Le Pic vert (Picus viridis) est un pic qui passe une part remarquable de son temps… au sol. Dans une prairie rase, une pelouse, un verger ou un grand jardin arboré, il avance à la recherche de fourmilières. Lorsqu’il en trouve une, son bec ouvre ou élargit l’accès aux galeries, puis une langue très allongée et collante lui permet d’atteindre les fourmis et leur couvain. Les fourmis constituent la composante dominante de son alimentation. (LPO)
Cette spécialisation repose sur une anatomie remarquable. Chez les pics, la langue fonctionne avec un appareil hyoïdien très développé, constitué d’éléments osseux, cartilagineux et de tissus mous. Les branches de cet appareil sont extrêmement allongées et permettent une protrusion importante de la langue. Des analyses anatomiques et biomécaniques montrent également que différentes parties de cet appareil présentent des propriétés mécaniques distinctes. (PubMed Central (PMC))
Le Pic vert illustre ainsi une forme de spécialisation différente de l’image classique du pic recherchant principalement des larves sous l’écorce : c’est avant tout un spécialiste des fourmis et un chasseur très terrestre.
Sommaire
- Reconnaître le Pic vert
- Pourquoi le trouve-t-on si souvent au sol
- Une langue extraordinairement spécialisée
- Le rôle de l’appareil hyoïdien
- Comment il exploite une fourmilière
- Fourmis adultes, larves et couvain
- Un régime spécialisé mais pas exclusif
- Où observer le Pic vert en France
- Pourquoi les pelouses et prairies lui conviennent
- Comment favoriser sa présence au jardin
- Idées reçues
- FAQ
- Conclusion
Un pic facile à reconnaître
Le Pic vert est l’un des plus grands pics régulièrement observés en France. La LPO indique une longueur de 30 à 36 cm, une envergure de 40 à 42 cm et un poids généralement compris entre 180 et 220 g. Son plumage est dominé par le vert, tandis que la tête porte une calotte rouge très visible. (LPO)
Le dimorphisme sexuel existe mais reste discret. Chez le mâle, la zone noire en forme de moustache possède du rouge en son centre ; chez la femelle, cette moustache reste noire. Les jeunes sont beaucoup plus mouchetés que les adultes. (LPO)
Sa voix est souvent plus facile à détecter que l’oiseau lui-même : une succession sonore puissante évoquant un rire.
Autre particularité : contrairement à plusieurs pics, le Pic vert tambourine relativement peu. L’observation d’un grand oiseau vert posé dans une pelouse constitue souvent un indice beaucoup plus caractéristique.
Un pic devenu spécialiste de la chasse au sol
Le Pic vert possède les adaptations classiques des pics pour grimper aux arbres. Ses pattes robustes et ses griffes lui permettent de s’agripper aux troncs, et il creuse une cavité dans le bois pour se reproduire. (LPO)
Pourtant, lorsqu’il s’agit de manger, une grande partie de son activité se déroule au sol.
La littérature ornithologique décrit Picus viridis comme un fourrageur principalement terrestre spécialisé dans les fourmis vivant au sol, sous terre ou dans des fourmilières. (JSTOR)
Cette particularité explique pourquoi le Pic vert apparaît régulièrement sur les pelouses.
Une surface d’herbe relativement courte lui permet de se déplacer et d’examiner le sol plus facilement. Il peut s’arrêter, incliner la tête, sonder une zone puis utiliser son bec lorsqu’il détecte une source de nourriture.
Son comportement est donc très différent de celui que l’on associe spontanément aux pics recherchant des larves dans les troncs.
Une langue conçue pour aller là où le bec ne passe pas
Le bec reste essentiel, mais il ne peut pas pénétrer profondément dans les minuscules galeries d’une fourmilière.
C’est là que la langue prend le relais.
La LPO décrit une longue langue enduite d’une salive collante permettant au Pic vert de capturer les fourmis et leur couvain à l’intérieur de la fourmilière. (LPO)
La langue peut donc atteindre des zones auxquelles le bec seul n’aurait pas accès.
Le principe est efficace : le bec sert à ouvrir ou élargir le passage, puis la langue explore les galeries.
Chez les pics en général, cette langue très spécialisée est associée à un appareil anatomique encore plus étonnant : l’appareil hyoïdien.
L’appareil hyoïdien, la mécanique cachée derrière la langue
Parler simplement d’une « langue très longue » ne suffit pas à expliquer son fonctionnement.
Chez les oiseaux, la langue est associée à l’appareil hyoïdien. Chez les pics, cet ensemble présente une morphologie particulièrement spécialisée.
Une étude anatomique publiée dans Acta Biomaterialia a examiné cet appareil à l’aide notamment de microtomographie à rayons X. Les chercheurs décrivent plusieurs éléments osseux reliés par des articulations et associés à des tissus mous. Ils ont également montré que les différentes régions ne possèdent pas toutes les mêmes propriétés mécaniques. (PubMed Central (PMC))
Les longues branches postérieures de l’appareil hyoïdien permettent à la langue d’être fortement projetée vers l’avant.
Chez les pics, ces structures s’étendent très loin vers l’arrière du crâne. Il faut donc imaginer la langue non comme un simple muscle isolé dans la bouche, mais comme la partie visible d’un système anatomique beaucoup plus étendu.
Une anatomie adaptée à plusieurs fonctions
L’appareil hyoïdien des pics attire également l’attention des chercheurs en biomécanique.
L’étude de Jung et ses collaborateurs a notamment mis en évidence une structure complexe des éléments osseux, avec des différences de rigidité entre régions. La partie postérieure possède une importante flexibilité. (PubMed Central (PMC))
Cette architecture est étudiée dans le contexte général de la mécanique de la tête des pics et des contraintes auxquelles leur anatomie est soumise.
Il faut néanmoins éviter une affirmation populaire trop simpliste : la langue ne constitue pas à elle seule un « casque de sécurité » dont la fonction serait simplement d’empêcher le cerveau de subir les impacts.
Les travaux biomécaniques décrivent un ensemble beaucoup plus complexe comprenant bec, crâne, appareil hyoïdien, muscles et autres tissus.
Pour le Pic vert, la fonction immédiatement observable reste surtout spectaculaire lorsqu’il se nourrit : permettre à une langue très longue d’explorer les galeries occupées par les fourmis.
Comment le Pic vert ouvre une fourmilière
La chasse commence avec le bec.
Lorsqu’une fourmilière est repérée, le Pic vert peut creuser le sol et agrandir une ouverture pour atteindre les galeries. La LPO décrit le bec engagé dans la fourmilière, les mandibules contribuant à élargir l’accès. (LPO)
Une fois le passage créé, le véritable outil d’extraction entre en action.
La langue est projetée dans les galeries. Sa surface et les sécrétions salivaires favorisent la capture des insectes.
Cette combinaison permet au Pic vert d’exploiter des colonies dont une grande partie des individus reste cachée sous terre.
L’oiseau ne dépend donc pas uniquement des fourmis circulant à la surface.
Il ne mange pas uniquement les fourmis adultes
Une fourmilière contient plusieurs ressources.
Le Pic vert consomme des fourmis à différents stades de développement. La LPO mentionne explicitement les adultes, les larves et les œufs dans son alimentation et indique également que les jeunes Pics verts reçoivent une nourriture régurgitée largement composée de fourmis. (LPO)
Cette dépendance alimentaire explique pourquoi la disponibilité des fourmis influence fortement les secteurs utilisés pour le nourrissage.
Le terme scientifique « myrmécophage » décrit précisément cette spécialisation dans la consommation de fourmis.
Le Pic vert n’est cependant pas exclusivement myrmécophage au sens où aucune autre nourriture ne serait jamais consommée.
Un régime spécialisé mais pas totalement exclusif
Les fourmis constituent l’essentiel de son alimentation, mais d’autres ressources peuvent être consommées.
Les descriptions ornithologiques mentionnent divers invertébrés en complément, notamment certains insectes, vers de terre et petits mollusques. Des fruits peuvent également être consommés occasionnellement. (Oiseaux.net)
Il est donc plus exact de qualifier le Pic vert de spécialiste des fourmis que d’affirmer qu’il ne mange absolument rien d’autre.
Cette distinction est importante en biologie.
Une spécialisation alimentaire signifie qu’une ressource occupe une place dominante et structure fortement le comportement de l’espèce. Elle n’impose pas nécessairement une exclusivité absolue.
Chez le Pic vert, cette spécialisation est suffisamment forte pour influencer ses habitats préférés et sa manière de chercher sa nourriture.

Pourquoi les prairies sont si importantes
Pour comprendre la présence du Pic vert dans un paysage, il faut associer deux types d’habitats.
D’un côté, il lui faut des arbres.
Ils servent au repos, au déplacement et surtout à la reproduction. Le Pic vert est un oiseau cavernicole capable de creuser sa loge dans des arbres, notamment lorsque le bois est suffisamment favorable au forage. (LPO)
De l’autre, il lui faut des surfaces ouvertes où les fourmis sont accessibles.
C’est cette association qui rend particulièrement intéressants les paysages composés de prairies, bosquets, haies, vieux arbres, vergers et lisières.
Un massif forestier très fermé n’offre pas exactement les mêmes conditions qu’une mosaïque de zones boisées et de surfaces herbacées.
Un visiteur régulier des pelouses et grands jardins
La présence d’un Pic vert sur une pelouse domestique n’a donc rien d’anormal.
La LPO le décrit dans les bois de feuillus, bosquets, parcs, vergers, jardins, prairies et bocages. L’espèce est présente toute l’année en France. (LPO)
Une grande pelouse contenant des fourmilières peut devenir une zone de nourrissage.
L’oiseau se pose généralement au sol et progresse à la recherche de colonies accessibles. Une fois la ressource trouvée, il peut revenir dans le secteur.
Cela ne signifie toutefois pas qu’un petit jardin accueillera automatiquement un Pic vert dès lors qu’il contient quelques fourmis.
L’environnement paysager compte également : arbres matures, bosquets, haies et autres surfaces herbeuses augmentent la qualité globale du milieu.
Une espèce largement répandue en France
La LPO qualifie le Pic vert de commun partout en France. Il fréquente notamment les paysages arborés ouverts, parcs et jardins. (LPO)
Il peut ainsi être rencontré aussi bien dans des environnements ruraux que dans certains grands espaces verts urbains ou périurbains.
Sa présence dépend toutefois de la structure du paysage.
Les grands arbres lui offrent les supports nécessaires pour les cavités et le repos, tandis que les zones ouvertes permettent la recherche des fourmis.
La conservation de cette mosaïque est donc plus pertinente que la protection d’un seul élément isolé.
Le rôle des vieux arbres
Le Pic vert creuse lui-même la cavité dans laquelle il niche.
Les pics jouent ainsi un rôle particulier dans les écosystèmes : les cavités qu’ils créent peuvent ensuite devenir disponibles pour d’autres animaux incapables de les forer eux-mêmes.
La LPO rappelle que les loges abandonnées par les pics peuvent être utilisées par d’autres oiseaux cavicoles, notamment des mésanges, sittelles ou chouettes. (LPO)
La conservation d’arbres matures, sénescents ou morts lorsqu’ils ne présentent pas de danger constitue donc une mesure favorable à une communauté beaucoup plus large que les seuls pics.
Dans un jardin, la sécurité reste évidemment prioritaire : un arbre dangereux près d’une habitation ou d’un passage doit être évalué par un professionnel.
Favoriser le Pic vert sans intervenir sur les fourmilières
La meilleure façon d’accueillir cette espèce consiste à conserver un environnement qui lui fournit naturellement nourriture et sites de reproduction.
L’usage systématique d’insecticides sur les pelouses est peu compatible avec la conservation d’un oiseau spécialisé dans les insectes.
Il est également inutile de déplacer ou d’ouvrir artificiellement des fourmilières pour attirer le Pic vert.
L’oiseau possède déjà les adaptations nécessaires pour exploiter les colonies accessibles.
Une pelouse ou prairie comportant des secteurs d’herbe courte, associée à des haies, arbres et bosquets, correspond beaucoup mieux à son écologie qu’un aménagement artificiel centré uniquement sur un point de nourrissage.
Idées reçues
« Tous les pics cherchent principalement des larves dans les troncs »
Non. Les stratégies alimentaires diffèrent fortement entre espèces. Le Pic vert est particulièrement spécialisé dans les fourmis et cherche très souvent sa nourriture au sol. (LPO)
« Sa langue est simplement un très long muscle »
C’est trop simplifié. La langue fonctionne avec un appareil hyoïdien complexe comprenant des éléments osseux, des articulations et des tissus mous. Chez les pics, cet appareil présente une morphologie très spécialisée. (PubMed Central (PMC))
« Le Pic vert mange exclusivement des fourmis »
Les fourmis constituent la base dominante de son alimentation, mais d’autres invertébrés et occasionnellement certaines ressources végétales peuvent compléter son régime. (Oiseaux.net)
« Un Pic vert dans une pelouse est un oiseau qui a quitté son habitat normal »
Au contraire. La recherche de nourriture au sol constitue un comportement typique de l’espèce. Jardins, pelouses, prairies, vergers et bocages peuvent être des zones de nourrissage importantes. (LPO)
« Le Pic vert passe toute sa vie au sol »
Non. Il reste un pic parfaitement adapté aux arbres, où il peut se percher et creuser sa cavité de reproduction. Sa forte utilisation du sol concerne surtout la recherche alimentaire.
FAQ
Pourquoi le Pic vert possède-t-il une langue aussi longue ?
Cette langue lui permet notamment d’explorer des galeries étroites et profondes dans lesquelles le bec ne peut pas pénétrer efficacement. Elle est particulièrement adaptée à son régime dominé par les fourmis. (LPO)
Sa langue est-elle collante ?
Oui. La LPO décrit une longue langue associée à une salive collante qui facilite la capture des fourmis et du couvain dans leurs galeries. (LPO)
Le Pic vert creuse-t-il les fourmilières avec sa langue ?
Le bec intervient d’abord pour ouvrir ou agrandir l’accès. La langue peut ensuite être projetée dans les galeries afin d’atteindre les proies. (LPO)
Pourquoi voit-on souvent le Pic vert dans l’herbe ?
Parce qu’il recherche une grande partie de sa nourriture au sol. Les pelouses rases et prairies peuvent lui donner accès aux fourmis et à leurs colonies. (LPO)
Mange-t-il les larves de fourmis ?
Oui. Les différents stades des fourmis font partie de son alimentation. Les adultes nourrissent également leurs jeunes avec une nourriture largement constituée de fourmis régurgitées. (LPO)
Peut-il venir dans un jardin ?
Oui. La LPO mentionne explicitement les jardins parmi les habitats fréquentés par l’espèce. Les jardins arborés proches de pelouses, prairies, vergers, haies ou bosquets sont particulièrement cohérents avec son écologie. (LPO)
Le Pic vert tambourine-t-il comme les autres pics ?
Il peut tambouriner, notamment dans le contexte du creusement, mais la LPO précise qu’il tambourine rarement par comparaison avec l’image classique associée aux pics. Son cri puissant et ricanant constitue souvent un indice plus évident de sa présence. (LPO)
Le Pic vert est-il protégé en France ?
Oui. La LPO indique qu’il s’agit d’une espèce intégralement protégée en France au titre de l’arrêté ministériel du 29 octobre 2009 relatif aux oiseaux protégés. (LPO)
Conclusion
Le Pic vert est un excellent exemple d’adaptation anatomique étroitement liée à une spécialisation alimentaire.
Malgré son appartenance à la famille des pics et son aptitude à grimper et creuser les arbres, Picus viridis recherche une grande partie de sa nourriture au sol. Prairies, pelouses, vergers et jardins peuvent devenir de véritables terrains de chasse lorsque les fourmis y sont abondantes. (LPO)
Son bec ouvre l’accès aux colonies. Sa langue prend ensuite le relais.
Cette langue ne constitue que la partie visible d’un appareil hyoïdien remarquablement développé. Les recherches anatomiques consacrées aux pics révèlent un système composé de plusieurs éléments osseux articulés et de tissus associés, avec une importante spécialisation mécanique. (PubMed Central (PMC))
Chez le Pic vert, cette anatomie devient un outil particulièrement efficace pour exploiter les galeries des fourmilières.
Fourmis adultes et couvain constituent la majeure partie de son alimentation. D’autres invertébrés et quelques ressources supplémentaires peuvent être consommés, mais ils ne remettent pas en cause sa forte spécialisation myrmécophage. (LPO)
Son écologie rappelle également l’importance des paysages diversifiés.
Le Pic vert a besoin d’arbres pour nicher et de milieux ouverts pour se nourrir. Un paysage réunissant vieux arbres, haies, bosquets, vergers et surfaces herbacées lui offre donc des ressources complémentaires. Les cavités qu’il creuse peuvent ensuite profiter à d’autres espèces, renforçant encore son rôle dans les communautés d’oiseaux des milieux arborés. (LPO)
Lorsqu’un Pic vert apparaît au milieu d’une pelouse, il ne s’est donc pas égaré loin des arbres. Il se trouve précisément sur l’un de ses principaux terrains de chasse.
Quelques instants d’observation permettent parfois de le voir sonder le sol, creuser une ouverture puis exploiter une fourmilière grâce à cette langue exceptionnellement spécialisée : une adaptation discrète, cachée à l’intérieur du crâne, mais déterminante dans la vie quotidienne de l’un des pics les plus familiers de France.
Sources
Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) — fiche du Pic vert : identification, répartition française, alimentation, recherche des fourmis au sol, fonctionnement de la langue et statut de protection. (LPO)
LPO — « L’amateur de fourmis » : présence dans les jardins, prairies, bocages, vergers et bois de feuillus, importance des différents stades des fourmis dans l’alimentation. (LPO)
LPO — « Cohabiter avec les pics » : adaptations des Picidés, rôle de la langue et importance écologique des cavités qu’ils créent. (LPO)
Jung J.-Y. et al., 2016, Acta Biomaterialia — étude anatomique et biomécanique de l’appareil hyoïdien des pics par microtomographie et analyse des propriétés mécaniques des différents éléments osseux. (PubMed Central (PMC))
Gerard Gorman, The Green Woodpecker: The Natural and Cultural History of Picus viridis — synthèse ornithologique consacrée notamment au comportement alimentaire et à la spécialisation du Pic vert dans la recherche terrestre des fourmis. (JSTOR)