Au début de l’automne, l’Écureuil roux (Sciurus vulgaris) devient particulièrement actif autour des arbres qui produisent graines, noisettes et autres fruits secs. Une partie de cette nourriture est consommée immédiatement, tandis qu’une autre est transportée puis dissimulée pour être retrouvée ultérieurement.
Cette mise en réserve automnale n’est pas une simple anecdote comportementale. Des études consacrées à Sciurus vulgaris montrent que la fréquence du stockage varie avec les saisons et peut culminer en automne, lorsque certaines ressources sont abondantes.
L’écureuil ne constitue toutefois pas nécessairement un unique garde-manger. Il pratique notamment le scatter-hoarding, ou stockage dispersé : de nombreuses ressources sont cachées séparément à différents endroits. Commence alors un remarquable travail de recherche, de mémorisation… et parfois de récupération par d’autres animaux.
Sommaire
- Pourquoi l’automne est-il important pour l’écureuil roux ?
- Comment constitue-t-il ses réserves ?
- Que cache réellement un écureuil ?
- Comment retrouve-t-il ses caches ?
- Mémoire et odorat : deux outils complémentaires
- Toutes les réserves ne sont pas retrouvées
- L’écureuil hiberne-t-il ?
- Comment observer ce comportement sans le perturber ?
- FAQ
- Conclusion
Pourquoi l’automne déclenche-t-il une intense activité de stockage ?
Pour comprendre l’écureuil et ses réserves d’automne, il faut commencer par regarder les arbres.
Dans de nombreux habitats tempérés, la fin de l’été et l’automne correspondent à une période d’abondance pour différentes graines et fruits d’arbres. L’écureuil roux peut alors exploiter cette disponibilité pour se nourrir, mais aussi pour reporter une partie de cette ressource dans le temps.
Une étude menée sur des écureuils roux dans un parc urbain a ainsi observé une variation saisonnière nette : les aliments proposés étaient davantage consommés directement au printemps, tandis que le stockage augmentait en automne. Les animaux mettaient également moins de temps à cacher les aliments en automne et en hiver.
Une autre étude consacrée à l’alimentation de l’Écureuil roux a constaté un pic de mise en cache pendant l’automne et l’hiver, avec une diminution au printemps et en été.
L’image d’une « course contre le temps » est donc pertinente à condition de ne pas la prendre au pied de la lettre : l’animal ne sait évidemment pas qu’une date appelée hiver approche. Son comportement répond aux conditions saisonnières, à l’abondance alimentaire et aux contraintes futures de disponibilité.
Comment l’écureuil constitue-t-il ses réserves ?
L’Écureuil roux pratique notamment le stockage dispersé.
Au lieu de placer toute sa nourriture dans une seule réserve, il peut répartir de nombreux éléments dans son domaine vital.
Cette stratégie présente un avantage évident : la découverte d’une cache par un concurrent n’entraîne pas nécessairement la perte de toutes les réserves.
Mais elle crée un nouveau problème.
Il faut ensuite retrouver les cachettes.
Les travaux consacrés aux animaux stockeurs montrent que la compétition et le risque de pillage ont participé à l’évolution de comportements complexes de protection et de récupération des caches.
Où la nourriture est-elle cachée ?
Une étude britannique sur Sciurus vulgaris a observé des aliments enterrés dans le sol, mais également certaines ressources placées dans les arbres. Des fruits et des champignons pouvaient notamment être coincés dans des fourches formées par de petites branches.
Il n’existe donc pas une cachette standard.
Dans un jardin ou un parc fréquenté par l’espèce, on peut parfois observer un écureuil descendre rapidement au sol avec une noisette, creuser, déposer son alimentation puis remettre le substrat en place.
Quelques secondes plus tard, il peut recommencer ailleurs.
Que met-il en réserve ?
L’alimentation de l’Écureuil roux varie avec l’habitat et la saison. Les graines des arbres représentent une ressource particulièrement importante.
Dans les forêts de conifères, les graines contenues dans les cônes peuvent occuper une place majeure. Dans d’autres habitats, différentes graines et fruits à coque deviennent disponibles.
La logique du stockage dépend notamment de la conservation possible de l’aliment.
Les graines se prêtent particulièrement bien à la mise en réserve parce qu’elles concentrent de l’énergie et peuvent rester disponibles pendant une certaine durée. Les recherches générales sur le stockage alimentaire chez les animaux montrent d’ailleurs que les graines figurent parmi les ressources fréquemment cachées.
Chez les écureuils roux urbains étudiés expérimentalement, la valeur énergétique et la périssabilité influençaient également les choix parmi les aliments proposés.
Il faut cependant éviter de transformer ces observations expérimentales en menu universel : les ressources naturelles disponibles varient fortement selon le milieu.
Comment retrouve-t-il autant de cachettes ?
C’est probablement l’aspect le plus fascinant de ce comportement.
L’écureuil peut exploiter des informations spatiales pour retrouver certaines ressources cachées.
Les animaux qui pratiquent le stockage dispersé disposent généralement de plusieurs indices possibles : mémoire spatiale, repères visuels, informations olfactives et exploration du secteur peuvent intervenir selon les espèces et les situations.
La littérature scientifique consacrée au stockage alimentaire souligne précisément l’importance des mécanismes cognitifs associés à la récupération des caches.
Mais une nuance est essentielle lorsqu’on parle de l’Écureuil roux européen.
La mémoire spatiale de l’Écureuil roux : attention aux raccourcis
On lit parfois que l’écureuil possède une sorte de « carte GPS mentale » lui permettant de se souvenir parfaitement de milliers de cachettes.
Cette formulation va beaucoup trop loin.
Une expérience publiée dans Animal Behaviour a comparé les performances de mémoire spatiale de l’Écureuil gris (Sciurus carolinensis) et de l’Écureuil roux (Sciurus vulgaris). Les résultats suggéraient que la mémoire spatiale de l’Écureuil roux était moins durable que celle de l’Écureuil gris dans les conditions testées, ce qui correspondait aux différences attendues dans leur dépendance aux aliments stockés.
Cette étude est importante parce qu’elle évite une généralisation fréquente : toutes les espèces d’écureuils ne possèdent pas exactement les mêmes stratégies cognitives.
L’Écureuil roux utilise bien la mise en réserve et peut exploiter la mémoire spatiale, mais il serait incorrect de lui attribuer automatiquement toutes les performances démontrées chez d’autres écureuils.
À lire sur le site : « Comment l’écureuil retrouve ses noisettes : les secrets de sa mémoire spatiale »
Cet article dédié peut approfondir la distinction entre mémoire, repères environnementaux, odorat et exploration.

Toutes les réserves sont-elles retrouvées ?
Non.
Et c’est précisément ce qui rend le phénomène intéressant sur le plan écologique.
Une cache peut être oubliée, déplacée, consommée rapidement ou découverte par un autre animal. Le stockage alimentaire s’inscrit donc dans un environnement où la compétition existe.
Une étude récente sur des Écureuils roux urbains montre d’ailleurs que certaines noisettes cachées étaient récupérées seulement quelques jours après leur mise en réserve. Les auteurs soulignent ainsi que toutes les caches ne doivent pas être considérées comme des provisions destinées exclusivement au cœur de l’hiver.
C’est une nuance importante.
Cacher en automne ne signifie pas nécessairement conserver jusqu’en février.
Certaines réserves peuvent servir rapidement, d’autres beaucoup plus tard.
L’écureuil roux hiberne-t-il ?
Non.
Contrairement à certains petits mammifères, l’Écureuil roux ne passe pas l’hiver entier dans un état d’hibernation profonde.
Son activité peut être modifiée par les conditions météorologiques et par la saison. Une étude de radiotélémétrie menée sur Sciurus vulgaris a notamment montré que la taille de son domaine vital variait au cours de l’année et avait tendance à diminuer en hiver.
Les réserves alimentaires prennent donc tout leur sens.
Elles permettent de rendre accessibles certaines ressources lorsque la nourriture immédiatement disponible devient plus difficile à exploiter.
L’écureuil peut rester dans son nid pendant certaines mauvaises conditions météorologiques, mais cela ne correspond pas à une hibernation continue.
Que peut-on observer au jardin en début d’automne ?
Cette saison offre une excellente occasion d’observer le comportement naturel de l’espèce sans intervenir.
Dans un jardin fréquenté par les écureuils, regardez surtout les déplacements entre les arbres producteurs de nourriture et le sol.
Un individu peut saisir une graine ou un fruit, descendre rapidement, parcourir plusieurs mètres puis s’arrêter pour cacher sa trouvaille.
L’observation à distance est préférable.
Il n’est pas nécessaire de rechercher ou déterrer les caches. Cela supprimerait précisément la ressource que l’animal a choisi de conserver.
Maintenir une diversité d’arbres et de structures végétales adaptées à la faune constitue une approche plus intéressante que de chercher à modifier directement son comportement alimentaire.
FAQ
Pourquoi l’écureuil cache-t-il davantage de nourriture en automne ?
La période correspond à une forte disponibilité de certaines ressources et précède une saison où celles-ci peuvent devenir moins accessibles. Des études sur Sciurus vulgaris montrent une augmentation saisonnière du comportement de stockage en automne.
L’écureuil met-il toutes ses noisettes au même endroit ?
Non. L’Écureuil roux pratique notamment le stockage dispersé, avec des aliments cachés séparément dans différents endroits.
Se souvient-il de toutes ses cachettes ?
Rien ne permet d’affirmer qu’il retrouve systématiquement toutes ses réserves. La mémoire spatiale participe à la récupération, mais les performances varient entre espèces et toutes les caches ne sont pas nécessairement conservées longtemps.
Utilise-t-il son odorat ?
L’olfaction peut contribuer à la recherche de nourriture chez les écureuils. Elle doit être considérée avec la mémoire et les autres informations environnementales plutôt que comme une explication unique.
Toutes les réserves sont-elles destinées à l’hiver ?
Non. Certaines peuvent être récupérées rapidement. Une étude sur des Écureuils roux urbains a constaté que beaucoup de noisettes suivies étaient récupérées dans les jours suivant leur stockage.
L’écureuil roux hiberne-t-il ?
Non. Il reste potentiellement actif pendant l’hiver, même si son activité et ses déplacements varient selon la saison et les conditions météorologiques.
Faut-il nourrir les écureuils en automne ?
La priorité dans un jardin favorable à la faune est de préserver des ressources naturelles et un habitat diversifié. Les études montrent par ailleurs que l’alimentation supplémentaire fournie par l’humain peut modifier les stratégies naturelles de stockage.
Conclusion
Le début de l’automne révèle l’un des comportements les plus caractéristiques de l’Écureuil roux.
Lorsque certaines ressources deviennent abondantes, l’animal ne se contente pas de manger. Il transporte, sélectionne et dissimule une partie de sa nourriture. Les observations scientifiques confirment que ce comportement présente une forte composante saisonnière et peut s’intensifier en automne.
Mais la réalité est plus subtile que l’image d’un écureuil connaissant parfaitement l’emplacement de milliers de noisettes.
Les caches sont dispersées, certaines sont récupérées rapidement, certaines peuvent être pillées et les performances de mémoire spatiale ne sont pas identiques chez toutes les espèces d’écureuils. Chez Sciurus vulgaris, des expériences ont néanmoins confirmé l’utilisation d’informations spatiales pour retrouver des aliments cachés.
Observer un écureuil enterrer une noisette en septembre ou octobre permet ainsi d’assister à une véritable stratégie saisonnière : profiter de l’abondance présente pour rendre une partie de cette nourriture disponible plus tard.