Le macareux moine et son bec qui change de couleur avec les saisons

Avec son plumage noir et blanc, sa silhouette trapue et surtout son énorme bec triangulaire orange, jaune et gris bleuté, le macareux moine est l’un des oiseaux marins les plus reconnaissables de l’Atlantique Nord. Pourtant, l’image que l’on connaît le mieux correspond surtout à son apparence de printemps et d’été, pendant la saison de reproduction.

À l’automne, le changement est spectaculaire. Le bec devient plus petit et beaucoup moins coloré, tandis que le visage prend une teinte plus grise. Ce phénomène n’est pas simplement dû à un pigment qui s’effacerait. Après la reproduction, le macareux perd plusieurs plaques cornées externes vivement colorées qui recouvrent son bec pendant la saison nuptiale. Au printemps suivant, ces structures se reforment et lui rendent son apparence flamboyante.

Cette transformation accompagne un changement complet de mode de vie. Une fois les colonies désertées, le macareux moine, Fratercula arctica, quitte les falaises et les îlots où il s’est reproduit pour passer plusieurs mois en pleine mer. Il devient alors réellement pélagique, souvent loin des côtes, et certains individus peuvent passer jusqu’à environ huit mois sans revenir sur la terre ferme.

Ce cycle saisonnier est aujourd’hui observé avec inquiétude. BirdLife classe actuellement le macareux moine Vulnérable à l’échelle mondiale, et la LPO le considère comme En danger critique comme nicheur en France métropolitaine. Les changements climatiques, la modification des ressources en poissons, les captures accidentelles, les pollutions marines et les prédateurs introduits pèsent sur plusieurs populations.

Sommaire

  1. Qu’est-ce exactement qu’un macareux moine ?
  2. Pourquoi son bec est-il si spectaculaire au printemps ?
  3. Le bec change-t-il réellement de couleur ?
  4. Quelles parties disparaissent après la reproduction ?
  5. Pourquoi le bec redevient-il coloré au printemps ?
  6. À quoi servent ces couleurs ?
  7. Comment vit le macareux pendant l’hiver ?
  8. Où part-il après avoir quitté sa colonie ?
  9. Comment chasse-t-il sous l’eau ?
  10. Pourquoi est-il vulnérable au changement climatique ?
  11. Quel est son statut de conservation actuel ?
  12. Quelle est sa situation en France ?
  13. Idées reçues
  14. FAQ
  15. Conclusion

Qu’est-ce exactement qu’un macareux moine ?

Le macareux moine appartient à la famille des Alcidés, celle des guillemots, pingouins torda et mergules.

Son nom scientifique est Fratercula arctica.

La LPO indique une longueur d’environ 28 à 34 cm, une envergure de 50 à 60 cm et une masse généralement proche de 400 à 500 g. Cornell donne une gamme voisine, autour de 26 à 29 cm pour les individus étudiés en Amérique du Nord.

Il possède :

  • un corps compact ;
  • des ailes courtes et puissantes ;
  • des pattes orangées ;
  • un plumage sombre sur le dos et blanc sur le ventre ;
  • un gros bec comprimé latéralement.

Cette architecture n’est pas optimale pour le vol économique sur de longues distances, mais elle constitue un excellent compromis pour un oiseau qui doit également « voler » sous l’eau.

Les ailes fonctionnent en effet comme de véritables nageoires pendant les plongées.

Pourquoi son bec est-il si spectaculaire au printemps ?

Pendant la saison de reproduction, le bec du macareux adulte devient extrêmement voyant.

Cornell décrit chez l’adulte nicheur un bec très large mêlant notamment orange, jaune et zones gris bleuté. En hiver, cette apparence disparaît en partie : le bec paraît plus petit, moins coloré et dépourvu de certains contrastes jaunes.

Cette transformation ne vient pas uniquement d’une variation de coloration à l’intérieur des mêmes tissus.

Le bec nuptial comporte des ornements cornés saisonniers qui se développent avant la reproduction.

Audubon explique que mâles et femelles voient apparaître au printemps des plaques externes colorées sur leur bec. Ces structures renforcent la taille apparente et la richesse chromatique de celui-ci.

Après la période de reproduction, ces plaques sont perdues.

Le macareux d’hiver semble alors presque appartenir à une autre espèce.

Le bec change-t-il vraiment de couleur ?

Oui, mais la formulation mérite une nuance.

Dire que « le bec change de couleur » est correct à l’échelle de l’apparence de l’oiseau.

Mais le mécanisme est plus complexe qu’un simple changement pigmentaire.

Une partie importante de la transformation vient du fait que le macareux perd les plaques cornées vivement colorées qui recouvrent certaines régions du bec pendant la reproduction.

Audubon précise que ces plaques sont formées au printemps puis shed after breeding, c’est-à-dire éliminées après la reproduction.

Cornell et Audubon décrivent également un bec hivernal légèrement plus petit et beaucoup moins riche en couleurs.

Ce n’est donc pas uniquement l’orange qui « pâlit ».

Une partie de l’ornement nuptial disparaît physiquement.

Quelles parties disparaissent après la reproduction ?

Les adultes possèdent pendant la reproduction plusieurs éléments cornés supplémentaires.

Ils recouvrent certaines zones du bec et contribuent à son apparence triangulaire, épaisse et fortement contrastée.

À la fin de l’été et en automne, ces structures se détachent.

Le bec situé en dessous est plus terne.

La face change également d’apparence : elle passe du gris blanc très clair de la saison nuptiale à un gris beaucoup plus sombre. Cornell souligne cette transformation chez les oiseaux internuptiaux.

L’ensemble produit donc une métamorphose visuelle :

printemps-été : grand bec multicolore + visage très clair

automne-hiver : bec plus petit et terne + visage gris plus sombre

BirdLife rappelle que la transformation hivernale est tellement forte qu’au XIXe siècle certains observateurs pensaient que les macareux hivernants pouvaient appartenir à une espèce différente.

Pourquoi le bec redevient-il coloré au printemps ?

À l’approche de la nouvelle saison de reproduction, les ornements externes se reforment.

L’oiseau retrouve progressivement son apparence nuptiale.

Ce cycle est intimement lié au calendrier reproducteur.

Les macareux retournent vers leurs colonies à la fin de l’hiver ou au printemps. Ils retrouvent alors leurs sites de nidification, souvent des terriers situés dans les pentes herbeuses des îles et falaises maritimes.

La LPO indique que la migration prénuptiale se déroule principalement entre février et mai, tandis que les colonies françaises sont surtout occupées au printemps et en été.

L’apparition des couleurs vives coïncide donc avec la période où les interactions sociales deviennent particulièrement importantes.

À quoi sert ce grand bec coloré ?

Le bec n’est évidemment pas seulement décoratif.

Il sert à capturer et transporter les poissons.

Mais son apparence nuptiale joue également un rôle dans les interactions sociales et la formation ou le maintien des couples.

Audubon souligne que les plaques colorées participent aux comportements de pair bonding et aux séquences de parade chez le macareux.

Les deux sexes se ressemblent beaucoup.

Mâles et femelles possèdent tous deux ce bec fortement coloré en période reproductrice.

Ils peuvent notamment pratiquer le « billing », comportement au cours duquel deux partenaires rapprochent ou frottent leurs becs.

La couleur devient ainsi une partie d’un ensemble plus large de signaux visuels utilisés dans la colonie.

La couleur vient-elle uniquement de l’alimentation ?

BirdLife rappelle que les caroténoïdes alimentaires contribuent aux couleurs orangées du bec et des pattes pendant la saison nuptiale.

Mais encore une fois, le changement d’hiver ne se résume pas à la disparition progressive de ces pigments.

Les plaques cornées elles-mêmes sont perdues.

Il faut donc distinguer :

la pigmentation et les couleurs produites dans les structures du bec

et

la présence saisonnière de structures externes colorées.

Les deux participent à l’apparence spectaculaire de l’adulte reproducteur.

Une fois l’été terminé, le macareux disparaît en mer

Pendant la reproduction, le macareux est relativement facile à observer.

Il niche en colonie.

Il revient régulièrement au terrier.

Il transporte des poissons pour son poussin.

Puis, à la fin de la saison, les falaises se vident.

La LPO indique que les colonies sont généralement désertées entre août et septembre.

Le macareux entre alors dans une phase totalement différente de son cycle annuel.

Il devient pélagique.

Cela signifie qu’il vit principalement en pleine mer, loin des côtes.

Où passe-t-il l’hiver ?

Il n’existe pas une seule zone hivernale utilisée par tous les macareux.

BirdLife souligne que les individus d’une même colonie peuvent suivre des itinéraires très différents. Des oiseaux équipés de dispositifs de suivi ont montré une remarquable fidélité individuelle : un même macareux peut reproduire année après année son propre itinéraire hivernal.

Les déplacements couvrent une grande partie de l’Atlantique Nord.

Certaines populations restent relativement proches de leur région de reproduction.

D’autres descendent beaucoup plus au sud.

BirdLife mentionne même des individus pouvant atteindre des secteurs proches de la Méditerranée.

Il est donc préférable de parler d’un réseau complexe de zones d’hivernage plutôt que d’une destination unique.

Peut-il réellement rester plusieurs mois sans toucher terre ?

Oui.

Le macareux est parfaitement adapté à une vie marine prolongée.

BirdLife indique qu’il peut passer jusqu’à environ huit mois en mer, entre la fin d’une saison de reproduction et son retour à la suivante.

Pendant cette période, il :

  • se nourrit ;
  • dort sur l’eau ;
  • se déplace entre différentes zones océaniques ;
  • effectue une partie de ses mues.

La terre devient presque inutile jusqu’au retour vers les colonies.

Cette vie hivernale explique aussi pourquoi les ornithologues connaissent beaucoup moins bien cette phase du cycle que la reproduction.

Observer plusieurs milliers d’oiseaux sur une falaise est relativement simple.

Suivre individuellement des oiseaux dispersés sur l’Atlantique l’est beaucoup moins.

Le macareux mue-t-il aussi ses ailes ?

Oui.

La mue des rémiges constitue même une période particulièrement délicate.

Une étude publiée dans Bird Study montre que les macareux de la mer du Nord peuvent remplacer leurs principales plumes de vol entre septembre et mars, avec des pics variables selon les individus. Pendant la mue simultanée des rémiges, certains oiseaux deviennent temporairement incapables de voler.

Ils restent cependant capables de nager et de plonger.

Cela illustre parfaitement l’importance de leur adaptation à la vie marine : même pendant une période où le vol aérien devient impossible, l’océan reste leur habitat.

Comment chasse le macareux ?

Le macareux se nourrit principalement de petits poissons vivant en bancs.

La LPO cite des proies généralement comprises autour de 5 à 15 cm, capturées lors de plongées. Elle indique une profondeur moyenne proche de 10 m, même si certaines plongées peuvent être beaucoup plus profondes.

Parmi les poissons consommés figurent notamment :

  • lançons ;
  • harengs ;
  • capelans ;
  • petits gadidés selon la région.

Lorsqu’il nourrit son poussin, le macareux possède une autre spécialisation remarquable.

De petites structures orientées vers l’arrière dans la bouche l’aident à maintenir plusieurs poissons transversalement dans son bec tout en continuant à chasser.

La LPO souligne cette capacité à retenir plusieurs proies simultanément.

C’est ce qui produit les célèbres photographies de macareux portant une véritable rangée de poissons.

Pourquoi son mode de vie le rend-il vulnérable ?

Le macareux dépend de deux environnements très différents :

une colonie terrestre sûre pour se reproduire

et

un océan productif pour se nourrir.

Un problème dans l’un ou l’autre suffit à diminuer son succès reproducteur.

Le changement climatique modifie les ressources alimentaires

C’est aujourd’hui l’une des préoccupations majeures.

BirdLife considère le macareux comme particulièrement vulnérable aux modifications des écosystèmes marins provoquées par le réchauffement.

La température de l’eau influence la distribution des petits poissons dont dépend l’oiseau.

Si les bancs de poissons se déplacent plus loin de la colonie, les parents doivent parcourir davantage de distance.

Cela augmente leur dépense énergétique et peut réduire la fréquence des repas apportés au poussin.

BirdLife cite le changement climatique parmi les principales menaces pesant sur l’espèce.

Les tempêtes hivernales peuvent être particulièrement meurtrières

La vie en pleine mer expose les oiseaux aux événements météorologiques extrêmes.

Au cours de l’hiver 2025-2026, BirdLife a documenté un épisode majeur de mortalité de seabirds dans l’Atlantique oriental. Plus de 38 000 oiseaux marins avaient été retrouvés échoués sur les côtes d’Espagne, du Portugal et de France à la fin mars 2026, parmi lesquels figuraient des macareux.

Cet événement ne doit pas être interprété comme une mortalité annuelle normale.

Il montre en revanche à quel point les oiseaux pélagiques sont exposés lorsqu’une succession de tempêtes et de mauvaises conditions alimentaires se produit.

La pollution par hydrocarbures

Un oiseau marin dépend de l’imperméabilité de son plumage.

Une pollution par hydrocarbures peut dégrader cette protection.

L’eau atteint alors plus facilement le corps et l’oiseau dépense énormément d’énergie pour maintenir sa température.

La LPO et BirdLife citent les marées noires et autres pollutions marines parmi les pressions historiques et actuelles sur les macareux.

Les prédateurs introduits sur les îles

Sur les colonies, les œufs et poussins peuvent être attaqués par des mammifères introduits.

Rats, visons ou autres prédateurs terrestres peuvent provoquer de lourdes pertes sur des îles où les oiseaux avaient évolué sans eux.

La LPO cite notamment les rats et le vison d’Amérique parmi les menaces pesant sur les jeunes macareux.

Cette situation explique pourquoi l’éradication des prédateurs introduits constitue une mesure de conservation importante dans de nombreuses colonies d’oiseaux marins.

Quel est le statut de conservation du macareux moine ?

La situation doit être présentée à plusieurs échelles.

À l’échelle mondiale

BirdLife indique actuellement un statut Vulnérable (VU) au niveau mondial, avec une tendance démographique générale à la baisse.

Cornell reprend également le classement mondial Vulnérable de l’UICN.

Cela ne signifie pas que l’espèce est proche de disparaître immédiatement partout.

Des millions d’individus subsistent à l’échelle de l’Atlantique Nord.

Mais une population abondante peut néanmoins être considérée comme menacée lorsque la diminution est suffisamment rapide et généralisée.

À l’échelle européenne

La situation est plus préoccupante encore dans certaines régions.

BirdLife classait déjà l’espèce comme En danger en Europe, avec de forts déclins historiques dans plusieurs populations européennes.

Son évaluation européenne récente le maintient parmi les espèces de conservation prioritaire.

En France métropolitaine

La situation est critique.

La LPO classe le macareux moine En danger critique (CR) sur la Liste rouge nationale.

La colonie principale et quasiment unique de France métropolitaine se trouve dans la Réserve naturelle nationale des Sept-Îles, en Bretagne.

La LPO rapportait seulement 50 à 56 couples en 2023 pour cette colonie.

En juin 2026, elle résumait encore la situation française en expliquant que l’espèce ne subsiste plus en métropole qu’à travers « une poignée de couples », principalement aux Sept-Îles.

La situation est différente à Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français de l’Atlantique Nord, où des colonies beaucoup plus importantes subsistent.

Un oiseau lié à l’histoire de la LPO

Le macareux possède une place particulière dans l’histoire française de la protection des oiseaux.

Au début du XXe siècle, des massacres d’oiseaux marins avaient lieu sur les Sept-Îles.

La mobilisation contre ces pratiques conduit en 1912 à la création de la Ligue pour la Protection des Oiseaux.

Le macareux devient alors son emblème.

La LPO rappelle encore aujourd’hui cette origine lorsqu’elle présente l’espèce comme le symbole historique de son action.

Plus d’un siècle plus tard, le symbole est devenu particulièrement parlant.

L’oiseau autrefois protégé contre les tirs doit désormais faire face à des menaces plus diffuses : réchauffement océanique, transformation des réseaux alimentaires, pollutions et événements climatiques extrêmes.

Idées reçues

« Le macareux garde son grand bec orange toute l’année »

Faux.

Après la reproduction, il perd les plaques cornées colorées externes de son bec. Celui-ci devient plus petit et plus terne pendant l’hiver.

« Son bec pâlit seulement parce qu’il mange moins de pigments »

Incomplet.

Les caroténoïdes participent bien à certaines couleurs, mais la transformation saisonnière résulte aussi de la perte physique de plaques cornées colorées.

« Le macareux vit sur les falaises toute l’année »

Faux.

Il ne rejoint la terre principalement que pour se reproduire. Le reste de l’année est largement passé en pleine mer.

« Tous les macareux d’une colonie passent l’hiver au même endroit »

Non.

Le suivi individuel montre que des oiseaux appartenant à la même colonie peuvent utiliser des zones hivernales et des itinéraires très différents.

« Le macareux ne peut nager que quelques mètres sous l’eau »

Faux.

C’est un plongeur performant. La LPO documente des plongées pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres.

« Comme il en existe encore des millions, l’espèce n’est pas menacée »

Faux.

Une espèce peut encore être nombreuse mais subir un déclin suffisamment rapide pour justifier un classement défavorable. Le macareux est actuellement classé Vulnérable mondialement.

FAQ

Pourquoi le bec du macareux change-t-il de couleur ?

Parce que son apparence nuptiale comprend des plaques cornées externes vivement colorées qui sont développées avant la reproduction puis perdues après celle-ci. Le bec hivernal est plus petit et plus terne.

Quand perd-il ses plaques colorées ?

Après la période de reproduction, donc principalement à la fin de l’été et en automne.

Les plaques repoussent-elles ?

Oui. Elles se reforment avant la saison de reproduction suivante.

Pourquoi le bec est-il coloré pendant la reproduction ?

Les couleurs et la forme du bec participent notamment aux comportements sociaux et de couple.

Mâles et femelles ont-ils le même bec ?

Les deux sexes présentent l’ornementation saisonnière et se ressemblent fortement, même si les mâles sont en moyenne légèrement plus grands.

Où vit le macareux en hiver ?

Principalement en pleine mer dans l’Atlantique Nord. Les itinéraires et zones d’hivernage varient fortement selon les individus et les populations.

Peut-il passer tout l’hiver sans revenir sur terre ?

Oui. Certains oiseaux passent plusieurs mois presque entièrement en mer entre deux saisons reproductrices.

Que mange le macareux ?

Principalement de petits poissons en bancs, dont les lançons, harengs et autres espèces disponibles selon la région.

Quel est son statut mondial ?

Il est actuellement classé Vulnérable au niveau mondial.

Quel est son statut en France ?

La LPO indique un statut En danger critique sur la Liste rouge nationale pour la population nicheuse française.

Où niche-t-il encore en France métropolitaine ?

Principalement dans la Réserve naturelle nationale des Sept-Îles, en Bretagne. La LPO y comptait environ 50 à 56 couples en 2023.

Conclusion

Le bec du macareux moine est bien plus qu’un élément décoratif.

Son changement saisonnier raconte presque tout le cycle annuel de l’oiseau.

Au printemps, le macareux quitte progressivement sa vie pélagique pour rejoindre les îles et falaises de l’Atlantique Nord. Les adultes retrouvent alors leur apparence nuptiale spectaculaire : visage clair, pattes orangées et surtout grand bec triangulaire couvert de plaques vivement colorées.

Ces couleurs accompagnent la période où l’activité sociale est maximale.

Les couples retrouvent leurs sites de nidification, souvent les mêmes terriers d’une année sur l’autre. Ils pondent généralement un seul œuf et élèvent ensemble leur poussin.

Puis vient la fin de l’été.

Les colonies se vident.

Et l’oiseau change d’apparence.

Les plaques cornées externes du bec sont perdues. Le bec devient plus petit, les teintes vives diminuent et le visage prend un aspect gris beaucoup plus terne.

Cette transformation correspond au passage vers une existence beaucoup plus discrète.

Le macareux rejoint la haute mer.

Pendant plusieurs mois, il dort, se nourrit et se déplace sur l’océan. Certains individus peuvent rester loin de la terre ferme jusqu’à environ huit mois. Les suivis montrent aussi qu’il n’existe pas un itinéraire hivernal unique : même deux oiseaux issus de la même colonie peuvent partir dans des directions différentes puis répéter leur propre route année après année.

Ce mode de vie rend l’espèce particulièrement dépendante de la santé de l’océan.

Lorsque les eaux se réchauffent, la distribution des poissons change.

Lorsque les tempêtes deviennent particulièrement violentes, les oiseaux pélagiques peuvent subir des mortalités importantes.

Lorsque des hydrocarbures atteignent leur plumage ou que les poissons deviennent plus difficiles à trouver, toute la saison de reproduction suivante peut être affectée.

C’est pourquoi l’apparente abondance mondiale ne doit pas rassurer à tort.

Le macareux moine est actuellement Vulnérable à l’échelle mondiale, et son déclin est suffisamment préoccupant pour que BirdLife le classe parmi les oiseaux européens nécessitant une attention particulière.

En France métropolitaine, la situation est beaucoup plus sévère encore.

La LPO le classe En danger critique, avec seulement quelques dizaines de couples nicheurs aux Sept-Îles ces dernières années.

Le fameux « perroquet de mer » est donc un excellent exemple de la manière dont une adaptation très visible peut cacher une écologie complexe.

Son bec coloré ne reste pas simplement orange toute l’année.

Il est construit pour une saison.

Puis une partie de cet ornement est littéralement abandonnée lorsque l’oiseau retourne à l’océan.

Quelques mois plus tard, les plaques repoussent et les couleurs reviennent.

Le bec du macareux est ainsi un calendrier biologique visible : flamboyant lorsqu’il faut se reproduire, beaucoup plus discret lorsqu’il faut passer l’hiver seul en pleine mer.

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