Le collète du lierre abeille automne (Colletes hederae) est une abeille sauvage solitaire dont l’activité coïncide étroitement avec la floraison tardive du lierre (Hedera helix). Alors que de nombreux pollinisateurs deviennent moins visibles, elle vole surtout à la fin de l’été et en automne, avec une activité particulièrement caractéristique en septembre et octobre.
Cette abeille récolte principalement le pollen du lierre pour approvisionner ses larves. Elle ne construit pourtant pas son nid dans la végétation : les femelles creusent des terriers dans le sol et peuvent installer leurs nids les unes à côté des autres, créant parfois des agrégations très actives mais composées de nids individuels.
Table des matières
- Qu’est-ce que le collète du lierre ?
- Comment reconnaître Colletes hederae ?
- Pourquoi vole-t-il surtout en septembre et octobre ?
- Une abeille spécialisée sur le pollen du lierre
- Pourquoi le lierre est essentiel en automne
- Où le collète construit-il son nid ?
- Pourquoi trouve-t-on de nombreux nids ensemble ?
- Collète du lierre abeille automne : est-il agressif ?
- Comment l’accueillir au jardin ?
- Pourquoi conserver des zones de sol nu ?
- Faut-il installer un hôtel à insectes ?
- Que faire lorsqu’une agrégation apparaît ?
- Comment observer cette abeille ?
- Les erreurs à éviter
- Un petit aménagement favorable aux pollinisateurs
Qu’est-ce que le collète du lierre ?
Le collète du lierre appartient à la famille des Colletidae. Son nom scientifique, Colletes hederae, traduit son association remarquable avec le lierre grimpant, dont la floraison tardive correspond à la principale période d’activité des femelles.
Il s’agit d’une abeille solitaire. Contrairement à l’abeille domestique, elle ne vit pas dans une ruche organisée autour d’une reine, d’ouvrières et d’une importante réserve collective de nourriture.
Chaque femelle construit son propre nid et prépare elle-même les provisions destinées à sa descendance. Plusieurs femelles peuvent cependant sélectionner le même terrain, donnant l’impression d’une véritable colonie.
L’espèce a été décrite scientifiquement assez récemment, en 1993. Sa forte ressemblance avec d’autres espèces du genre Colletes avait contribué à la maintenir longtemps confondue avec des espèces proches.
Comment reconnaître Colletes hederae ?
Le collète du lierre possède une silhouette robuste pouvant rappeler celle d’une petite abeille domestique. Le thorax est généralement couvert d’une pilosité brun-roux assez dense.
L’abdomen est sombre et parcouru de bandes pileuses claires bien marquées. Cette succession de bandes donne à l’insecte une apparence relativement caractéristique lorsqu’il est observé de près sur les fleurs de lierre.
L’identification uniquement sur photographie demande néanmoins de la prudence. D’autres espèces de Colletes peuvent lui ressembler, et certains critères précis nécessitent une observation attentive.
Le contexte apporte alors des indices supplémentaires : une abeille correspondant à cette morphologie, observée sur un lierre en fleurs à l’automne et à proximité de terriers dans le sol, mérite particulièrement d’être examinée comme un possible Colletes hederae.
Une abeille qui vole en septembre et octobre
La saison de vol est l’une des particularités les plus intéressantes de l’espèce. L’émergence tardive des adultes correspond étroitement à la période pendant laquelle le lierre commence à fleurir.
Les mâles peuvent apparaître dès la fin de l’été, avant une partie des femelles. Celles-ci deviennent particulièrement visibles en septembre et en octobre lorsqu’elles effectuent des allers-retours entre les fleurs et leurs terriers.
La météo et la région influencent naturellement le calendrier exact. La période de vol ne doit donc pas être comprise comme deux dates fixes identiques partout : elle suit notamment la phénologie locale de la floraison du lierre.
Des observations peuvent se prolonger au-delà d’octobre lorsque les conditions restent favorables. L’essentiel est cette synchronisation remarquable entre l’activité de l’abeille et la ressource florale automnale.
Une spécialiste du pollen de lierre
Le lien entre Colletes hederae et Hedera helix est particulièrement fort. Les femelles recherchent principalement le pollen du lierre pour préparer les réserves alimentaires placées dans les cellules destinées aux larves.
Une étude consacrée à la phénologie et au comportement alimentaire de l’espèce a confirmé cette spécialisation très marquée. Elle montre néanmoins que les femelles sont capables de récolter occasionnellement du pollen provenant d’autres végétaux lorsque les ressources disponibles l’imposent.
Il est donc plus précis de parler d’une spécialisation très forte plutôt que d’affirmer que l’abeille est absolument incapable d’exploiter une autre source de pollen.
Les adultes peuvent également visiter d’autres fleurs pour le nectar. Les mâles, qui n’ont pas à constituer de provisions polliniques pour des cellules larvaires, sont notamment moins dépendants du lierre dans leurs visites florales.
Pourquoi le lierre devient précieux en automne
Le lierre est parfois considéré uniquement comme une plante grimpante qu’il faut contrôler. Pourtant, un lierre arrivé à maturité possède un intérêt écologique important grâce à sa floraison tardive.
Ses fleurs apparaissent à une période où l’offre florale commence à diminuer. Elles fournissent du nectar et du pollen non seulement au collète du lierre, mais aussi à de nombreux autres insectes.
Une taille systématique juste avant la floraison supprime cette ressource. Lorsque l’emplacement le permet, conserver une partie des rameaux adultes jusqu’à la floraison est donc une mesure très simple pour les pollinisateurs.
Le jardinier peut ainsi intervenir sur les parties gênantes du lierre tout en laissant d’autres rameaux fleurir. Il n’est pas nécessaire de choisir entre une absence totale de taille et une suppression complète des fleurs.
Où construit-il son nid ?
Le collète du lierre est une abeille terricole. Les femelles creusent leurs terriers directement dans le sol plutôt que d’occuper des tiges creuses ou les cavités habituellement proposées dans les hôtels à insectes.
L’espèce recherche notamment des sols relativement meubles, légers ou sablonneux, souvent peu couverts de végétation. Les talus, pentes et autres secteurs bénéficiant d’une bonne exposition solaire peuvent offrir des conditions favorables.
L’entrée du nid apparaît comme une petite ouverture dans la terre. La femelle creuse une galerie et aménage sous terre les cellules où se développera sa descendance.
Elle transporte ensuite les ressources récoltées sur les fleurs jusqu’au nid. Le pollen et le nectar constituent les provisions nécessaires au développement des futures larves.

Pourquoi plusieurs nids se trouvent-ils côte à côte ?
Une zone favorable peut présenter beaucoup d’entrées de terriers. Cette concentration donne facilement l’impression qu’une énorme colonie sociale s’est installée dans le jardin.
Ce n’est pas le cas. Chaque femelle reste responsable de son propre nid : l’espèce est solitaire même lorsqu’elle forme des agrégations, également appelées « bourgades ».
La concentration des nids s’explique simplement par l’attractivité du terrain. Si une pente offre simultanément un sol facile à creuser, une faible végétation, une exposition favorable et des ressources florales accessibles à proximité, de nombreuses femelles peuvent faire le même choix.
L’activité est particulièrement spectaculaire lorsque les mâles patrouillent au-dessus du site. Ils recherchent les femelles qui émergent du sol, ce qui peut provoquer un véritable tourbillon d’abeilles pendant la période de reproduction.
Collète du lierre abeille automne : faut-il craindre cette abeille ?
Une grande agrégation de collète du lierre abeille automne peut impressionner, surtout lorsque de nombreux mâles volent très près du sol. Ce comportement ne signifie pourtant pas que les insectes organisent une défense collective du terrain.
Le collète est une abeille solitaire et n’a pas de ruche remplie de réserves à protéger collectivement. Son comportement envers les personnes qui passent à proximité est généralement peu agressif.
Les mâles très visibles au-dessus des terriers sont surtout occupés à rechercher des femelles. Ils ne doivent pas être interprétés comme un essaim défendant une colonie.
Comme avec n’importe quelle abeille sauvage, il reste préférable de ne pas saisir ou écraser volontairement les individus. Observer calmement à distance permet généralement de profiter du spectacle sans perturber leur activité.
Comment accueillir le collète du lierre au jardin ?
La première mesure consiste à conserver du lierre capable de fleurir. Un jeune lierre rampant ne produit pas immédiatement la même floraison qu’un lierre ayant atteint sa phase adulte.
Si la plante doit être contrôlée, choisissez une taille raisonnée qui conserve une partie des rameaux florifères. L’objectif n’est pas de laisser le lierre couvrir tout le jardin, mais de maintenir une ressource automnale suffisante.
Le second besoin est complètement différent : le sol. Le collète doit pouvoir trouver un substrat accessible où creuser son nid.
Un jardin combinant quelques lierres fleuris et de petites zones de sol adaptées peut donc fournir à la fois nourriture et possibilités de nidification.
Pour découvrir d’autres méthodes favorables aux pollinisateurs et à la biodiversité, consultez également Jardin Ruse.
Garder quelques zones de sol nu
La tendance à couvrir entièrement la terre peut réduire les possibilités offertes aux abeilles terricoles. Paillis épais, géotextiles, pelouses très fermées et surfaces artificialisées empêchent souvent l’accès direct au substrat.
Cela ne signifie pas qu’il faut abandonner le paillage dans tout le jardin. Celui-ci conserve de nombreux avantages horticoles ; l’idée consiste plutôt à maintenir une diversité de micro-habitats.
Une petite pente ensoleillée ou une bordure sèche peut ainsi rester partiellement nue. Si des terriers y apparaissent, évitez de travailler profondément le terrain pendant la période d’activité.
La végétation ne doit pas non plus nécessairement être supprimée intégralement. Le collète peut exploiter des secteurs à végétation clairsemée lorsque suffisamment de terre reste accessible.
L’hôtel à insectes n’est pas la solution universelle
Les hôtels à insectes sont souvent présentés comme une réponse générale pour accueillir les abeilles sauvages. En réalité, les différents groupes ont des besoins de nidification très variés.
Les tubes creux et les blocs percés conviennent surtout à certaines espèces cavicoles. Le collète du lierre creuse son propre terrier et n’a donc pas les mêmes exigences.
Pour cette espèce, préserver une petite zone de terre favorable peut être beaucoup plus pertinent qu’ajouter des dizaines de tubes artificiels.
Cette distinction est utile pour concevoir un jardin réellement accueillant : fleurs, bois mort, cavités, tiges et sols nus répondent à des espèces différentes.
Que faire si une agrégation apparaît dans la pelouse ou un talus ?
La présence de nombreux trous ne signifie pas que le terrain est détérioré ou qu’une infestation doit être éliminée. Il s’agit généralement d’une activité saisonnière liée au cycle reproducteur des abeilles.
Si l’emplacement ne pose pas de problème particulier, la meilleure solution est souvent de laisser la zone tranquille. Évitez de retourner le sol, de boucher volontairement les terriers ou d’inonder le secteur.
Lorsqu’une agrégation se trouve sur un passage, il peut être possible de détourner temporairement la circulation autour de la zone. Une petite délimitation visuelle suffit parfois à éviter le piétinement pendant la période la plus active.
Évitez également l’utilisation d’insecticides sur les zones de nidification et les plantes butinées. Ces produits risquent d’affecter les pollinisateurs que l’on cherche précisément à accueillir.
Observer le collète sur les fleurs
Septembre et octobre sont des périodes particulièrement intéressantes pour inspecter les lierres en fleurs. Choisissez une journée favorable au vol des insectes et observez les inflorescences pendant quelques minutes.
Recherchez une abeille présentant un thorax brun-roux velu et un abdomen sombre traversé de bandes claires. Les femelles effectuent régulièrement des trajets entre les ressources florales et leurs nids.
Pour en savoir davantage sur les insectes sauvages français et leur écologie, l’OPIE – Office pour les insectes et leur environnement constitue une ressource spécialisée.
Il est rarement nécessaire de capturer une abeille simplement pour l’observer. Une photographie nette, accompagnée de la date, du lieu, de la plante visitée et de photographies du site de nidification lorsqu’il existe, fournit déjà des informations intéressantes.
Ne pas confondre lierre utile et jardin abandonné
Favoriser le collète du lierre abeille automne ne signifie pas renoncer à entretenir son jardin. L’objectif est plutôt d’adapter certaines interventions afin de conserver les ressources indispensables à la faune.
Le lierre peut être maîtrisé lorsqu’il devient gênant tout en conservant des parties florifères. Les massifs peuvent être paillés tout en laissant quelques petites zones de sol accessible ailleurs.
Cette approche en mosaïque est souvent plus intéressante pour la biodiversité qu’un jardin entièrement uniforme. Une diversité de structures crée davantage de possibilités pour différentes espèces.
Les zones choisies peuvent d’ailleurs rester discrètes : un petit talus ensoleillé ou une bordure peu fréquentée peut suffire à offrir un habitat potentiel.
Les erreurs à éviter
La première erreur est de couper systématiquement toutes les inflorescences de lierre avant leur ouverture. Cela retire une ressource automnale majeure précisément au moment où l’offre florale diminue.
La deuxième consiste à couvrir absolument tout le sol. Les abeilles terricoles ont besoin de pouvoir atteindre directement la terre pour commencer leurs galeries.
La troisième est de considérer une agrégation comme une colonie dangereuse à détruire. Les nombreuses entrées correspondent à des nids individuels, même si les femelles les ont regroupés sur le même terrain.
Enfin, évitez de promettre qu’un aménagement attirera nécessairement Colletes hederae. Laisser fleurir le lierre et préserver un sol approprié améliore les possibilités d’accueil, mais la présence effective de l’espèce dépend aussi de sa distribution locale et des populations présentes aux alentours.
Le lierre, une ressource automnale à redécouvrir
Le collète du lierre abeille automne montre combien le calendrier d’entretien du jardin peut influencer les pollinisateurs. En laissant fleurir le lierre au lieu de le tailler systématiquement avant l’automne, on conserve une ressource dont cette abeille dépend fortement.
Préserver parallèlement quelques surfaces de terre nue, légère et ensoleillée offre des possibilités de nidification. Lorsqu’une agrégation apparaît, son activité spectaculaire ne doit pas être confondue avec celle d’une ruche agressive : chaque femelle possède son propre terrier.
Le jardinier n’a donc pas besoin d’un équipement compliqué. Un lierre adulte autorisé à fleurir, quelques zones de sol accessibles et une absence de perturbation inutile peuvent créer des conditions bien plus intéressantes.
Colletes hederae rappelle ainsi qu’un jardin favorable aux insectes n’est pas nécessairement celui où l’on installe le plus d’objets. C’est souvent celui où l’on conserve les bonnes fleurs au bon moment et où l’on accepte de laisser quelques mètres de nature fonctionner selon leur propre rythme.
2 liens internes suggérés
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3 sources externes dofollow
- OPIE — Office pour les insectes et leur environnement
https://www.insectes.org/ - Arthropod-Plant Interactions — Phenology of the specialist bee Colletes hederae and its dependence on Hedera helix
https://link.springer.com/article/10.1007/s11829-021-09807-7 - Atlas Hymenoptera — Colletes hederae
https://zoologie.umons.ac.be/hymenoptera/pagetaxon.aspx?tx_id=2877