Grand Murin : reconnaître Myotis myotis et protéger cette grande chauve-souris

Le grand murin chauve-souris carabes, Myotis myotis, est l’une des grandes chauves-souris que l’on peut rencontrer en France. Son écologie est remarquable : au lieu de capturer exclusivement de petits insectes en plein vol, il sait repérer et saisir de grosses proies directement sur le sol. Les carabes et d’autres coléoptères terrestres occupent ainsi une place importante dans son alimentation.

Pendant la belle saison, les femelles peuvent former des colonies de reproduction dans de vastes combles, greniers, églises ou autres bâtiments tranquilles. En hiver, le Grand Murin recherche plutôt des cavités offrant des conditions stables. Cette dépendance à plusieurs types de gîtes rend l’espèce particulièrement sensible aux rénovations mal préparées, aux dérangements et à la disparition des accès aux bâtiments.

Table des matières

  1. Qu’est-ce que le Grand Murin ?
  2. Comment reconnaître Myotis myotis ?
  3. Avec quelles espèces peut-il être confondu ?
  4. Où vit le Grand Murin ?
  5. Grand murin chauve-souris carabes : comment chasse-t-il ?
  6. Pourquoi capture-t-il des proies au sol ?
  7. Que mange le Grand Murin ?
  8. Pourquoi les carabes sont-ils importants ?
  9. Quels terrains de chasse utilise-t-il ?
  10. Où se trouvent les colonies de reproduction ?
  11. Pourquoi les combles sont-ils importants ?
  12. Où passe-t-il l’hiver ?
  13. Pourquoi ne faut-il pas déranger une chauve-souris en hibernation ?
  14. Quelles menaces pèsent sur les gîtes ?
  15. Pourquoi les rénovations demandent-elles des précautions ?
  16. Quel est l’impact des pesticides ?
  17. Pourquoi conserver les paysages favorables ?
  18. Le Grand Murin est-il protégé ?
  19. Que faire lorsqu’une colonie occupe un bâtiment ?
  20. Comment favoriser sa conservation ?

Qu’est-ce que le Grand Murin ?

Le Grand Murin appartient à la famille des Vespertilionidae. Il compte parmi les plus grandes espèces de chauves-souris présentes en France.

Son nom scientifique est Myotis myotis. Comme toutes les chauves-souris européennes, il s’agit d’un mammifère insectivore et non d’un rongeur volant.

Ses ailes sont formées par une membrane tendue notamment entre des doigts fortement allongés. Cette adaptation permet un vol précis, indispensable aussi bien aux déplacements qu’à la recherche des proies.

Comment reconnaître le Grand Murin ?

Le Grand Murin possède un pelage relativement épais. Le dos apparaît généralement brun à brun-gris, tandis que les parties ventrales sont beaucoup plus claires.

Ses oreilles sont longues et relativement larges. Le museau est également assez développé.

Ces caractères peuvent orienter l’identification, mais reconnaître avec certitude une chauve-souris uniquement à partir d’une photographie prise à distance reste difficile.

Une confusion possible avec le Petit Murin

Le Petit Murin, Myotis blythii, ressemble fortement au Grand Murin.

Dans les secteurs où les deux espèces peuvent être présentes, une identification fiable peut nécessiter l’examen de caractères précis par une personne expérimentée.

Il est donc déconseillé d’attribuer automatiquement le nom de Grand Murin à toute grande chauve-souris aux oreilles développées.

L’écologie et le type de terrain de chasse peuvent fournir des indices supplémentaires, mais ils ne remplacent pas une détermination rigoureuse.

Une espèce liée à plusieurs milieux

Le Grand Murin n’utilise pas un seul habitat pendant toute l’année.

Il doit disposer de terrains où il peut chasser, de gîtes adaptés à la reproduction et de sites convenant à l’hibernation.

Cette succession de besoins explique pourquoi sa conservation ne peut pas se limiter à protéger uniquement l’endroit où une colonie est observée.

Les corridors permettant de relier les gîtes aux terrains de chasse sont également importants.

Grand murin chauve-souris carabes : un chasseur près du sol

Le comportement de chasse du grand murin chauve-souris carabes est particulièrement intéressant.

L’espèce est capable de rechercher des invertébrés qui se déplacent directement sur le sol. Elle vole alors près de la surface et peut descendre pour saisir une proie.

Ce comportement est souvent qualifié de glanage au sol.

Il distingue en partie le Grand Murin des chauves-souris qui exploitent surtout les petits insectes volant dans l’espace aérien.

Comment trouve-t-il une proie terrestre ?

Le Grand Murin dispose de l’écholocalisation, mais il peut également exploiter les sons produits par ses proies.

Un insecte qui se déplace dans les feuilles mortes ou sur un substrat peut générer des bruits perceptibles.

Cette stratégie permet à la chauve-souris de localiser de gros arthropodes actifs au niveau du sol.

L’audition joue donc un rôle particulièrement important dans cette méthode de chasse.

Que mange le Grand Murin ?

Son régime repose principalement sur des arthropodes relativement grands.

Les coléoptères terrestres y occupent une place importante, notamment les carabes lorsque ceux-ci sont disponibles.

D’autres invertébrés peuvent compléter le régime en fonction des habitats et des saisons.

Il serait donc incorrect de présenter le Grand Murin comme une espèce consommant exclusivement des carabes.

Les carabes, des proies importantes

Les Carabidae regroupent de nombreux coléoptères vivant au niveau du sol.

Beaucoup se déplacent activement pendant la nuit, ce qui les rend disponibles au moment où le Grand Murin part chasser.

Leur taille en fait des proies énergétiquement intéressantes.

La présence d’une communauté diversifiée de gros insectes terrestres contribue ainsi à la qualité des terrains de chasse.

 sérotine commune chauve-souris bâtiments Eptesicus serotinus quittant un gîte sous toiture au crépuscule près d’une haie

Quels terrains de chasse utilise-t-il ?

Le grand murin chauve-souris carabes recherche volontiers des secteurs où il peut accéder facilement aux arthropodes du sol.

Les vieilles forêts caducifoliées, certains boisements au sous-bois relativement accessible, les pâtures et des paysages agricoles traditionnels peuvent constituer des terrains intéressants.

La structure de la végétation est importante.

Une couverture extrêmement dense au niveau du sol peut compliquer l’accès aux proies terrestres, alors qu’une surface plus dégagée facilite leur détection et leur capture.

L’importance des paysages diversifiés

Un gîte favorable ne suffit pas si les terrains de chasse qui l’entourent sont fortement dégradés.

Le Grand Murin doit pouvoir quitter son refuge et rejoindre des espaces riches en grosses proies.

Boisements, prairies, pâtures, haies et autres structures paysagères peuvent participer à cet environnement.

La simplification des paysages et la disparition des habitats riches en insectes peuvent donc réduire la qualité de son domaine vital.

Les colonies de reproduction

Au printemps et pendant l’été, les femelles se regroupent pour mettre bas et élever leurs jeunes.

Ces regroupements sont appelés colonies de reproduction ou colonies de mise bas.

Le Grand Murin peut utiliser de grands espaces situés dans les bâtiments.

Combles, greniers, charpentes d’églises, châteaux et autres constructions tranquilles peuvent ainsi héberger des colonies.

Pourquoi les grands combles sont-ils intéressants ?

Un comble spacieux offre différents microclimats.

Les chauves-souris peuvent choisir leur position en fonction des conditions présentes à l’intérieur du bâtiment.

Le calme constitue également un élément important pendant la reproduction.

Des dérangements répétés ou des transformations importantes du volume peuvent compromettre l’utilisation du site.

Une présence parfois très discrète

Une colonie peut occuper un bâtiment sans que les habitants s’en rendent immédiatement compte.

Les chauves-souris ne rongent pas les câbles ou l’isolation comme le feraient certains rongeurs.

Elles n’apportent pas non plus de matériaux pour fabriquer un nid.

Des crottes sous une zone de repos, des sorties au crépuscule ou certains bruits peuvent néanmoins révéler leur présence.

Où le Grand Murin passe-t-il l’hiver ?

Lorsque les ressources alimentaires deviennent insuffisantes, le Grand Murin entre en hibernation.

Il utilise alors principalement des milieux souterrains naturels ou artificiels.

Grottes, anciennes carrières, mines, caves et autres cavités peuvent fournir les conditions relativement stables nécessaires.

Le choix exact dépend des caractéristiques du site et de sa tranquillité.

Pourquoi l’hibernation est-elle une période sensible ?

Pendant l’hibernation, l’animal réduit fortement son activité et fonctionne sur les réserves accumulées auparavant.

Un réveil provoqué par un dérangement entraîne une dépense d’énergie.

Il est donc important d’éviter de manipuler ou d’approcher inutilement une chauve-souris en hibernation.

Les visites répétées de cavités occupées peuvent devenir problématiques, particulièrement lorsque les animaux sont régulièrement réveillés.

Ne pas fermer une cavité sans diagnostic

La mise en sécurité d’une mine, d’une carrière ou d’une autre cavité peut être nécessaire pour protéger le public.

Mais une fermeture réalisée sans tenir compte des chauves-souris peut bloquer l’accès à un gîte.

Les aménagements doivent donc être pensés avec les spécialistes compétents lorsque la présence de chiroptères est possible.

Protéger les personnes et préserver les animaux ne sont pas nécessairement des objectifs incompatibles lorsque le projet est correctement préparé.

Les rénovations, une menace majeure

Pour le grand murin chauve-souris carabes, un bâtiment ancien peut constituer un véritable habitat.

Refaire une toiture, fermer une ouverture, poser une isolation ou modifier une charpente peut supprimer involontairement l’accès utilisé par une colonie.

Le problème est particulièrement sensible lorsque les travaux ont lieu pendant la période de reproduction.

Des animaux peuvent alors être dérangés, enfermés ou privés brutalement de leur gîte.

Faire vérifier un bâtiment avant les travaux

La découverte de chauves-souris ne signifie pas qu’un bâtiment ne pourra jamais être rénové.

Elle signifie que le calendrier et les techniques doivent être adaptés.

Avant des travaux importants sur un bâtiment connu ou suspecté d’abriter une colonie, contactez un spécialiste des chauves-souris.

Le réseau SOS Chauves-souris de la SFEPM peut notamment orienter les propriétaires vers des interlocuteurs compétents.

Conserver les accès au gîte

Une ouverture apparemment insignifiante pour une personne peut constituer le passage utilisé depuis longtemps par des chauves-souris.

Boucher tous les interstices sans diagnostic peut rendre un gîte inaccessible.

Dans certains projets, il est possible de maintenir des accès adaptés tout en rénovant le bâtiment.

Ces solutions doivent être définies selon l’espèce, le bâtiment et la nature des travaux.

L’éclairage peut également perturber un gîte

Installer des projecteurs sur une façade patrimoniale peut modifier fortement les conditions autour d’une sortie de colonie.

Une lumière intense placée directement sur un accès peut perturber les déplacements.

L’éclairage nocturne doit donc être intégré à la réflexion lorsqu’un bâtiment héberge des chauves-souris.

Réduire les éclairages inutiles profite par ailleurs à de nombreux insectes nocturnes dont dépendent les chiroptères.

Pourquoi les pesticides constituent-ils une menace ?

Le Grand Murin dépend directement d’une ressource abondante en arthropodes.

L’utilisation de pesticides peut réduire les populations d’insectes et donc la quantité de nourriture disponible.

Certains produits peuvent également présenter des risques plus directs selon les substances, les usages et les voies d’exposition.

Les traitements de charpente demandent eux aussi une attention particulière lorsqu’un bâtiment sert de gîte.

Protéger les carabes et les autres gros insectes

Préserver le grand murin chauve-souris carabes suppose aussi de conserver ses proies.

Les carabes dépendent eux-mêmes de sols et d’habitats capables de leur fournir nourriture et refuges.

Une gestion moins intensive de certaines parcelles, la conservation de boisements diversifiés et la limitation des pesticides peuvent contribuer à maintenir ces communautés.

La protection d’une chauve-souris commence donc bien au-delà de son gîte.

La perte des gîtes

Les bâtiments anciens sont régulièrement restaurés, transformés ou démolis.

Parallèlement, certaines cavités souterraines deviennent inaccessibles.

La disparition progressive de ces refuges peut rendre difficile le maintien d’une population même lorsque des terrains de chasse existent encore.

Conserver un réseau de gîtes adaptés aux différentes étapes du cycle annuel constitue donc un enjeu majeur.

Une espèce légalement protégée

Les chauves-souris présentes naturellement en France bénéficient d’une protection réglementaire.

Cette protection concerne les animaux et encadre également les atteintes à leurs habitats dans les conditions prévues par la réglementation.

Il ne faut donc pas capturer, tuer ou déplacer une colonie de sa propre initiative.

Lorsqu’un projet de travaux entre en conflit avec un gîte, il convient de demander conseil à des spécialistes et aux services compétents.

Que faire si des Grands Murins occupent vos combles ?

Ne fermez pas immédiatement les ouvertures.

Évitez également les fumigations, répulsifs improvisés et autres méthodes destinées à chasser les animaux.

Contactez plutôt le réseau SOS Chauves-souris ou une association naturaliste spécialisée.

Un diagnostic permettra de déterminer l’espèce, la période d’utilisation du bâtiment et les solutions compatibles avec les travaux ou l’usage des lieux.

Ne pas manipuler une chauve-souris à mains nues

Une chauve-souris sauvage ne doit pas être manipulée sans nécessité.

Si un individu est trouvé blessé, affaibli ou dans une situation inhabituelle, demandez conseil à une structure spécialisée.

Cette précaution protège à la fois l’animal et la personne.

Une colonie installée normalement dans des combles doit, quant à elle, être laissée tranquille.

Installer un gîte artificiel ne remplace pas un grand comble

Les nichoirs à chauves-souris peuvent être utiles à certaines espèces et dans certains contextes.

Ils ne remplacent cependant pas automatiquement un vaste gîte de reproduction historique utilisé par une colonie de Grands Murins.

Lors d’une rénovation, l’objectif prioritaire doit donc être d’étudier les possibilités de conserver le gîte fonctionnel.

Une compensation improvisée après destruction n’offre aucune garantie d’utilisation par les animaux.

Préserver les terrains de chasse

La conservation du Grand Murin nécessite une approche à l’échelle du paysage.

Préserver les vieux boisements de feuillus, certaines prairies et pâtures ainsi que les continuités végétales permet de maintenir des espaces de chasse et de déplacement.

Une réduction des traitements insecticides contribue également à préserver ses proies.

Les mesures les plus efficaces associent donc protection des gîtes et qualité des habitats environnants.

Une grande chauve-souris étroitement liée à nos paysages

Le grand murin chauve-souris carabes illustre parfaitement les liens entre patrimoine bâti et biodiversité.

Myotis myotis utilise fréquemment de grands bâtiments pour la reproduction, mais dépend également de paysages capables de lui fournir des terrains de chasse riches en gros arthropodes. Les carabes et d’autres coléoptères terrestres font partie de ses proies caractéristiques.

Sa technique de chasse près du sol le distingue de nombreuses chauves-souris capturant principalement leurs proies en plein vol. Il utilise son audition et son vol précis pour repérer puis saisir les arthropodes accessibles.

Lorsque l’hiver arrive, les Grands Murins rejoignent des cavités souterraines adaptées à l’hibernation. Ces refuges doivent rester suffisamment tranquilles pour éviter des réveils inutiles.

Les rénovations de bâtiments, la fermeture des accès aux gîtes, certains éclairages, les pesticides et la dégradation des terrains de chasse constituent autant de pressions à prendre en compte.

Si une colonie occupe des combles destinés à être rénovés, ne bouchez pas les accès avant d’avoir obtenu un avis spécialisé. La conservation des chauves-souris peut souvent être intégrée à un projet lorsque leur présence est identifiée suffisamment tôt.

Pour découvrir d’autres espèces sauvages présentes autour des maisons et des jardins, consultez également Jardin Ruse :
https://jardinruse.com/

Pour obtenir des informations spécialisées ou trouver un interlocuteur en cas de chauves-souris dans un bâtiment, consultez la Société française pour l’étude et la protection des mammifères :
https://www.sfepm.org/

2 liens internes suggérés

  1. Installer et préserver des gîtes pour les chauves-souris au jardin — à relier à un article pertinent sur Jardin Ruse :
    https://jardinruse.com/
  2. Créer un jardin nocturne favorable aux chauves-souris et aux insectes — à relier à un guide correspondant sur Jardin Ruse :
    https://jardinruse.com/

3 sources externes dofollow

  1. Plan national d’actions en faveur des Chiroptères — fiche Grand Murin, Myotis myotis
    https://plan-actions-chiropteres.fr/les-chauves-souris/les-especes/grand-murin/
  2. SFEPM — Société française pour l’étude et la protection des mammifères, informations sur les chauves-souris
    https://www.sfepm.org/presentation-des-chauves-souris.html
  3. Muséum national d’Histoire naturelle / INPN — fiche Grand Murin, Myotis myotis
    https://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/fiches/1324.pdf