La colonie de manchots empereurs voisine de la base française Dumont d’Urville

Chaque automne austral, alors que l’Antarctique entre dans sa période la plus froide et la plus sombre, des milliers de manchots empereurs rejoignent la banquise de l’archipel de Pointe Géologie, en Terre Adélie. À quelques centaines de mètres à quelques kilomètres selon la position annuelle de la colonie se trouve l’une des stations scientifiques françaises les plus emblématiques : Dumont d’Urville.

Cette proximité exceptionnelle explique pourquoi les manchots empereurs de Dumont d’Urville sont suivis depuis des décennies par les chercheurs français. Les TAAF indiquaient encore en 2025 une colonie d’environ 4 000 couples reproducteurs à Pointe Géologie. Le site de reproduction fait partie d’une Zone spécialement protégée de l’Antarctique et constitue un observatoire particulièrement précieux pour comprendre l’écologie de l’espèce et sa réponse aux variations de la banquise.

Une précision historique est toutefois nécessaire : Jules Dumont d’Urville n’a pas fondé la base qui porte son nom. L’explorateur français aborda la Terre Adélie en 1840. La station Dumont d’Urville fut construite beaucoup plus tard, en 1956, par les Expéditions polaires françaises dans la perspective de l’Année géophysique internationale de 1957-1958.

Cette même colonie est devenue mondialement célèbre grâce à La Marche de l’empereur. Le documentaire de Luc Jacquet est sorti en France en 2005, mais son tournage avait commencé auparavant et s’était déroulé pendant plus d’un an autour de Dumont d’Urville et de Pointe Géologie.

Sommaire

  1. Où se trouve la colonie de Pointe Géologie ?
  2. Qui était Jules Dumont d’Urville ?
  3. Quand la base Dumont d’Urville a-t-elle réellement été construite ?
  4. Pourquoi la proximité des manchots a-t-elle compté dans le choix du site ?
  5. Comment vit le manchot empereur ?
  6. Pourquoi se reproduit-il pendant l’hiver antarctique ?
  7. Comment le mâle incube-t-il l’œuf ?
  8. Pourquoi la banquise est-elle indispensable ?
  9. Comment La Marche de l’empereur a-t-elle été tournée ?
  10. Quels programmes français étudient aujourd’hui la colonie ?
  11. Que mesurent concrètement les chercheurs ?
  12. Idées reçues
  13. FAQ
  14. Conclusion

Où se trouve la colonie de Pointe Géologie ?

La station Dumont d’Urville est installée sur l’île des Pétrels, dans l’archipel de Pointe Géologie, sur la côte de la Terre Adélie. L’île se trouve à environ cinq kilomètres du continent antarctique.

La colonie de manchots empereurs se forme à proximité, sur la glace de mer lorsque celle-ci offre les conditions nécessaires à la reproduction.

Il ne faut donc pas imaginer une colonie installée définitivement au même mètre carré.

Le manchot empereur dépend en grande partie de la banquise côtière stable, et sa localisation peut varier selon la formation de la glace, les fractures, les vents et les conditions de la saison.

Les TAAF soulignent le caractère exceptionnel de Pointe Géologie : ce site de reproduction se trouve à proximité immédiate d’une station permanente, ce qui a permis des suivis scientifiques impossibles à maintenir aussi facilement dans la plupart des autres colonies antarctiques.

Le site est suffisamment remarquable pour avoir été intégré en 1995 à la Zone spécialement protégée de l’Antarctique n°120, Archipel de Pointe Géologie. Les accès et activités scientifiques y sont donc strictement encadrés.

Qui était Jules Dumont d’Urville ?

Jules Sébastien César Dumont d’Urville était un officier de marine et explorateur français du XIXe siècle.

En 1838, il prend la tête d’une expédition partie notamment à la recherche du pôle Sud magnétique.

Le 21 janvier 1840, les Français abordent une partie du continent antarctique. Dumont d’Urville baptise cette région Terre Adélie, en hommage à son épouse Adèle.

Cet épisode fonde le lien historique entre son nom et la présence française dans cette partie de l’Antarctique.

Mais il meurt en 1842, plus d’un siècle avant la construction de la station actuelle.

La base n’a donc pas été « fondée par Dumont d’Urville ».

Elle a été nommée en son honneur.

Quand la base Dumont d’Urville a-t-elle réellement été construite ?

La présence scientifique française permanente en Terre Adélie commence au milieu du XXe siècle.

En 1950, les Expéditions polaires françaises, fondées par Paul-Émile Victor, établissent la station de Port-Martin.

Un incendie détruit le bâtiment principal en janvier 1952.

L’expédition française alors présente se replie partiellement vers l’île des Pétrels. Une petite installation, aujourd’hui connue sous le nom de base Marret, y sert notamment aux observations de la population de manchots empereurs. Les TAAF précisent d’ailleurs que cette installation avait été conçue comme refuge et abri pour étudier les oiseaux présents à proximité.

Le site est retenu de nouveau quelques années plus tard.

Dans la perspective de l’Année géophysique internationale 1957-1958, la France décide d’y construire une station plus importante.

La station Dumont d’Urville est mise en service en 1956. Les premiers bâtiments sont conçus pour une vingtaine de personnes et, à l’origine, seulement pour quelques années.

En 1959, le gouvernement français décide finalement de maintenir la station de façon permanente.

Elle est occupée depuis sans interruption.

Pourquoi la proximité des manchots a-t-elle compté ?

L’Institut polaire français indique explicitement que le choix du site de Dumont d’Urville fut influencé en partie par sa proximité avec les manchots empereurs venant s’y reproduire.

Cette décision s’inscrit dans une tradition déjà présente à la base Marret.

L’intérêt est évident pour les biologistes.

Suivre un animal qui se reproduit pendant l’hiver antarctique exige :

  • du personnel présent toute l’année ;
  • une infrastructure chauffée ;
  • des moyens de communication ;
  • une logistique médicale et technique ;
  • des protocoles permettant de limiter le dérangement.

Une colonie éloignée de plusieurs centaines de kilomètres d’une station rendrait un tel suivi longitudinal beaucoup plus difficile.

Pointe Géologie constitue donc depuis des décennies un véritable observatoire naturel de la biologie du manchot empereur.

Comment vit le manchot empereur ?

Le manchot empereur, Aptenodytes forsteri, est le plus grand des manchots actuels.

Il est totalement incapable de voler mais remarquablement adapté à la nage et à la plongée.

Son alimentation est marine.

Il capture principalement des poissons, du krill et des céphalopodes. L’Australian Antarctic Program rapporte que les plongées alimentaires se déroulent fréquemment entre environ 150 et 250 mètres, tout en documentant des performances beaucoup plus profondes chez certains individus.

Sa vie se partage donc entre deux environnements très différents.

L’océan fournit la nourriture.

La glace offre le support nécessaire à la reproduction.

Cette dépendance simultanée à la mer et à une banquise suffisamment stable constitue l’une des clés de toute son écologie.

Pourquoi se reproduit-il pendant l’hiver antarctique ?

Le manchot empereur possède une particularité remarquable : il se reproduit pendant les mois les plus froids de l’année antarctique.

Au début de l’automne austral, généralement autour d’avril, les adultes rejoignent leurs sites de reproduction à mesure que la glace de mer se reforme.

Les couples se forment au sein de la colonie.

La femelle ne pond qu’un seul œuf.

Après la ponte, elle transfère très délicatement celui-ci au mâle.

Puis elle repart vers la mer pour s’alimenter.

Le timing paraît extraordinairement risqué, mais il permet au poussin de grandir suffisamment pour être prêt à gagner la mer lorsque les conditions estivales reviennent.

Le mâle passe l’hiver avec l’œuf

Le mâle place l’œuf sur ses pieds.

Une partie de la peau abdominale forme un repli protecteur au-dessus de celui-ci, ce qui évite le contact direct avec la glace.

L’incubation dure environ 65 à 75 jours selon les références et les individus.

Pendant cette période, le mâle ne peut pas partir pêcher.

Il vit donc grâce aux réserves énergétiques constituées avant la saison de reproduction.

En comptant la période précédant la ponte et l’incubation, son jeûne peut durer plusieurs mois.

Pour diminuer les pertes thermiques, les mâles utilisent aussi un comportement collectif célèbre : ils se regroupent en formations très denses, les tortues, où les positions évoluent afin que les mêmes individus ne restent pas constamment à la périphérie exposée au vent.

Il ne s’agit pas simplement d’une image spectaculaire.

C’est une stratégie essentielle d’économie d’énergie.

Le retour de la femelle

L’éclosion intervient au cœur de l’hiver austral.

Les femelles reviennent progressivement de leurs zones de pêche.

Parents et partenaires doivent alors se reconnaître dans une colonie de milliers d’oiseaux grâce notamment à leurs vocalisations individuelles.

La femelle reprend le nourrissage.

Le mâle, fortement amaigri après son jeûne, peut enfin regagner l’océan.

Les deux parents alterneront ensuite les sorties alimentaires jusqu’à ce que le poussin devienne suffisamment autonome.

La saison entière est donc une course contre le calendrier de la glace.

Pourquoi la banquise est-elle indispensable ?

Le manchot empereur ne construit pas de nid.

La plupart des colonies utilisent une glace de mer suffisamment stable pour porter les adultes, les œufs puis les poussins pendant les longs mois de reproduction.

Les œufs sont pondus vers mai ou juin.

Les poussins éclosent environ deux mois plus tard mais ne sont réellement prêts à partir en mer que vers le début de l’été austral, souvent entre décembre et janvier.

Si la glace se fracture trop tôt, les conséquences peuvent être catastrophiques.

Un jeune poussin dont le plumage imperméable n’est pas encore complètement développé ne peut pas simplement se jeter dans une eau proche de 0 °C et poursuivre normalement son cycle.

C’est pourquoi l’évolution de la banquise antarctique est aujourd’hui au cœur des recherches sur l’avenir de l’espèce.

Les analyses récentes de l’UICN deviennent d’ailleurs plus préoccupantes : une évaluation réalisée en février 2026 et préparée pour publication classe le manchot empereur En danger, alors que les évaluations précédentes le classaient « Quasi menacé ». Elle attribue une place centrale au déclin projeté de l’habitat de glace de mer sous l’effet du réchauffement climatique.

Une colonie suivie depuis des décennies

Cette sensibilité à la glace rend Pointe Géologie particulièrement importante.

Les chercheurs peuvent comparer :

  • dates d’arrivée ;
  • nombre de reproducteurs ;
  • ponte ;
  • succès d’éclosion ;
  • mortalité ;
  • départ des oiseaux ;
  • alimentation ;
  • déplacements en mer ;
  • survie individuelle ;
  • variations interannuelles.

L’intérêt n’est pas seulement de connaître « combien de manchots » vivent là.

Les séries longues permettent de chercher les liens entre conditions environnementales et démographie.

C’est précisément le type de données nécessaire pour détecter des changements qui resteraient invisibles sur une campagne isolée.

La Marche de l’empereur : un tournage autour de Dumont d’Urville

La colonie de Pointe Géologie ne doit pas sa valeur scientifique au cinéma, mais le cinéma l’a rendue célèbre dans le monde entier.

La Marche de l’empereur, réalisé par Luc Jacquet, est sorti en France le 26 janvier 2005.

Une nuance chronologique est ici indispensable : 2005 est l’année de sortie, pas l’année principale de tournage.

Le tournage avait commencé auparavant et avait nécessité plus d’un cycle annuel complet.

Les images principales furent tournées par Laurent Chalet et Jérôme Maison, qui passèrent l’hivernage en Terre Adélie afin de suivre le cycle reproductif dans sa continuité.

Luc Jacquet expliquait au moment de la sortie que Dumont d’Urville se trouvait à seulement environ 800 mètres de la colonie lors du tournage et que l’existence de la base rendait techniquement possible un projet cinématographique aussi exigeant.

Le film a nécessité environ treize mois de tournage, pour près de 120 heures d’images enregistrées selon la documentation consacrée à sa production.

Un film rendu possible par la logistique polaire française

Les tournages avaient lieu à pied, avec du matériel transporté sur la glace.

La présence de la station fournissait :

  • hébergement ;
  • communications ;
  • sécurité ;
  • soutien médical ;
  • connaissance du terrain ;
  • infrastructures permettant un hivernage complet.

L’Institut polaire français apparaît d’ailleurs parmi les participants institutionnels du documentaire.

Les conditions n’en restaient pas moins dangereuses.

Laurent Chalet et Jérôme Maison furent notamment pris dans un épisode de blanc dehors lors du tournage et durent rejoindre la station avec l’aide de personnels de Dumont d’Urville.

Le film remporta ensuite l’Oscar du meilleur film documentaire en 2006, donnant à la colonie observée par les scientifiques français une notoriété mondiale.

Quels programmes français étudient aujourd’hui la colonie ?

La recherche française en Terre Adélie est aujourd’hui mise en œuvre logistiquement par l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV).

L’institut fournit les moyens techniques, humains, logistiques et financiers nécessaires aux programmes scientifiques, tandis que les TAAF exercent notamment les fonctions administratives et de souveraineté en Terre Adélie.

Parmi les programmes actuels figure le programme IPEV 137, ECOPHY-ANTAVIA, consacré aux stratégies adaptatives et à la dynamique spatio-temporelle des populations de prédateurs marins face aux changements rapides de leur environnement.

Il porte notamment sur :

  • le manchot empereur ;
  • le manchot Adélie ;
  • le manchot royal ;
  • certains autres oiseaux marins.

À Pointe Géologie, les chercheurs exploitent des suivis électroniques et télémétriques de longue durée pour comprendre les liens entre environnement, survie, reproduction, comportement et stratégies alimentaires.

Des observations individuelles aux modèles de population

Le programme ne se limite pas au comptage annuel.

Les scientifiques cherchent à comprendre pourquoi certains individus survivent ou se reproduisent mieux que d’autres selon :

  • leur âge ;
  • leur expérience ;
  • leur état physiologique ;
  • les conditions météorologiques ;
  • les ressources alimentaires disponibles ;
  • l’état de la glace ;
  • les changements environnementaux à différentes échelles.

Des dispositifs automatisés, notamment des caméras haute résolution, permettent également d’étudier la structure des colonies avec moins d’interventions directes auprès des oiseaux.

Les données peuvent ensuite alimenter des modèles démographiques et écologiques.

L’objectif final n’est donc pas seulement descriptif.

Il s’agit d’anticiper les trajectoires possibles de ces populations dans un océan Austral en transformation.

Les suivis se poursuivent encore en 2026

Les données de terrain restent collectées chaque année.

Les TAAF indiquaient au printemps austral 2026 que le retour des empereurs à Pointe Géologie avait débuté entre la mi-mars et la fin avril.

Les suivis réalisés par l’ornithologue sur place portaient notamment sur :

  • les arrivées et départs ;
  • les œufs pondus ;
  • les œufs abandonnés ;
  • l’évaluation des échecs de reproduction.

Ces observations alimentent les séries permettant de comprendre la dynamique de la population.

C’est précisément la valeur d’une station permanente : pouvoir enregistrer les mêmes événements année après année, y compris pendant les mois où aucun navire ne peut facilement assurer une présence scientifique temporaire.

Idées reçues

« Jules Dumont d’Urville a construit la base »

Faux.

L’explorateur a abordé la Terre Adélie en 1840 et lui a donné son nom en hommage à son épouse. La station fut créée par les Expéditions polaires françaises en 1956, plus d’un siècle plus tard.

« La Marche de l’empereur a été tournée en 2005 »

Pas exactement.

Le documentaire est sorti en 2005. Le tournage avait commencé auparavant et s’est étendu sur plus d’un an afin de couvrir le cycle reproductif complet.

« Le mâle reste plusieurs mois sans manger parce qu’il ne trouve rien »

Non.

Il jeûne principalement parce qu’il doit maintenir l’unique œuf sur ses pieds et ne peut pas partir pêcher sans l’abandonner.

« Le manchot empereur construit un nid »

Non.

Il ne construit pas de nid et maintient son œuf au-dessus de la glace, posé sur ses pieds sous un repli de peau.

« La colonie est exactement au même endroit chaque année »

Pas nécessairement.

Sa position dépend de la glace de mer disponible et peut varier avec les conditions locales.

« Les chercheurs doivent entrer constamment dans la colonie »

Non.

Les études modernes combinent observation à distance, caméras automatiques, télémétrie et autres outils permettant de recueillir des données tout en limitant le dérangement. Le site est par ailleurs protégé par un cadre réglementaire antarctique strict.

FAQ

Où se trouve la base Dumont d’Urville ?

Sur l’île des Pétrels, dans l’archipel de Pointe Géologie en Terre Adélie, à environ cinq kilomètres du continent antarctique.

Quand a-t-elle été construite ?

En 1956, pour préparer notamment la participation française à l’Année géophysique internationale de 1957-1958.

Pourquoi porte-t-elle le nom de Dumont d’Urville ?

En hommage à l’explorateur Jules Dumont d’Urville, qui aborda cette portion du continent le 21 janvier 1840 et la baptisa Terre Adélie.

Combien de manchots empereurs vivent près de la base ?

Les effectifs varient d’une année à l’autre. Les TAAF indiquaient récemment environ 4 000 couples reproducteurs pour la colonie de Pointe Géologie. Il s’agit donc d’un ordre de grandeur récent, pas d’un nombre fixe.

Les manchots se reproduisent-ils vraiment en plein hiver ?

Oui. Le manchot empereur est exceptionnel parmi les oiseaux antarctiques par son cycle reproducteur hivernal.

Combien d’œufs pond une femelle ?

Un seul œuf par cycle reproductif.

Qui couve l’œuf ?

Le mâle assure l’incubation après le transfert de l’œuf par la femelle. Celle-ci repart alors vers la mer afin de reconstituer ses réserves.

Combien de temps dure l’incubation ?

Environ 65 à 75 jours.

La Marche de l’empereur a-t-elle été tournée dans cette colonie ?

Oui. Le film repose sur le cycle reproductif suivi autour de Pointe Géologie à proximité de la station Dumont d’Urville. Luc Jacquet indiquait que la colonie se trouvait à environ 800 mètres de la base pendant cette période.

Quand le documentaire est-il sorti ?

Le 26 janvier 2005 en France.

L’IPEV étudie-t-il encore les manchots empereurs aujourd’hui ?

Oui. Le programme IPEV 137 ECOPHY-ANTAVIA comprend le suivi du manchot empereur de Pointe Géologie et étudie notamment la dynamique des populations, les performances reproductrices, les déplacements, l’écologie alimentaire et les réponses aux changements environnementaux.

Conclusion

La colonie de manchots empereurs de Dumont d’Urville réunit en un même lieu trois histoires qui se croisent : exploration polaire, cinéma animalier et recherche scientifique de longue durée.

La première commence en 1840.

Jules Dumont d’Urville atteint la côte antarctique le 21 janvier et baptise la région Terre Adélie en hommage à son épouse. Mais contrairement à une formulation souvent répétée, il n’a jamais fondé la station qui porte son nom.

Celle-ci apparaît plus d’un siècle plus tard.

Après la construction de Port-Martin en 1950 puis sa destruction par un incendie en 1952, les Français s’installent temporairement à Pointe Géologie. La base Marret sert notamment à observer les manchots empereurs. Puis, en 1956, une nouvelle station est construite sur l’île des Pétrels pour préparer l’Année géophysique internationale.

Elle reçoit le nom de Dumont d’Urville.

Le choix du site n’est pas uniquement logistique : l’Institut polaire confirme que la proximité de la colonie d’empereurs faisait partie des intérêts de Pointe Géologie.

Cette proximité allait devenir exceptionnelle pour la science.

Le manchot empereur se reproduit à une saison où travailler en Antarctique demande une infrastructure permanente. Les adultes arrivent lorsque la glace se reforme, les femelles pondent un œuf unique, puis les mâles l’incubent pendant l’hiver en jeûnant. Les poussins doivent ensuite atteindre un développement suffisant avant la débâcle estivale.

Ce lien intime avec la glace explique pourquoi l’espèce constitue aujourd’hui un indicateur majeur des transformations de l’Antarctique.

La colonie est également entrée dans l’imaginaire mondial grâce à Luc Jacquet.

La Marche de l’empereur sort en 2005, mais son tournage avait commencé plusieurs années auparavant. Pendant plus d’un cycle reproductif, Laurent Chalet et Jérôme Maison filment les oiseaux dans des conditions extrêmes avec le soutien logistique de Dumont d’Urville et de l’Institut polaire.

Le cinéma a rendu les empereurs célèbres.

La science, elle, continue.

Le programme IPEV 137 ECOPHY-ANTAVIA exploite aujourd’hui des suivis à long terme pour comprendre comment ces prédateurs marins modifient leur comportement, leur reproduction et leur dynamique démographique face aux changements de leur environnement.

Et sur la glace, les observations se poursuivent année après année.

Au cours de la saison 2026, les équipes de Terre Adélie comptaient encore les arrivées, les départs, les pontes et les échecs reproductifs de la colonie.

C’est ce qui rend Pointe Géologie si importante : peu de populations animales sauvages vivant dans un environnement aussi extrême bénéficient d’une histoire d’observation aussi longue et aussi proche d’une station scientifique permanente.

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