soudaine destinée à surprendre un prédateur.
Le Paon-du-jour en fournit un excellent exemple.
Ailes fermées :
apparence sombre et relativement discrète.
Ailes ouvertes :
apparition immédiate de quatre motifs fortement contrastés.
La transformation se produit au moment où le prédateur s’approche suffisamment pour que la surprise soit potentiellement efficace.
Il ne s’agit donc pas simplement d’un papillon coloré.
Le moment où les couleurs deviennent visibles fait partie du système défensif.
Les ocelles imitent-ils réellement les yeux d’un grand animal ?
C’est plus difficile à affirmer de manière absolue.
L’interprétation populaire est séduisante : un petit oiseau verrait soudain deux grands yeux et croirait être face à un prédateur.
Cette hypothèse peut contribuer à expliquer certaines réactions.
Mais les spécialistes de l’écologie comportementale distinguent souvent deux effets possibles :
- ressemblance avec les yeux d’un animal dangereux ;
- simple effet de surprise provoqué par un motif très contrasté.
Les deux mécanismes ne sont pas nécessairement incompatibles.
L’essentiel, pour le papillon, est que le prédateur interrompe son attaque suffisamment longtemps pour permettre une fuite.
Une défense particulièrement efficace contre les oiseaux
Les oiseaux insectivores font partie des prédateurs importants des papillons.
Un individu posé avec ses ailes fermées peut être difficile à distinguer.
Lorsqu’il est détecté, l’ouverture des ailes modifie brutalement l’image perçue.
Cette stratégie n’empêche évidemment pas toutes les attaques.
Aucune défense naturelle ne fonctionne à 100 %.
Un oiseau expérimenté peut parfois apprendre qu’un papillon portant des ocelles reste une proie comestible.
Mais une défense n’a pas besoin d’être parfaite pour avoir une valeur évolutive.
Si elle augmente même légèrement les chances d’échapper à une attaque, elle peut être favorisée au fil des générations.
Le Paon-du-jour possède aussi une défense sonore
Les ocelles ne constituent pas son seul moyen de défense.
Lorsqu’il est dérangé alors qu’il hiverne, le Paon-du-jour peut également produire des sons en frottant certaines parties de ses ailes.
Butterfly Conservation rapporte que ces sons semblent capables de décourager des souris et d’autres petits mammifères susceptibles d’attaquer des papillons en hibernation.
Cette défense est particulièrement intéressante parce que les grands ocelles sont beaucoup moins utiles dans l’obscurité d’un grenier, d’une cave ou d’un arbre creux.
Le papillon dispose donc potentiellement de plusieurs stratégies selon le type de prédateur et les conditions.
Le cycle de vie du Paon-du-jour
Comme tous les papillons, le Paon-du-jour passe par quatre grandes étapes :
œuf, chenille, chrysalide puis adulte.
Le cycle commence au printemps lorsque les adultes ayant passé l’hiver redeviennent actifs.
Après l’accouplement, les femelles recherchent des plantes hôtes adaptées pour déposer leurs œufs.
Les œufs sont déposés en groupes
Chez le Paon-du-jour, la femelle ne disperse pas ses œufs individuellement sur des dizaines de plantes différentes.
Elle peut déposer un grand groupe d’œufs sur une touffe d’orties.
Butterfly Conservation indique qu’une femelle peut concentrer une grande partie de sa ponte sur une seule zone d’orties.
Cette stratégie explique pourquoi une seule touffe peut soudain accueillir un grand nombre de petites chenilles.
Les œufs sont généralement associés aux jeunes feuilles de la plante hôte.
Selon Butterfly Conservation, l’éclosion intervient habituellement après une période variable dépendant notamment de la température.
Pourquoi l’ortie est-elle si importante ?
La Grande Ortie (Urtica dioica) constitue la principale plante nourricière des chenilles du Paon-du-jour.
Butterfly Conservation mentionne également occasionnellement la Petite Ortie (Urtica urens) et le houblon (Humulus lupulus), mais la Grande Ortie reste la référence principale.
C’est une distinction fondamentale.
Les fleurs riches en nectar nourrissent les adultes.
Les orties nourrissent les chenilles.
Un jardin rempli de lavandes et de buddleias mais totalement dépourvu de plantes hôtes peut donc offrir de la nourriture aux papillons adultes sans permettre leur reproduction locale.
Les chenilles vivent d’abord en groupe
Les jeunes chenilles du Paon-du-jour sont grégaires.
Elles restent ensemble sur les orties et construisent des structures de soie autour de la plante.
Butterfly Conservation indique que les jeunes larves produisent une toile collective servant notamment d’abri entre les périodes d’alimentation et d’exposition au soleil.
Au fur et à mesure de leur croissance, elles consomment davantage de feuilles et peuvent déplacer leurs structures vers d’autres parties de la touffe.
Les chenilles plus âgées deviennent noires, couvertes de petites taches claires et de longues épines noires caractéristiques. L’Opie décrit également cette morphologie très reconnaissable.
Les épines sont impressionnantes mais ne piquent pas comme une ortie
L’apparence de la chenille peut sembler menaçante.
Les épines constituent cependant principalement une structure défensive visuelle et mécanique.
Il ne faut pas les confondre avec les poils urticants de certaines chenilles processionnaires.
L’observation reste néanmoins préférable à la manipulation, comme pour la majorité des animaux sauvages.
La transformation en chrysalide
Après plusieurs stades larvaires et plusieurs mues, les chenilles quittent généralement leur vie collective.
Elles recherchent un support approprié pour se transformer.
La chenille se fixe puis devient chrysalide.
À l’intérieur, une réorganisation profonde des tissus conduit progressivement à la formation du papillon adulte.
Le nouvel adulte apparaît ensuite pendant la belle saison. Butterfly Conservation indique que les nouveaux Paons-du-jour deviennent notamment visibles à partir de l’été.

Une génération capable de passer l’hiver
L’un des aspects les plus remarquables du cycle du Paon-du-jour est son hivernation au stade adulte.
Alors que beaucoup de papillons passent la mauvaise saison sous forme de chenille, de chrysalide ou d’œuf, le Paon-du-jour fait partie des espèces capables d’hiverner comme papillon adulte.
Lorsque l’automne avance, il cherche des endroits sombres et protégés.
Il peut utiliser :
- cavités d’arbres ;
- bâtiments ;
- granges ;
- garages ;
- caves ;
- autres refuges abrités.
Butterfly Conservation décrit précisément le Paon-du-jour comme une espèce pouvant être retrouvée en hibernation dans des endroits sombres pendant l’hiver.
Ne réveillez pas un Paon-du-jour en hiver
Un papillon découvert dans un garage froid n’est pas nécessairement en détresse.
Il peut simplement être en dormance.
Le placer dans une pièce chauffée peut provoquer une reprise prématurée de l’activité alors que les ressources florales sont presque inexistantes dehors.
Le meilleur réflexe est généralement de ne pas le déranger lorsque son refuge reste sûr.
Que mange le Paon-du-jour adulte ?
Une fois adulte, le régime change complètement.
Le papillon ne mange plus de feuilles d’ortie.
Il utilise sa trompe pour aspirer des liquides, notamment du nectar floral.
Les jardins fleuris peuvent donc devenir des sites d’alimentation importants.
Les adultes exploitent différentes fleurs selon la saison et la disponibilité.
Butterfly Conservation souligne l’importance générale des jardins fleuris et des espaces sauvages permettant aux papillons de trouver à la fois nectar et plantes nécessaires aux autres stades du cycle.
Comment attirer le Paon-du-jour dans son jardin ?
La meilleure méthode consiste à répondre à plusieurs besoins différents.
Un papillon adulte a besoin de nectar.
Une femelle reproductrice a besoin d’orties.
Une chenille a besoin de suffisamment de feuilles.
Un adulte en automne a besoin d’un refuge pour hiverner.
Un jardin favorable doit donc fonctionner pendant tout le cycle biologique.
1. Conserver une touffe d’orties
C’est probablement le geste le plus important.
Butterfly Conservation recommande explicitement de laisser pousser des orties lorsqu’on souhaite favoriser des espèces comme le Paon-du-jour et la Petite Tortue.
Il n’est pas nécessaire de laisser les orties envahir tout le jardin.
Une zone contrôlée au fond d’un massif, derrière une haie ou dans un coin peu utilisé peut suffire.
Choisir un emplacement ensoleillé
Les chenilles utilisent particulièrement volontiers des orties bénéficiant d’une bonne exposition.
Butterfly Conservation souligne l’intérêt des orties situées dans des secteurs ensoleillés pour les espèces qui s’y reproduisent.
Une petite touffe au soleil peut donc avoir davantage de valeur qu’un grand massif totalement ombragé.
2. Éviter de couper les orties au mauvais moment
Une touffe couverte de petites chenilles noires n’est évidemment plus une simple « mauvaise herbe » à arracher.
Inspectez les feuilles avant de faucher.
Recherchez :
- amas d’œufs ;
- jeunes chenilles ;
- toiles de soie ;
- groupes de chenilles noires.
Butterfly Conservation recommande de maintenir certaines zones sauvages toute l’année afin de ne pas interrompre brutalement le cycle des papillons et autres insectes.
3. Planter des fleurs nectarifères
Pour les adultes, diversifiez les floraisons.
L’objectif est d’avoir des ressources sur une longue période, du printemps jusqu’à l’automne.
Privilégiez autant que possible des fleurs accessibles aux insectes et évitez de transformer tout le jardin en pelouse rase.
Une mosaïque comprenant massifs fleuris, haies, orties et zones moins entretenues offre davantage de ressources qu’un seul type de végétation.
4. Éviter les insecticides
Une chenille de papillon est un insecte.
Un traitement insecticide destiné à éliminer d’autres espèces peut donc également la toucher directement ou indirectement.
Un jardin destiné aux papillons doit autant que possible conserver une communauté importante d’invertébrés.
C’est particulièrement important près des plantes hôtes.
5. Conserver quelques refuges hivernaux
Un abri de jardin, une dépendance ou certains espaces protégés peuvent accueillir des papillons en dormance.
Cela ne signifie pas qu’il faut installer artificiellement des papillons dans une cave.
Il suffit surtout d’éviter de déranger les individus déjà installés dans un endroit sûr.
Le Paon-du-jour est-il un bon pollinisateur ?
En visitant les fleurs pour leur nectar, il peut transporter du pollen.
Il participe donc à la pollinisation de certaines plantes.
Mais il serait exagéré de le présenter comme un pollinisateur indispensable comparable à l’ensemble des abeilles ou des syrphes.
Sa valeur écologique va bien au-delà.
Il est également une proie pour d’autres animaux et fait partie d’un réseau complexe reliant plantes, herbivores et prédateurs.
Les erreurs à éviter dans un jardin à papillons
Supprimer toutes les orties
C’est probablement la plus grande contradiction.
On plante parfois de nombreuses fleurs « pour les papillons » tout en éliminant la plante dont leurs chenilles ont besoin.
Solution : conservez une petite zone d’orties contrôlée.
Couper une touffe pleine de chenilles
Les groupes de chenilles sont faciles à repérer.
Solution : inspectez toujours les plantes avant la taille.
Utiliser des insecticides près des plantes hôtes
Un traitement non sélectif peut éliminer les chenilles que vous cherchez justement à favoriser.
Solution : privilégiez une gestion écologique et l’observation.
Réveiller un papillon en hiver
Un adulte immobile dans un bâtiment froid n’a pas forcément besoin d’être sauvé.
Solution : laissez-le en dormance si son emplacement ne présente pas de danger.
Croire que seules les fleurs comptent
Le nectar nourrit l’adulte.
Il ne nourrit pas la chenille.
Solution : associez plantes nectarifères et plantes hôtes.
Idées reçues sur le Paon-du-jour
« Les grands yeux sont de vrais yeux »
Faux.
Le papillon possède ses véritables yeux sur la tête.
Les motifs présents sur ses ailes sont des ocelles.
« Les ocelles prouvent qu’il imite un hibou »
C’est trop précis.
Ils peuvent évoquer les yeux d’un grand animal et contribuer à intimider un prédateur, mais l’effet de surprise lié à leur apparition soudaine joue probablement également un rôle important.
« L’ortie ne sert à rien dans un jardin »
Faux.
Elle constitue la plante nourricière de plusieurs papillons importants, notamment le Paon-du-jour. Butterfly Conservation recommande explicitement sa conservation dans certaines zones sauvages.
« La chenille noire et épineuse est dangereuse »
Son aspect est impressionnant mais elle n’est pas assimilable aux chenilles processionnaires urticantes.
Il reste préférable de la laisser simplement sur sa plante hôte.
« Le Paon-du-jour meurt à l’automne »
Non.
L’espèce peut hiverner au stade adulte et réapparaître au printemps suivant.
« Un jardin fleuri suffit pour permettre sa reproduction »
Pas nécessairement.
Les adultes peuvent venir y chercher du nectar sans y pondre.
Pour compléter le cycle, il faut également une plante hôte adaptée, principalement la Grande Ortie.
FAQ sur le papillon Paon-du-jour
Pourquoi le Paon-du-jour possède-t-il de grands faux yeux ?
Les quatre ocelles participent à une démonstration défensive. Lorsqu’il ouvre brusquement ses ailes devant un prédateur, ces motifs contrastés peuvent provoquer surprise ou hésitation et donner au papillon une possibilité de fuite.
Les chenilles du Paon-du-jour mangent-elles uniquement des orties ?
La Grande Ortie est leur principale plante hôte. Butterfly Conservation rapporte également des observations occasionnelles sur Petite Ortie et houblon.
Pourquoi les chenilles restent-elles en groupe ?
Les jeunes larves sont grégaires et construisent des toiles collectives sur leur plante nourricière. Elles se dispersent davantage en grandissant.
Où le Paon-du-jour passe-t-il l’hiver ?
Il hiverne au stade adulte dans des endroits protégés et sombres tels que des cavités ou certains bâtiments.
Faut-il planter des orties pour attirer ce papillon ?
Si aucune ortie n’est disponible autour du jardin, conserver ou installer une petite touffe de Grande Ortie peut créer un habitat de reproduction. Une zone ensoleillée est particulièrement intéressante.
Peut-on toucher les chenilles ?
Il n’est généralement pas nécessaire de les manipuler. Observez-les directement sur leur plante hôte afin de ne pas perturber leur développement.
Conclusion
Le papillon paon-du-jour possède l’une des défenses visuelles les plus spectaculaires de nos jardins.
Lorsqu’il est au repos, ailes fermées, son dessous sombre le rend relativement discret.
Lorsqu’un prédateur s’approche, l’ouverture brutale des ailes révèle quatre grands ocelles colorés.
Ces faux yeux peuvent surprendre l’attaquant, détourner son attention ou donner au papillon une apparence suffisamment inhabituelle pour interrompre l’attaque.
Mais réduire le Paon-du-jour à ses ocelles serait oublier une grande partie de son histoire.
Son cycle commence véritablement sur une plante que beaucoup de jardiniers éliminent : l’ortie.
La femelle y dépose ses œufs. Les chenilles nouvellement écloses vivent en groupes et construisent des toiles collectives tout en consommant les feuilles. Après plusieurs stades larvaires, elles se dispersent, forment leurs chrysalides puis donnent naissance à une nouvelle génération de papillons.
Les adultes pourront ensuite visiter différentes fleurs avant de chercher, à l’approche de l’hiver, un refuge sombre et protégé où ils resteront en dormance jusqu’au retour de conditions favorables.
Favoriser l’espèce au jardin demande donc de raisonner sur l’ensemble du cycle.
Quelques fleurs nectarifères ne suffisent pas.
Conservez une petite touffe d’orties ensoleillée, évitez les insecticides, laissez certaines zones moins intensivement entretenues et inspectez toujours les plantes avant de les couper.
Butterfly Conservation souligne précisément que permettre aux orties et à d’autres plantes sauvages de rester dans certains secteurs aide des papillons comme le Paon-du-jour à accomplir leur cycle complet.
Le résultat peut être spectaculaire.
Une plante que l’on considérait auparavant comme indésirable devient une nurserie remplie de chenilles, puis quelques semaines plus tard, plusieurs grands papillons apparaissent dans le jardin.
Et lorsqu’ils déploient leurs quatre grands « yeux », on comprend pourquoi cette espèce fascine les naturalistes depuis si longtemps.