Cinq alliés du potager à ne surtout pas éliminer par erreur

Au potager, tous les animaux qui rampent sous le paillage, se cachent dans le compost ou parcourent les feuilles ne sont pas des ravageurs. Certains participent au contraire à la régulation naturelle des invertébrés ou au recyclage de la matière organique.

Le problème vient souvent de leur apparence. Un orvet est pris pour un serpent dangereux, un crapaud est chassé des planches de culture, un carabe est confondu avec un coléoptère nuisible, une larve de cétoine finit avec les « vers blancs » et une larve de coccinelle est éliminée parce qu’elle ne ressemble pas encore à la coccinelle adulte.

Apprendre à reconnaître ces alliés du potager à protéger permet d’éviter ces erreurs et de conserver une biodiversité fonctionnelle. INRAE rappelle d’ailleurs que préserver les auxiliaires passe autant par la conservation de leurs habitats et ressources que par la limitation des pratiques susceptibles de les éliminer.

Sommaire

  1. L’orvet, un lézard sans pattes
  2. Le crapaud, un prédateur nocturne discret
  3. Le carabe doré, un chasseur au niveau du sol
  4. La larve de cétoine, à conserver dans le compost
  5. La larve de coccinelle, prédatrice avant même d’avoir des points
  6. Comment conserver ces auxiliaires au potager
  7. FAQ
  8. Conclusion

1. L’orvet : ce « serpent » est en réalité un lézard

L’Orvet fragile (Anguis fragilis) constitue probablement l’une des confusions les plus classiques du jardin.

Son corps est long, lisse et dépourvu de membres visibles. À première vue, sa silhouette évoque donc celle d’un petit serpent. Pourtant, l’orvet appartient bien au groupe des lézards.

Cette confusion peut malheureusement conduire à sa destruction alors que l’animal n’est ni venimeux ni dangereux pour le jardinier.

Comment le reconnaître ?

L’orvet présente généralement un corps très lisse et brillant. Sa tête se distingue relativement peu du reste du corps.

L’un des critères anatomiques qui le séparent des serpents est la présence de paupières mobiles. L’orvet peut fermer les yeux, contrairement aux serpents.

Il est cependant inutile de capturer un animal pour vérifier ce détail.

Une observation à distance reste préférable.

Pourquoi est-il intéressant au jardin ?

L’orvet recherche différents petits invertébrés. Sa présence s’intègre donc naturellement au réseau de prédateurs d’un jardin vivant.

On peut le découvrir sous une planche, une pierre, un tas de feuilles ou dans une zone de végétation dense. Ces endroits lui procurent l’humidité, la tranquillité et les refuges nécessaires.

Le meilleur moyen de conserver l’orvet consiste donc moins à « l’installer » qu’à lui laisser des habitats disponibles.

Un jardin entièrement minéral, tondu très court et dépourvu de cachettes lui offre beaucoup moins de possibilités.

Autre précaution : ne le saisissez pas par la queue. Comme d’autres lézards, l’orvet peut pratiquer l’autotomie et abandonner une partie de sa queue lorsqu’il est attaqué.

À lire sur le site : « L’Orvet fragile : pourquoi ce reptile sans pattes n’est pas un serpent »

2. Le crapaud : un visiteur nocturne utile au potager

Les crapauds passent souvent inaperçus pendant la journée.

Ils deviennent beaucoup plus actifs lorsque les conditions sont humides et à la tombée de la nuit. C’est justement à ces moments que de nombreux invertébrés sont également actifs.

Il ne vit pas continuellement dans une mare

Le crapaud est un amphibien, mais cela ne signifie pas qu’il passe toute son existence dans l’eau.

Les adultes utilisent les milieux aquatiques notamment pour la reproduction, puis passent une grande partie de leur temps dans des habitats terrestres.

Un potager situé à proximité d’une mare, d’un fossé, d’une haie ou d’autres milieux favorables peut donc recevoir occasionnellement la visite d’un crapaud.

Il se nourrit de différentes petites proies animales rencontrées au sol.

Sa présence doit être comprise comme celle d’un prédateur généraliste, et non comme une solution miracle qui supprimerait à lui seul tous les ravageurs.

Comment lui laisser une place ?

Les zones fraîches et tranquilles sont importantes.

Un tas de feuilles, du bois mort, une haie ou une zone de végétation non rasée peuvent fournir des refuges intéressants.

Les produits phytosanitaires sont à éviter dans un jardin où l’on cherche à préserver les amphibiens et leurs proies.

Enfin, ne déplacez pas un crapaud sauvage vers votre jardin pour tenter de créer artificiellement une population. La meilleure approche consiste à améliorer l’habitat et à laisser les animaux présents dans l’environnement coloniser naturellement les lieux.

À lire sur le site : « Le crapaud au jardin : un auxiliaire nocturne à laisser tranquille »

3. Le carabe doré : un chasseur qui travaille au niveau du sol

Un coléoptère courant rapidement entre deux salades peut facilement être considéré comme suspect.

Pourtant, les carabes comptent parmi les prédateurs intéressants des milieux cultivés.

INRAE décrit les carabes comme des animaux essentiellement carnivores pour de nombreuses espèces. Ils peuvent consommer des larves, des œufs, de petits insectes, mais aussi des limaces et des escargots. Certains carabes possèdent cependant un régime plus diversifié et peuvent également consommer des graines.

Le Carabe doré (Carabus auratus) appartient à cette grande famille.

Un auxiliaire facile à éliminer accidentellement

Son apparence métallique peut faire penser à un insecte attaquant les cultures.

Pourtant, voir un carabe courir sur le sol ne signifie pas qu’il mange les légumes.

INRAE considère les carabes comme de précieux alliés pour la régulation de différents petits organismes du jardin.

Larves et adultes peuvent être prédateurs.

Ils sont particulièrement associés au niveau du sol, où ils trouvent leurs proies et leurs refuges.

Comment favoriser les carabes ?

Il faut conserver une certaine complexité au niveau du sol.

INRAE cite notamment les haies, tas de bois, feuilles et pierres parmi les habitats utilisés par les carabes et souligne leur sensibilité aux produits phytosanitaires ainsi qu’à la modification de leur habitat.

Une bordure non travaillée, un paillage, une haie ou quelques refuges peuvent donc être plus utiles qu’un « hôtel à insectes » spécialement conçu pour eux.

À lire sur le site : « Le Carabe doré : ce chasseur terrestre qui protège naturellement le potager »

4. La larve de cétoine : ne la confondez pas avec le ver blanc du hanneton

Voici probablement l’erreur la plus fréquente dans un composteur.

En retournant le compost, on découvre une grosse larve blanche recourbée en forme de C.

Le réflexe peut être immédiat :

« larve blanche = ravageur des racines ».

C’est précisément ce qu’il faut éviter.

La larve de cétoine recycle les matières mortes

INRAE indique que les larves de Cétoine dorée (Cetonia aurata) se rencontrent notamment dans le compost et le bois en décomposition.

Elles sont principalement saproxylophages : elles consomment du bois décomposé et d’autres matières organiques mortes. Elles participent ainsi au recyclage de la matière organique.

Dans un compost, leur présence est donc parfaitement cohérente avec le fonctionnement du milieu.

INRAE précise également que ces larves n’attaquent pas les racines des plantes contrairement aux larves de hanneton, d’où l’importance de ne pas les éliminer par confusion.

Cétoine ou hanneton : quelques critères pratiques

La larve de cétoine possède une petite tête par rapport à son arrière-train volumineux et de petites pattes.

INRAE signale également un comportement étonnant : la larve de cétoine peut se déplacer sur le dos, contrairement à la larve de hanneton.

Ces indices sont beaucoup plus utiles que la simple couleur blanche.

Si une larve de cétoine est découverte dans le compost, il n’est donc pas nécessaire de la détruire.

Laissez-la dans la matière organique en décomposition où elle joue son rôle.

À lire sur le site : « Larve de cétoine ou larve de hanneton : comment éviter la confusion »

5. La larve de coccinelle : elle ne ressemble pas encore à une coccinelle

Tout le monde reconnaît facilement une coccinelle adulte rouge à points noirs.

Beaucoup moins de jardiniers reconnaissent son stade larvaire.

Et c’est précisément là que les erreurs commencent.

Une apparence très différente de l’adulte

Les larves de nombreuses coccinelles présentent un corps allongé, sombre et marqué de couleurs contrastées, avec de petites structures évoquant des épines ou des tubercules.

Elles ne ressemblent absolument pas à la silhouette ronde et bombée de l’adulte.

INRAE décrit les larves de Coccinellidae comme possédant un corps mou, coloré et souvent muni de tubercules portant des épines.

Ce stade peut donc facilement être pris pour un insecte nuisible.

Pourtant, la larve est déjà prédatrice

Chez de nombreuses coccinelles auxiliaires, larves et adultes consomment des pucerons ou d’autres petits arthropodes.

INRAE indique notamment que plusieurs Coccinellidae sont des auxiliaires très efficaces contre les pucerons et les cochenilles. Certaines espèces se spécialisent davantage sur les acariens, aleurodes ou autres proies.

La coccinelle à sept points constitue un exemple bien connu : ses larves sont de grandes consommatrices de pucerons.

Lorsqu’une étrange larve sombre se promène au milieu d’une colonie de pucerons, il faut donc observer son comportement avant de l’écraser.

Elle pourrait justement être en train de résoudre une partie du problème.

À lire sur le site : « Larve de coccinelle : comment reconnaître cet auxiliaire avant de l’éliminer »

Comment conserver ces cinq alliés au potager ?

Ces animaux sont très différents, mais leurs besoins font apparaître plusieurs principes communs.

Le premier consiste à éviter de nettoyer excessivement le jardin.

Tas de feuilles, haies, bois mort, végétation dense et zones peu perturbées peuvent servir de refuges à de nombreux auxiliaires. INRAE souligne notamment l’importance de conserver les habitats et les ressources nécessaires aux organismes auxiliaires.

Le deuxième principe est de limiter les traitements insecticides non sélectifs. Détruire un ravageur peut également éliminer ses prédateurs naturels.

Le troisième consiste simplement à identifier avant d’agir.

Une larve inconnue dans le compost n’est pas automatiquement un hanneton.

Un coléoptère sous une salade n’est pas nécessairement phytophage.

Une larve sombre sur une feuille couverte de pucerons peut être leur prédateur.

Et un reptile sans pattes n’est pas nécessairement un serpent.

Cette observation préalable constitue probablement la forme la plus simple de protection biologique au jardin.

FAQ

Tous les carabes sont-ils des prédateurs ?

Non. INRAE indique que les carabes sont majoritairement carnivores, mais certaines espèces peuvent également consommer des graines et d’autres matières. Beaucoup participent néanmoins à la régulation de petits invertébrés.

Une larve de cétoine mange-t-elle les racines du potager ?

La larve de Cétoine dorée se nourrit principalement de matière organique morte et de bois décomposé. INRAE la distingue précisément des larves de hanneton qui peuvent consommer des racines vivantes.

Pourquoi trouve-t-on des larves de cétoine dans le compost ?

Parce que le compost contient beaucoup de matière organique en décomposition. C’est un habitat favorable à leur développement et à leur alimentation.

Les larves de coccinelles mangent-elles vraiment des pucerons ?

Oui, chez de nombreuses espèces aphidiphages. INRAE décrit les coccinelles comme des auxiliaires importants contre les pucerons et précise que leurs larves sont elles aussi prédatrices.

L’orvet est-il dangereux ?

Non. L’Orvet fragile est un lézard sans pattes et n’est pas venimeux. Il faut simplement éviter de le manipuler et lui permettre de repartir.

Faut-il acheter des auxiliaires pour protéger le potager ?

Pas nécessairement. En plein air, favoriser les auxiliaires déjà présents peut être particulièrement intéressant. Les ressources INRAE recommandent notamment de préserver leurs habitats et de tenir compte de leur présence avant d’intervenir contre un ravageur.

Un jardin doit-il être laissé complètement à l’abandon pour accueillir ces animaux ?

Non. L’objectif est plutôt de conserver une mosaïque d’habitats : zones cultivées, végétation, haies, paillage, feuilles ou bois mort dans certains secteurs. Il est possible de jardiner tout en conservant des refuges.

Conclusion

Protéger la biodiversité du potager commence parfois par une action extrêmement simple : ne pas éliminer un animal avant de savoir ce qu’il est.

L’orvet est un lézard sans pattes et non un serpent dangereux. Le crapaud est un prédateur nocturne d’invertébrés. Le carabe doré appartient à une famille comprenant de nombreux chasseurs actifs au niveau du sol. La larve de cétoine participe à la décomposition de la matière organique au lieu de dévorer les racines. Enfin, la surprenante larve de coccinelle est déjà une prédatrice bien avant de prendre l’apparence familière de l’adulte.

Ces espèces ne remplacent évidemment pas toutes les méthodes de gestion du potager et aucune ne garantit à elle seule la disparition des ravageurs. Leur intérêt réside plutôt dans le fonctionnement collectif d’un écosystème diversifié.

Conserver des refuges, limiter les traitements inutiles et apprendre à identifier la petite faune avant d’intervenir permet de laisser ces auxiliaires accomplir leur rôle.

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