Dressé sur ses pattes arrière au sommet d’une termitière, d’un buisson ou d’un autre point élevé, le suricate semble observer le désert pendant que le reste de son groupe fouille le sol.
Cette posture emblématique n’est pas seulement photogénique.
Elle fait partie d’un système élaboré de vigilance coopérative.
Le suricate, Suricata suricatta, est une petite mangouste sociale d’Afrique australe vivant dans des environnements arides et semi-arides. Lorsqu’un groupe cherche sa nourriture, un individu peut prendre une position surélevée et surveiller les alentours. Les autres continuent alors à creuser et à rechercher leurs proies, souvent avec la tête tournée vers le sol.
La sentinelle ne reste pas silencieuse. Elle produit régulièrement des vocalisations qui renseignent les autres sur sa présence et, dans une certaine mesure, sur le niveau de risque qu’elle perçoit. Des travaux expérimentaux ont montré que les suricates qui entendent ces appels peuvent consacrer davantage de temps à la recherche de nourriture et moins à leur propre surveillance.
Lorsque le danger devient réel, le système vocal change encore.
Les cris d’alarme peuvent transmettre des informations à la fois sur la catégorie de menace et son degré d’urgence. Une attaque venant du ciel ne déclenche donc pas nécessairement la même réaction qu’un prédateur terrestre ou qu’une menace située au niveau du sol.
Le résultat est un système social dans lequel observation, communication et coopération permettent au groupe de mieux gérer un problème permanent : continuer à manger tout en restant attentif aux prédateurs.
Sommaire
- Le suricate, une mangouste sociale d’Afrique australe
- La vie dans les milieux arides du Kalahari
- Le principe du comportement de sentinelle
- Un rôle qui circule entre les individus
- Les vocalisations produites pendant le guet
- Les cris d’alarme face aux prédateurs
- Des informations sur le type de danger
- Le niveau d’urgence contenu dans les appels
- Les réactions du groupe
- Une société fondée sur la reproduction coopérative
- Dominants, subordonnés et jeunes
- Les avantages du système de vigilance
- Idées reçues
- FAQ
- Conclusion
Le suricate appartient à la famille des mangoustes
Le suricate, Suricata suricatta, n’est ni un petit félin ni un rongeur.
C’est un mammifère carnivore appartenant à la famille des Herpestidae, celle des mangoustes.
Son corps relativement petit, ses membres adaptés au creusement et son comportement social lui permettent d’exploiter des habitats ouverts d’Afrique australe.
Les suricates sont diurnes.
Une grande partie de leur journée est consacrée à la recherche de nourriture. Ils consomment notamment de nombreux invertébrés ainsi que de petits vertébrés selon les ressources disponibles.
Cette méthode d’alimentation crée toutefois un problème.
Pour rechercher des proies dans le sol, un suricate doit fréquemment creuser et regarder vers le bas.
Pendant ces moments, il surveille moins efficacement ce qui se passe autour de lui.
Les travaux menés dans le Kalahari montrent que les individus peuvent chercher leur nourriture à plusieurs dizaines de mètres du refuge le plus proche. Ils évoluent en outre dans un environnement où différents prédateurs terrestres et aériens peuvent représenter une menace.
La vigilance coopérative apporte une solution à ce compromis entre alimentation et sécurité.
Le Kalahari offre un paysage favorable au guet
Une grande partie des connaissances modernes sur la société des suricates provient d’études de longue durée conduites dans la région du Kalahari en Afrique australe.
Le Kalahari n’est pas partout un désert de dunes totalement dépourvu de végétation.
Les sites étudiés présentent notamment des environnements semi-arides composés de graminées vivaces, d’arbustes et d’arbres dispersés. Le Kalahari Meerkat Project, dans la Kuruman River Reserve en Afrique du Sud, constitue l’un des principaux sites de recherche sur l’espèce.
Dans cet environnement ouvert, une petite élévation peut considérablement améliorer le champ visuel.
Une sentinelle peut utiliser différents supports pour prendre de la hauteur.
Cette position lui permet de balayer les alentours pendant que les autres membres du groupe concentrent davantage leur attention sur le sol.
Le comportement de sentinelle est une vigilance coordonnée
Le principe paraît simple.
Un individu cesse temporairement de chercher sa nourriture, rejoint un point permettant une meilleure surveillance et scrute l’environnement.
Le reste du groupe continue à s’alimenter.
Cette organisation est qualifiée de comportement de sentinelle.
Les travaux de Marta Manser ont montré que les individus en position de guet émettent des vocalisations particulières et que celles-ci influencent directement le comportement des autres suricates.
Lorsque les individus qui cherchent leur nourriture entendent une sentinelle, ils peuvent réduire leur vigilance personnelle.
Ils n’abandonnent pas toute prudence.
Mais ils bénéficient d’une information indiquant qu’un autre membre surveille activement l’environnement.
Le groupe répartit donc en partie la surveillance.
La sentinelle n’est pas un garde permanent
L’image d’un individu spécialisé qui monterait la garde toute la journée est trompeuse.
Les membres du groupe peuvent se relayer.
Le comportement dépend de différents facteurs, notamment de l’état de l’individu et de la situation sociale.
Les recherches montrent également que tous les individus ne contribuent pas nécessairement de manière parfaitement identique.
Certains peuvent assurer plus souvent la fonction que d’autres.
Une étude sur le développement de ce comportement a montré que les jeunes suricates commençaient à agir comme sentinelles lorsqu’ils atteignaient le stade subadulte, autour de 200 jours dans la population étudiée. Le moment d’apparition du comportement variait notamment avec la taille du groupe.
Le système doit donc être compris comme une organisation flexible et non comme une distribution permanente de métiers.
La sentinelle continue à communiquer lorsqu’aucun prédateur n’est visible
L’un des aspects les plus intéressants du système est que la sentinelle ne vocalise pas uniquement lorsqu’elle découvre un danger.
Elle produit aussi des appels doux pendant les périodes de surveillance normale.
Ces vocalisations indiquent notamment aux individus occupés à chercher leur nourriture que la surveillance continue.
Des expériences de diffusion sonore ont montré que ces appels modifient réellement le comportement des membres du groupe.
Lorsqu’ils entendent certains appels de sentinelle associés à une faible perception du danger, les suricates augmentent leur activité de recherche alimentaire et réduisent leur propre vigilance.
La communication fonctionne donc même en l’absence d’urgence.
La sentinelle ne dit pas seulement, au sens fonctionnel, « danger ».
Elle fournit aussi une sorte de flux d’information sur la situation de sécurité.
Six types d’appels ont été décrits chez les sentinelles
Les travaux de Ramona Rauber et Marta Manser ont montré que les sentinelles de suricates possèdent un système particulièrement élaboré.
Dans la population étudiée, elles produisaient six types distincts d’appels de sentinelle.
Tous ne transmettaient pas le même niveau d’information.
Lorsque le risque perçu augmentait expérimentalement, les appels courts et fréquents diminuaient tandis que certains appels longs et plus rares devenaient plus probables.
Les expériences de diffusion ont ensuite montré que les individus qui entendaient ces sons ajustaient leur comportement.
Les appels courts favorisaient la recherche alimentaire et réduisaient la vigilance.
Les appels longs produisaient l’effet inverse.
Le système permet donc une régulation très fine de l’attention collective.
Les cris d’alarme constituent un autre niveau de communication
Une sentinelle qui détecte un prédateur ne se contente pas d’accélérer un appel identique.
Les suricates possèdent un répertoire d’alarme complexe.
Les travaux de Manser ont montré que la structure acoustique des appels varie en fonction de la catégorie de prédateur mais également du degré d’urgence.
Cette distinction est essentielle.
Le cri contient donc potentiellement deux types d’information :
- la nature générale de la menace ;
- la gravité immédiate de la situation.
Une menace éloignée et une attaque imminente ne provoquent pas nécessairement la même vocalisation.
Prédateur aérien et prédateur terrestre ne produisent pas la même réponse
Les chercheurs ont utilisé des expériences de playback pour déterminer si les autres suricates comprenaient réellement ces différences.
Le principe consiste à diffuser un cri enregistré sans montrer de prédateur.
Si le groupe réagit différemment selon le son entendu, cela démontre que la vocalisation elle-même contient une information utilisée par les auditeurs.
Les résultats ont montré des réactions distinctes aux alarmes associées aux prédateurs aériens et terrestres ainsi qu’aux appels de recrutement liés notamment aux serpents et à certaines menaces au sol.
Les suricates ne répondent donc pas simplement à tous les cris d’alarme par une fuite identique.
Ils extraient de l’information du signal.
Le niveau d’urgence modifie également le message
Les cris d’alarme ne fonctionnent pas uniquement comme des étiquettes désignant une catégorie de prédateur.
Le degré de danger modifie aussi leur structure.
Dans l’étude publiée en 2001 dans Proceedings of the Royal Society B, les appels de faible urgence avaient généralement une structure plus harmonique, tandis que ceux associés à une forte urgence devenaient plus bruités.
Les expériences ont également montré que les suricates distinguaient clairement plusieurs niveaux d’urgence dans les alarmes aériennes.
Cette combinaison est particulièrement intéressante du point de vue de l’évolution de la communication.
Le signal peut transmettre simultanément quelque chose sur ce qui menace le groupe et sur l’urgence de la réaction nécessaire.
Les suricates ne possèdent pas un langage humain
Qualifier ces appels de « mots » serait cependant excessif.
En éthologie, certains de ces signaux sont décrits comme fonctionnellement référentiels parce qu’ils sont associés à des catégories particulières de situations et déclenchent des réponses adaptées chez les auditeurs.
Cela ne signifie pas qu’un suricate possède un vocabulaire symbolique comparable au langage humain.
La structure des alarmes encode également des informations graduelles liées à l’urgence.
Le système combine donc catégorisation et variation acoustique plutôt qu’une simple liste de noms de prédateurs.
L’organisation sociale rend cette coopération possible
Les suricates vivent dans des groupes sociaux et pratiquent la reproduction coopérative.
Un groupe comprend généralement des individus dominants et des subordonnés.
La reproduction est fortement concentrée chez les individus dominants, particulièrement chez la femelle dominante, même si des subordonnés peuvent parfois se reproduire.
Les travaux de long terme montrent que les femelles dominantes peuvent activement supprimer une partie de la reproduction des femelles subordonnées.
Cette organisation ne signifie pas que les autres adultes sont inutiles.
Au contraire, les subordonnés peuvent fournir une contribution importante au fonctionnement du groupe.

Les jeunes reçoivent l’aide de plusieurs membres du groupe
La coopération des suricates dépasse largement le rôle de sentinelle.
Les individus peuvent participer à la garde et à l’alimentation des jeunes.
Une étude comparant dominants et subordonnés a montré que les adultes subordonnés contribuaient davantage que les reproducteurs dominants à certaines tâches comme la garde des petits et leur alimentation.
Le groupe constitue donc un véritable système coopératif.
Différents individus contribuent à différentes activités :
surveillance, alimentation des jeunes, garde et défense.
Cette coopération augmente l’importance de la communication.
Lorsque plusieurs individus doivent coordonner leurs actions, connaître rapidement l’état du groupe et la présence d’un danger devient particulièrement utile.
La sentinelle permet aux autres de chercher davantage de nourriture
La surveillance possède un coût.
Un individu qui observe le ciel ne creuse pas simultanément avec la même efficacité pour trouver une proie.
Inversement, un individu dont la tête est profondément engagée dans une excavation détecte moins facilement un prédateur.
Le système de sentinelle permet de réduire ce conflit.
Les expériences montrent que les membres du groupe utilisent les appels du guetteur pour ajuster leur propre vigilance.
Lorsqu’une sentinelle indique un faible niveau de risque, les autres peuvent consacrer davantage d’attention à l’alimentation.
Lorsque les vocalisations signalent une augmentation du risque, ils deviennent plus vigilants.
Le bénéfice du système ne réside donc pas uniquement dans le déclenchement d’une fuite.
Il réside aussi dans l’optimisation permanente du compromis entre manger et surveiller.
L’environnement ouvert favorise l’utilité du système
La stratégie prend tout son sens dans les habitats semi-désertiques du suricate.
Les animaux cherchent une grande partie de leur nourriture au niveau du sol et peuvent se trouver à plusieurs dizaines de mètres d’un abri.
Ils doivent faire face à différents prédateurs, notamment des rapaces et des mammifères carnivores.
Un point élevé offre alors un avantage visuel considérable.
Pendant que les autres fouillent le sable, la sentinelle dispose d’une vue plus large.
La coopération transforme ainsi un environnement ouvert et dangereux en un espace dans lequel les individus peuvent consacrer davantage de temps à l’alimentation sans abandonner complètement la surveillance.
Idées reçues
« Un suricate dominant désigne toujours la sentinelle »
Cette image n’est pas soutenue par les observations.
Le comportement de sentinelle est flexible et différents individus peuvent monter la garde. Il ne s’agit pas d’un poste fixe attribué quotidiennement par un chef.
« La même sentinelle surveille toute la journée »
Faux.
Les individus se relaient et une période de surveillance ne correspond qu’à une partie de l’activité quotidienne.
« La sentinelle reste silencieuse jusqu’à l’arrivée d’un prédateur »
Faux.
Elle produit régulièrement des vocalisations pendant la surveillance. Ces appels permettent aux autres individus d’ajuster leur propre niveau de vigilance.
« Tous les cris d’alarme signifient exactement la même chose »
Faux.
Le répertoire varie avec la catégorie de menace et le degré d’urgence. Les membres du groupe répondent différemment aux enregistrements de certains types d’alarmes.
« Chaque prédateur possède simplement son propre mot »
Cette formulation est trop simplificatrice.
Les appels peuvent contenir des informations sur la classe de prédateur, mais leur structure varie également avec l’urgence. Le système ne correspond donc pas à un dictionnaire dans lequel chaque espèce de prédateur aurait nécessairement un nom distinct.
« La sentinelle se sacrifie pour les autres »
Cette interprétation anthropomorphique est excessive.
Le comportement coopératif peut profiter au groupe tout en procurant également des bénéfices à l’individu. La sentinelle surveille depuis une position favorable et reste elle-même capable de réagir au danger.
« Les suricates vivent dans un désert entièrement vide »
Faux.
Les populations du Kalahari étudiées scientifiquement vivent dans des environnements arides ou semi-arides comportant des graminées, des arbustes et des arbres dispersés.
FAQ
Le principe du comportement de sentinelle
Un membre du groupe prend une position surélevée et surveille les alentours pendant que les autres cherchent principalement leur nourriture. Des vocalisations permettent de coordonner cette vigilance.
Le choix de la sentinelle
Il ne repose pas sur un poste permanent. Différents individus peuvent assurer le guet, et leur contribution peut varier selon les circonstances et leurs caractéristiques individuelles.
Les vocalisations pendant une période sans danger
Les sentinelles produisent des appels doux qui renseignent les autres sur la situation. Certains appels associés à un faible risque permettent aux individus qui cherchent leur nourriture de diminuer leur vigilance personnelle.
Le nombre de types d’appels de sentinelle
Six types distincts ont été décrits dans les travaux consacrés au système de sentinelle des suricates. Leur utilisation varie notamment avec le niveau de risque perçu.
Les informations contenues dans les cris d’alarme
Les alarmes peuvent transmettre des informations sur la catégorie du prédateur et sur le niveau d’urgence de la situation.
La réaction aux prédateurs aériens et terrestres
Les expériences de diffusion montrent que les suricates répondent différemment à certaines alarmes associées aux menaces aériennes ou terrestres.
Le rôle des jeunes dans le système
Le comportement de sentinelle apparaît progressivement. Dans une population étudiée du Kalahari, les jeunes commençaient à assurer ce rôle au stade subadulte, autour de 200 jours en moyenne, avec une variation liée notamment à la taille du groupe.
L’organisation de la reproduction
Les suricates sont des reproducteurs coopératifs. La reproduction est fortement concentrée chez les dominants, tandis que des membres subordonnés participent à différentes formes de soins et de coopération.
L’habitat du suricate
L’espèce vit dans les régions arides et semi-arides d’Afrique australe. Les recherches de référence sur son comportement social sont notamment menées dans le Kalahari sud-africain.
Conclusion
Le comportement de sentinelle du suricate est beaucoup plus élaboré que l’image d’un animal simplement dressé sur ses pattes arrière.
Il s’agit d’un système de vigilance coordonnée.
Pendant que la majorité du groupe recherche sa nourriture, un individu peut gagner un point élevé et surveiller l’environnement.
Cette division temporaire des tâches répond à un problème très concret.
Les suricates passent beaucoup de temps à creuser le sol pour trouver leurs proies. Leur attention visuelle est alors moins disponible pour détecter un rapace ou un prédateur terrestre. Dans les milieux ouverts du Kalahari, où le prochain refuge peut se trouver à plusieurs dizaines de mètres, quelques secondes d’anticipation peuvent être importantes.
La sentinelle apporte cette anticipation.
Mais son rôle ne se limite pas à observer.
Elle communique.
Les expériences réalisées sur des groupes de suricates montrent que les vocalisations émises pendant le guet modifient directement le comportement des autres individus. Lorsqu’ils entendent certains appels associés à une situation calme, les membres du groupe consacrent davantage d’attention à la recherche de nourriture et moins à leur propre surveillance.
Lorsque la perception du danger augmente, le système vocal change.
Les recherches ont identifié six types d’appels produits par les sentinelles. Les appels courts et fréquents sont davantage associés à une situation relativement sûre, tandis que certains appels longs apparaissent plus souvent lorsque le risque perçu augmente. Les individus qui les entendent ajustent alors leur vigilance.
Face à un prédateur réellement détecté, la communication devient encore plus spécifique.
Les travaux de Marta Manser ont démontré que les cris d’alarme varient à la fois selon la catégorie de menace et selon le niveau d’urgence.
Cette différence n’est pas seulement acoustique.
Les expériences de diffusion d’enregistrements montrent que les suricates réagissent différemment aux alarmes associées aux prédateurs aériens, terrestres et à certaines menaces rencontrées au sol.
Le groupe dispose donc d’informations permettant d’adapter sa réaction au danger.
Il faut néanmoins éviter de transformer ce système en langage humain miniature.
Les cris ne constituent pas nécessairement des « mots » désignant précisément chaque espèce de prédateur. Ils combinent des informations relatives à la catégorie du danger et à l’urgence avec laquelle il faut réagir.
La vigilance s’inscrit par ailleurs dans une organisation sociale beaucoup plus vaste.
Les suricates sont des reproducteurs coopératifs. Les individus dominants concentrent une grande partie de la reproduction, tandis que les subordonnés peuvent participer à la garde et à l’alimentation des jeunes ainsi qu’à d’autres activités collectives.
La sentinelle n’est donc qu’une expression particulièrement visible d’un mode de vie fondé sur de nombreuses interactions entre les membres du groupe.
Elle n’est pas nécessairement choisie par un chef.
Elle n’occupe pas ce poste en permanence.
Elle ne se contente pas non plus d’attendre silencieusement l’apparition d’un aigle.
Le système fonctionne plutôt comme un réseau vivant d’informations.
Un individu observe.
Il vocalise.
Les autres écoutent.
Leur niveau de vigilance change.
Leur comportement alimentaire s’ajuste.
Puis un autre membre peut prendre le relais.
Dans le paysage ouvert du Kalahari, cette coordination permet aux suricates de résoudre l’un des grands compromis de la vie sauvage : continuer à chercher suffisamment de nourriture tout en conservant une surveillance collective face aux prédateurs.
Sources
Manser, M. B., 1999 — Response of Foraging Group Members to Sentinel Calls in Suricates, Suricata suricatta, Proceedings of the Royal Society B. Étude expérimentale montrant que les appels de sentinelle permettent aux individus en recherche de nourriture de réduire leur vigilance personnelle.
Manser, M. B., 2001 — The acoustic structure of suricates’ alarm calls varies with predator type and the level of response urgency, Proceedings of the Royal Society B. Étude fondamentale montrant que les cris d’alarme combinent des informations sur le type de prédateur et le degré d’urgence.
Manser, M. B., Bell, M. B. & Fletcher, L. B., 2001 — The information that receivers extract from alarm calls in suricates, Proceedings of the Royal Society B. Expériences de diffusion démontrant que les membres du groupe répondent différemment aux catégories d’alarmes.
Rauber, R. & Manser, M. B., 2017 — Discrete call types referring to predation risk enhance the efficiency of the meerkat sentinel system, Scientific Reports. Identification de six types d’appels de sentinelle et démonstration expérimentale de leur effet sur la vigilance du groupe.
Hollén et al., 2021 — Effect of group size and experience on the ontogeny of sentinel calling behaviour in meerkats, Animal Behaviour. Étude du développement du comportement de sentinelle chez les jeunes suricates et du rôle de la taille du groupe et de l’expérience.
Bell et al., 2014 — Suppressing subordinate reproduction provides benefits to dominants in cooperative societies of meerkats, Nature Communications. Travaux sur la hiérarchie reproductive et les relations entre femelles dominantes et subordonnées.
Clutton-Brock et al., 2004 — Behavioural tactics of breeders in cooperative meerkats, Animal Behaviour. Étude des contributions respectives des reproducteurs dominants et des auxiliaires subordonnés aux soins coopératifs.