Le nénuphar de Giverny, la fleur qui a inspiré les Nymphéas de Monet

À Giverny, dans l’Eure, le bassin aux nénuphars n’est pas seulement un jardin célèbre. C’est un paysage conçu par Claude Monet lui-même, puis transformé pendant près de trente ans en laboratoire pictural. En 1893, dix ans après son installation dans le village, Monet acquiert une parcelle située en contrebas de sa propriété afin d’y créer un jardin d’eau alimenté par un bras de l’Epte. Il y installe ensuite un pont japonais, des saules, des iris, des bambous et surtout des nymphéas colorés.

Ces plantes aquatiques deviennent progressivement l’un des sujets les plus célèbres de l’histoire de l’art. À partir de la fin des années 1890 et jusqu’à sa mort en 1926, Monet revient sans cesse sur la surface de son bassin, ses reflets, ses fleurs flottantes et les variations de lumière. Le musée de l’Orangerie estime que le cycle des Nymphéas représente près de 300 œuvres, dont les grands panneaux monumentaux aujourd’hui installés dans deux salles elliptiques à Paris.

Mais le nénuphar n’est pas qu’un motif artistique. C’est une véritable plante aquatique vivace, enracinée dans la vase ou dans un substrat immergé, dont les longues tiges portent des feuilles flottantes et des fleurs à la surface. Bien choisie, elle est relativement facile à cultiver dans un bassin de jardin et peut y vivre de nombreuses années.

Sommaire

  1. Comment Claude Monet arrive-t-il à Giverny ?
  2. Quand crée-t-il son jardin d’eau ?
  3. D’où viennent les nymphéas colorés de Monet ?
  4. Quand commence-t-il à les peindre ?
  5. Comment naît le cycle des Nymphéas ?
  6. Qu’est-ce réellement qu’un nénuphar ?
  7. Comment cette plante vit-elle sous l’eau ?
  8. Pourquoi ses feuilles flottent-elles ?
  9. Guide pratique : choisir un nénuphar pour son bassin
  10. Quelle profondeur de plantation respecter ?
  11. Comment planter et entretenir un nénuphar ?
  12. FAQ
  13. Conclusion

Claude Monet s’installe à Giverny en 1883

Claude Monet arrive à Giverny en 1883.

Il commence par y louer une maison entourée d’un terrain, puis transforme progressivement le jardin situé devant la demeure, aujourd’hui connu sous le nom de Clos Normand.

Le musée de l’Orangerie rappelle qu’il s’établit à Giverny cette année-là et qu’il y développe ensuite plusieurs de ses grandes séries picturales consacrées aux Meules, aux Peupliers, à la cathédrale de Rouen puis aux nymphéas.

Le jardinage devient une partie importante de son travail.

Monet ne se contente pas d’observer un paysage déjà existant : il modifie activement son environnement.

Il choisit les plantes.

Il organise les massifs.

Il joue avec les couleurs et les périodes de floraison.

Le jardin devient en quelque sorte un tableau vivant dont la composition évolue avec les saisons.

1893 : la naissance du jardin d’eau

La date essentielle est 1893.

Le site officiel de la Maison et des jardins de Claude Monet précise même que l’acte d’achat du terrain destiné au futur jardin d’eau est signé à Vernon le 5 février 1893. La parcelle se situe en contrebas de la propriété, entre le Ru de Giverny et la voie ferrée.

Monet souhaite y créer un bassin.

Le projet n’est pas immédiatement accueilli avec enthousiasme.

Des habitants craignent notamment que l’introduction de plantes aquatiques modifie ou pollue l’eau utilisée en aval.

Monet obtient néanmoins les autorisations nécessaires pour aménager le terrain et utiliser une dérivation d’un bras de l’Epte.

Le premier bassin est ainsi créé.

Il sera ensuite agrandi.

En 1901, l’acquisition d’une parcelle supplémentaire et l’aménagement hydraulique permettent à Monet de tripler approximativement sa surface.

Un jardin inspiré par le Japon

Monet est également un grand collectionneur d’estampes japonaises.

Cette influence apparaît directement dans son jardin d’eau.

Il fait installer un pont japonais, peint en vert plutôt que dans le rouge traditionnel que l’on associe souvent aux ponts japonais.

Autour de l’étang, il choisit notamment :

  • bambous ;
  • ginkgos ;
  • érables ;
  • pivoines arbustives ;
  • lis ;
  • saules pleureurs.

Puis viennent les nymphéas.

Le résultat n’est pas la reproduction exacte d’un jardin japonais.

Il s’agit plutôt d’une interprétation très personnelle, construite autour de l’eau, des reflets et des végétaux capables de transformer sans cesse la surface du bassin.

D’où viennent les nymphéas colorés de Monet ?

Cette partie de l’histoire est particulièrement intéressante pour les jardiniers.

Les nymphéas européens sauvages sont surtout associés aux fleurs blanches, notamment Nymphaea alba.

À la fin du XIXe siècle, le pépiniériste français Joseph Bory Latour-Marliac développe cependant des hybrides rustiques aux couleurs beaucoup plus variées.

Le site officiel de Giverny indique qu’après plusieurs années d’hybridations, Latour-Marliac présente dix-neuf variétés colorées à l’Exposition universelle de Paris en 1889, où ses plantes obtiennent une récompense. Monet les découvre puis passe sa première commande auprès de cette pépinière en 1894.

Les tons disponibles changent complètement l’aspect du bassin.

Blancs, roses, rouges et nuances intermédiaires apparaissent désormais à la surface de l’eau.

Ces variétés horticoles deviendront indissociables de la palette des Nymphéas.

Monet ne les plante pas immédiatement pour les peindre

C’est une nuance importante.

Le jardin n’a pas été créé dès le premier jour uniquement comme décor pictural.

Le site officiel de Giverny rapporte que Monet expliquait avoir d’abord cultivé ses nymphéas pour leur beauté, avant de comprendre progressivement le potentiel pictural du bassin.

C’est précisément ce temps d’observation qui rend le projet intéressant.

La plante ne devient pas simplement un objet à reproduire.

Monet observe :

  • les reflets du ciel ;
  • les changements de lumière ;
  • les feuilles qui fragmentent la surface ;
  • les fleurs qui apparaissent puis disparaissent ;
  • les ombres des arbres ;
  • les couleurs différentes selon l’heure.

Le bassin devient un sujet presque infini.

Quand commence-t-il à peindre les nymphéas ?

Les sources situent les premières recherches autour de 1897, tandis que la première grande série du Bassin aux nymphéas apparaît en 1899.

Le site de Giverny indique que Monet commence à peindre ses nymphéas en 1897, puis réalise en 1899 une première grande série où apparaissent encore clairement le pont japonais et la végétation des berges.

En novembre 1900, une dizaine de versions du bassin sont présentées chez le marchand Paul Durand-Ruel.

Quelques années plus tard, Monet modifie radicalement son cadrage.

Le pont et les rives disparaissent parfois presque entièrement.

Il ne reste plus que :

eau + feuilles + fleurs + reflets.

Les Nymphéas deviennent un cycle de près de trente ans

Le musée de l’Orangerie situe le grand cycle des Nymphéas de la fin des années 1890 jusqu’à la mort de Monet en 1926.

En 1909, 48 paysages d’eau réalisés entre 1903 et 1908 sont exposés chez Durand-Ruel. Dans ces œuvres, le bassin est souvent cadré de très près : l’horizon disparaît et la surface de l’eau occupe presque tout le tableau.

À partir de 1914, Monet change encore d’échelle.

Il commence ses grandes décorations monumentales.

Les nymphéas ne sont alors plus simplement le sujet de petits ou moyens tableaux : ils deviennent un environnement pictural destiné à envelopper le spectateur.

Les grands panneaux de l’Orangerie

Au lendemain de l’armistice de 1918, Monet souhaite offrir des panneaux à l’État en hommage à la paix.

Le projet évolue ensuite vers un ensemble beaucoup plus vaste.

L’acte de donation définitif intervient en 1922, tandis que Monet continue à retravailler les panneaux jusqu’à sa mort en décembre 1926.

Les œuvres sont installées au musée de l’Orangerie en 1927.

Elles occupent deux salles elliptiques spécialement organisées pour créer une expérience panoramique.

Le musée présente aujourd’hui huit grandes compositions, notamment Les Nuages, Les Deux Saules, Soleil couchant, Matin et Reflets verts.

Le bassin créé en 1893 avait donc fini par devenir l’un des projets artistiques les plus monumentaux de Monet.

Qu’est-ce réellement qu’un nénuphar ?

Les nénuphars appartiennent principalement au genre Nymphaea, dans la famille des Nymphaeaceae.

Kew décrit les Nymphéacées comme des plantes aquatiques généralement vivaces, possédant des rhizomes enracinés dans le fond. Elles ne flottent donc pas librement comme des lentilles d’eau.

Le rhizome pousse dans la vase ou dans un substrat immergé.

À partir de celui-ci partent :

  • les racines ;
  • de longs pétioles ;
  • des feuilles ;
  • les pédoncules floraux.

Les feuilles atteignent ensuite la surface.

Pourquoi les feuilles flottent-elles ?

Les feuilles du nénuphar sont portées par de longs pétioles adaptés à la profondeur de l’eau.

Le limbe est large, souvent presque circulaire, avec une fente caractéristique allant du bord jusqu’à la zone d’insertion du pétiole.

Cette architecture permet à la feuille de se placer à plat à la surface pour recevoir un maximum de lumière.

Kew décrit les feuilles des Nymphaea comme rondes ou ovales, flottantes ou parfois émergentes, reliées au rhizome par de longs pétioles.

La surface flottante assure la photosynthèse tandis que le rhizome reste protégé sous l’eau.

Les fleurs sont reliées au fond du bassin

Une fleur de nénuphar semble simplement posée sur l’eau.

En réalité, elle est reliée au rhizome par un long pédoncule.

Les fleurs possèdent généralement plusieurs sépales, de nombreux pétales et un grand nombre d’étamines. Les formes horticoles peuvent présenter des fleurs particulièrement doubles et colorées.

Les couleurs cultivées comprennent aujourd’hui :

  • blanc ;
  • rose ;
  • rouge ;
  • jaune ;
  • abricot ;
  • nuances cuivrées ou orangées.

Ce sont précisément ces possibilités horticoles qui avaient fasciné Monet à la fin du XIXe siècle.

Un nénuphar rustique disparaît-il en hiver ?

Visuellement, souvent oui.

Les nénuphars rustiques sont des plantes vivaces.

La RHS explique que leur partie visible décline à l’automne puis réapparaît au printemps suivant. Le rhizome reste vivant sous l’eau pendant la mauvaise saison.

C’est exactement le type de cycle qui permet leur culture permanente dans un bassin français.

Les nénuphars tropicaux suivent des exigences différentes et demandent une eau beaucoup plus chaude ainsi qu’une protection hivernale.

Guide pratique : cultiver un nénuphar dans un bassin de jardin

Le point le plus important n’est pas la couleur.

C’est la taille adulte du cultivar.

Un nénuphar mal choisi peut rapidement couvrir presque toute la surface d’un petit bassin.

La RHS distingue grossièrement :

TypeÉtalement approximatifProfondeur d’eau
Nain / petit30–60 cm30–45 cm
Moyen60–120 cm45–75 cm
Grandjusqu’à environ 2,4 m75–120 cm

Ces valeurs sont des guides généraux : la profondeur exacte recommandée pour le cultivar acheté reste prioritaire.

Pour un petit bassin

Choisissez un cultivar nain ou compact.

Certains peuvent même être cultivés dans un grand contenant étanche d’au moins environ 30 cm de profondeur, selon la RHS.

Des cultivars comme Nymphaea ‘Pygmaea Helvola’ sont adaptés aux volumes réduits.

Pour un bassin moyen

Les variétés moyennes donnent généralement un bon équilibre entre floraison et couverture de la surface.

Elles sont souvent installées sous 45 à 75 cm d’eau.

Pour un grand bassin

Les cultivars vigoureux peuvent couvrir plusieurs mètres carrés.

Ils demandent davantage de profondeur et ne doivent pas être utilisés dans un petit bassin où ils finiraient par étouffer visuellement tout le reste.

Le soleil est essentiel

Si votre objectif est la floraison, placez les nénuphars dans la partie la plus ensoleillée du bassin.

Le site de Giverny lui-même rappelle que le soleil est indispensable pour obtenir une floraison abondante et durable.

La RHS donne la même recommandation : plein soleil et eau calme.

Un bassin trop ombragé peut produire beaucoup de feuilles mais peu de fleurs.

Éviter les fontaines juste à côté

Le nénuphar aime l’eau relativement tranquille.

Une cascade, une pompe produisant un courant fort ou une fontaine projetant constamment de l’eau sur les feuilles peut le gêner.

La RHS recommande de les installer loin des zones de turbulence.

Cela rejoint également l’esthétique du bassin de Monet : une surface calme est indispensable pour obtenir ces reflets qui ont tant influencé ses peintures.

Comment planter un nénuphar ?

La solution la plus pratique consiste à utiliser un panier aquatique ajouré.

Remplissez-le avec un substrat spécifique pour plantes aquatiques ou une terre argileuse lourde adaptée.

La RHS déconseille les mélanges trop légers qui flottent ou se dispersent facilement dans l’eau.

Positionnez le rhizome ou la couronne conformément aux recommandations du cultivar.

Ajoutez ensuite sur la surface une petite couche de gravier lavé pour maintenir le substrat en place.

Ne pas placer immédiatement un jeune plant à sa profondeur maximale

Lorsqu’il vient d’être planté, le jeune nénuphar peut être installé temporairement plus près de la surface.

La RHS conseille de commencer avec environ 15 à 25 cm d’eau au-dessus de la couronne, en posant éventuellement le panier sur des briques.

À mesure que les feuilles s’allongent, on descend progressivement la plante jusqu’à sa profondeur définitive.

Cette méthode évite que les jeunes feuilles doivent parcourir immédiatement une trop grande distance avant d’atteindre la lumière.

Quelle surface du bassin doit rester libre ?

Un bassin entièrement recouvert de feuilles n’est pas forcément souhaitable.

La RHS recommande de viser environ la moitié de la surface couverte au maximum par les feuilles de nénuphars.

Cette règle possède plusieurs avantages :

  • maintien de zones d’eau libre ;
  • diversité végétale ;
  • meilleure circulation de la lumière ;
  • équilibre visuel ;
  • espace disponible pour d’autres plantes aquatiques.

Les feuilles apportent néanmoins une ombre utile et servent de refuge à différents organismes du bassin.

Leur ombre peut limiter certaines algues

La couverture partielle de la surface réduit la quantité de lumière disponible dans l’eau.

La RHS indique que cet ombrage peut contribuer à limiter le développement de certaines algues tout en offrant des refuges à la faune aquatique.

Le nénuphar est donc à la fois décoratif et fonctionnel dans un bassin équilibré.

Quel entretien prévoir ?

L’entretien reste relativement simple.

Pendant la saison, retirez :

  • feuilles jaunes ;
  • feuilles fortement abîmées ;
  • fleurs fanées lorsqu’elles sont facilement accessibles.

Cela évite l’accumulation excessive de matière organique en décomposition.

Un nénuphar devenu trop dense peut également produire moins de fleurs.

Quand faut-il le diviser ?

Avec le temps, le rhizome grossit et peut remplir complètement le panier.

La RHS recommande de diviser les touffes devenues congestionnées au printemps ou au début de l’été.

Le principe consiste à :

  1. sortir le panier ;
  2. couper le rhizome en plusieurs sections ;
  3. conserver sur chaque portion au moins un jeune point de croissance et des racines ;
  4. replanter les divisions dans de nouveaux paniers ;
  5. les remettre d’abord dans une eau relativement peu profonde.

Cette opération permet également de multiplier une variété particulièrement appréciée.

Les nymphéas de Monet peuvent-ils être reproduits exactement ?

Pas totalement.

Le jardin actuel de Giverny conserve l’esprit du jardin historique et présente encore de nombreux nymphéas colorés, mais un bassin vivant évolue forcément au cours des décennies.

En outre, Monet cultivait plusieurs hybrides issus notamment du travail de Latour-Marliac.

Il serait donc imprudent d’affirmer qu’un cultivar précis vendu aujourd’hui est nécessairement celui que l’on voit sur une toile précise.

Ce que l’on peut reproduire est surtout le principe horticole :

  • eau calme ;
  • plein soleil ;
  • différentes couleurs de nymphéas rustiques ;
  • végétation de berge ;
  • saules et plantes aux silhouettes légères ;
  • espaces permettant aux reflets de rester visibles.

Le jardin de Monet reste ainsi plus intéressant comme source d’inspiration que comme modèle à copier plante par plante.

FAQ

Quand Monet arrive-t-il à Giverny ?

En 1883, lorsqu’il s’installe dans une maison du village.

Quand crée-t-il son jardin d’eau ?

Il acquiert le terrain destiné au jardin d’eau en 1893. L’acte d’achat est signé le 5 février.

Quand plante-t-il les premiers nymphéas colorés ?

Il passe une première commande documentée à la pépinière Latour-Marliac en 1894.

Quand commence-t-il à les peindre ?

Le site officiel de Giverny situe le début des peintures de nymphéas vers 1897, tandis qu’une première grande série du bassin est réalisée en 1899.

Combien de tableaux Monet a-t-il consacrés aux nymphéas ?

Le musée de l’Orangerie parle de près de 300 tableaux, dont plus de quarante grands panneaux.

Quand les grands Nymphéas sont-ils installés à l’Orangerie ?

En 1927, quelques mois après la mort de Monet.

Le nénuphar flotte-t-il librement ?

Non. Il est enraciné dans le fond grâce à un rhizome. Ses longues tiges permettent simplement aux feuilles et aux fleurs d’atteindre la surface.

Quelle profondeur faut-il pour un nénuphar ?

Cela dépend du cultivar. La RHS donne environ 30–45 cm pour les petits, 45–75 cm pour les moyens et 75–120 cm pour les grands.

Un nénuphar a-t-il besoin de soleil ?

Oui. Une exposition en plein soleil favorise nettement la floraison.

Peut-on en cultiver un sans grand bassin ?

Oui. Certaines variétés naines peuvent vivre dans un grand contenant étanche d’au moins environ 30 cm de profondeur.

Faut-il rentrer les nénuphars en hiver ?

Les variétés rustiques peuvent généralement rester dehors toute l’année si elles sont plantées à une profondeur adaptée. Elles entrent en dormance puis repartent au printemps. Les espèces tropicales sont différentes et nécessitent des conditions plus chaudes.

Conclusion

Le nénuphar du jardin de Monet à Giverny est l’exemple rare d’une plante dont l’histoire horticole et l’histoire de l’art sont devenues presque indissociables.

Lorsque Claude Monet s’installe à Giverny en 1883, le célèbre bassin n’existe pas encore.

Il attend dix ans avant d’acheter, en 1893, la parcelle située en contrebas de son jardin. Il y fait aménager un étang alimenté par un bras de l’Epte, construit son pont japonais et transforme progressivement le lieu en un paysage volontairement composé.

Les nymphéas arrivent dans ce contexte.

Le travail du pépiniériste Joseph Bory Latour-Marliac avait rendu disponibles en France de nouveaux hybrides rustiques colorés. Monet commande ses premières plantes auprès de lui en 1894.

Pourtant, il ne commence pas immédiatement à les peindre avec l’intensité que l’on connaît.

Il les observe.

Le bassin change.

Les plantes grandissent.

Les reflets deviennent aussi importants que les fleurs elles-mêmes.

À partir de la fin des années 1890, cette surface d’eau devient progressivement son sujet dominant.

Il peint d’abord les rives et le pont japonais, puis élimine presque tout repère spatial.

Dans les Paysages d’eau du début du XXe siècle, l’horizon disparaît souvent.

Le spectateur ne sait plus exactement où finit l’eau et où commence le ciel réfléchi.

Puis, à partir de 1914, Monet transforme encore son projet en créant les grandes décorations qui aboutiront au monument pictural de l’Orangerie.

Les huit compositions installées à Paris en 1927 ne représentent donc pas seulement des fleurs.

Elles sont l’aboutissement de plusieurs décennies pendant lesquelles un jardin conçu par un peintre devient progressivement une œuvre et, en retour, nourrit la peinture.

La botanique explique une partie de cette fascination.

Le nénuphar vit littéralement entre deux mondes.

Son rhizome reste caché dans le substrat au fond de l’eau, tandis que ses feuilles et ses fleurs atteignent la surface grâce à de longues tiges.

Cette surface change sans cesse.

Une feuille s’ouvre.

Une autre jaunit.

Une fleur apparaît.

Le vent déplace un reflet.

Un nuage passe.

Pour Monet, ce mouvement permanent constituait une source presque inépuisable.

Pour le jardinier d’aujourd’hui, le nénuphar reste heureusement beaucoup plus simple à cultiver qu’à peindre.

Un bassin calme, beaucoup de soleil, un cultivar adapté à la profondeur disponible et un panier rempli de substrat aquatique suffisent souvent à obtenir une floraison durable.

La meilleure leçon de Giverny n’est donc peut-être pas de chercher à reproduire exactement le bassin de Monet.

Elle consiste plutôt à comprendre ce qu’il avait compris lui-même : un petit morceau d’eau planté avec soin peut devenir un paysage entièrement différent selon la lumière, l’heure et la saison.

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